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La France et la Chine ont une vision commune de leur partenariat post-pandémique

2020-06-10 15:12:00 Source:La Chine au présent Auteur:Jean-Pierre Raffarin
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Le 20 mars 2020, The Shape of Time, exposition de collections venant du Centre Pompidou, a été rouverte à Shanghai. Il s’agit d’un projet emblématique des échanges culturels sino-français. 

 

Il me semble intéressant d’anticiper la sortie de la crise du Covid-19 et de se pencher sur l’état du monde post-pandémique, de même que sur le futur de la coopération franco-chinoise. Trois points méritent d’être développés, mais auparavant et en guise de ligne directrice pour cette réflexion, je dirais qu’il faut perpétuer « l’esprit de Gaulle » dans nos relations. Lorsque Charles de Gaulle établit un dialogue diplomatique entre la France et la Chine en 1964, l’idée sous-jacente est que la Chine est une grande civilisation et que le peuple chinois est un grand peuple qui comptera pour l’avenir du monde. Les présidents qui lui ont succédé ont toujours gardé cette idée en tête, et notamment Jacques Chirac, que j’ai eu l’honneur de servir.

 

Cet état d’esprit doit nous guider pour surmonter nos divergences, comme celles concernant l’organisation de nos sociétés respectives. Parce que oui, il y a des divergences, mais il ne faut pas oublier les convergences de nos intérêts nationaux et collectifs à propos de l’organisation du monde.

 

Nous avons déjà atteint un haut niveau de partenariat stratégique : la lutte contre le changement climatique a démontré de manière éclatante que nous partageons une vision du monde et des stratégies pour y parvenir. Un accord multilatéral à ce sujet n’aurait pas été possible sans la Chine.

 

Se poser la question de la coopération franco-chinoise post-pandémique, c’est se poser la question : post-pandémique ou post-élections américaines ? En effet, le climat international actuel n’est pas exempt de nervosité. Nous devons espérer que les choses s’amélioreront entre la Chine et les États-Unis au sortir des élections américaines, mais il faut anticiper que les tensions perdurent. Le point de départ est une guerre commerciale et technologique, avec les pressions sur Huawei. Cependant, la question est devenue politique. La situation a des relents de guerre froide, de par certaines opérations de propagande. Celles-ci rappellent les affirmations de l’administration Bush au sujet des armes de destruction massive et des preuves contre Saddam Hussein.

 

Ceci nous amène au premier point de la coopération franco-chinoise post-pandémique : la recherche d’une gouvernance mondiale qui mette tout le monde autour de la table. Les pays qui se prononcent en faveur du multilatéralisme – dont la France et la Chine font partie – doivent œuvrer à éviter le bourbier d’une nouvelle guerre froide.
 
L’église Wuying, dans le parc agricole technologique sino-français, dans la nouvelle zone de Tianfu, à Meishan (province du Sichuan), 21 mars 2020
 

 

Évitons de nous enfermer dans des relations conflictuelles qui affaiblissent la gouvernance mondiale. Les États-Unis ont coupé leur financement à l’OMS (Organisation mondiale de la santé) et nous avions connu un problème similaire lorsqu’ils s’étaient retirés de l’UNESCO. Dans ce climat général de tension, l’Accord de Paris sur le climat et celui concernant l’Iran ont aussi été remis en cause. Nous assistons à une déconstruction du multilatéralisme. Or nous avons tous besoin d’organisations multilatérales, et nous avons besoin des grandes puissances pour discuter de la gouvernance mondiale.

 

Deuxième point à soulever : nos deux pays partagent une vision de ce que peut être un partenariat commun à l’avenir. En effet, ils sont très attachés à la fois à leur souveraineté nationale et à la coopération internationale. Notre ligne commune est de mêler la souveraineté et la coopération, et non pas de choisir l’une ou l’autre.

 

D’une part, la crise du Covid-19 a révélé que nous avions des impératifs de souveraineté à renforcer. Les Français se sont rendu compte que leur production nationale de médicaments était faible. Ainsi, le paracétamol est produit en Chine et pourrait être indisponible en cas de crise. Nous avions déjà mené cette réflexion au sujet d’un certain nombre de secteurs-clés. Je me souviens que le président français a reçu à l’automne 2017 les administrateurs du Forum de Boao pour l’Asie et leur a signifié ses objectifs de souveraineté. Pour des secteurs comme la santé et l’agroalimentaire, des relocalisations sont nécessaires. Nous devons pouvoir en discuter entre partenaires afin de déterminer les secteurs qui relèvent de la souveraineté chinoise et ceux qui relèvent de la souveraineté française.

 

D’autre part, nous avons développé une coopération très avancée avec la Chine dans bien des domaines. Citons le cas d’Airbus : ses dirigeants vous diront qu’ils sont très satisfaits de leur partenariat, de l’usine d’assemblage à Tianjin et de la manière dont ils peuvent développer des stratégies communes avec la Chine. Ce qui est vrai pour l’aéronautique l’est aussi pour des domaines comme celui de l’énergie, des villes intelligentes et des transports et de tout ce que nécessite la ville de demain pour être à la fois plus confortable pour l’homme et plus juste vis-à-vis de nos ambitions écologiques.

 

Le troisième point commun de notre coopération avec la Chine, c’est notre réflexion autour de la gouvernance mondiale au XXIe siècle. À la veille du 7 mai, on peut dire que le multilatéralisme « a fêté » ses 75 ans (en référence à la capitulation de l’Allemagne le 8 mai 1945, NDLR), mais aujourd’hui, celui-ci ne répond plus à toutes les demandes : l’ONU est minée par des lourdeurs bureaucratiques, elle est incapable de gérer certains conflits et elle provoque d’autres insatisfactions. Il faut donc repenser le multilatéralisme pour qu’il soit plus adapté à la société contemporaine. Il est clair que la Chine d’aujourd’hui n’est pas celle d’il y a 75 ans. Il en va de même pour l’Afrique. Des réformes sont nécessaires, notamment au Conseil de sécurité de l’ONU, afin que chacun puisse s’y retrouver, grâce à des principes de gouvernance plus ouverts à la société civile et plus régionalisés. C’est également l’occasion de faire progresser l’OMS et d’affiner la vision que la France et la Chine ont de cette institution. La santé est un bien public mondial que nous devons protéger ensemble.

 

La coopération multilatérale doit porter principalement sur l’Afrique. Outre la crise du Covid-19, ce continent doit faire face à la réduction du commerce mondial, plus particulièrement en matière d’alimentation. Une crise alimentaire est à craindre. Se pose également la question sociale avec ce milliard de jeunes qu’il faut pouvoir intégrer en Afrique d’ici 2050.

 

Nous, Français et Chinois, devons mettre en œuvre notre amitié pour porter des projets concrets servant la cause de l’humanité et la gouvernance mondiale. La relation développée entre la France et la Chine depuis 1964, profonde, culturelle et respectueuse, est essentielle dans la situation mondiale actuelle ; elle doit promouvoir la coopération et apaiser les tensions.

 

« En buvant l’eau du puits, n’oubliez pas ceux qui l’ont creusé », nous enseigne un proverbe chinois. Côté français, de Gaulle a « creusé » ce qu’est l’amitié franco-chinoise aujourd’hui. Il faut conserver cet état d’esprit et songer à ce que les peuples français et chinois peuvent s’apporter mutuellement, mais aussi à ce qu’ils peuvent apporter au monde.

 

 
*Jean-Pierre Raffarin est ancien premier ministre français et président de la Fondation Prospective et Innovation.
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