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Réflexions sur un changement séculaire

2020-06-10 14:33:00 Source:La Chine au présent Auteur:
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Chargé de 3 500 m3 (294,42 tonnes) de matériel antiépidémique, le train de fret Chine-Europe n° 75041 est parti, le 9 mai 2020, de Wuhan (chef-lieu du Hubei) vers Belgrade (capitale de la Serbie).

 

L’épidémie du nouveau coronavirus (COVID-19) est apparue soudainement, d’une dangerosité et d’une gravité comme jamais en un siècle. Elle apporte de nouvelles perspectives sur le changement séculaire et ses répercussions à venir.

La situation épidémique mondiale, le glissement sur la pente économique, le gel des échanges de personnes et les turbulences dans les relations internationales en sont les caractéristiques les plus importantes. La crise a suscité de nombreux doutes et des débats acharnés, et nombre d’entre eux touchent ceux qui sont aux commandes dans le monde d’aujourd’hui.

Certains ont proposé de repenser le système de gouvernance multilatérale mondiale. Le système de gouvernance de la santé publique mondiale, avec l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) en son centre, a joué un rôle de leadership irremplaçable dans la coordination de la coopération mondiale contre l’épidémie, et a été reconnu et soutenu par la plupart des pays membres. Cependant, certains pays le mettent toujours en doute, comme le montre la volte-face passée dans la lutte contre les changements climatiques, dans le domaine de la maîtrise des armements et dans les accords sur les points chauds régionaux, pour former une vague froide de déni systématique du système de gouvernance mondial existant et des accords internationaux.

D’autres prédisent que le processus de mondialisation économique subira un retournement majeur. Certains pays doivent importer de grandes quantités de matériel médical et antiépidémique en raison du manque de capacité de production. On trouve des masques et des tenues de protection à faible valeur ajoutée, mais aussi des appareils d’oxygénation par membrane extracorporelle (ECMO) de haute technologie. Dans le même temps, l’économie chinoise s’est arrêtée pendant un certain temps et l’Europe et les États-Unis sont retombés en récession, affectant gravement la croissance mondiale. Les pays développés nourrissent les plus grands doutes vis-à-vis de la mondialisation. Ils croient que c’est la Chine qui a le plus profité des décennies de mondialisation et qu’il est nécessaire de réorganiser et de réarranger les chaînes mondiales d’approvisionnement, de production, de valeur, de capitaux et de travail afin de protéger leurs propres intérêts.

D’autres encore plus nombreux affirment même que le monde reproduira la confrontation entre différents camps et les conflits idéologiques. La scène internationale continue de se transformer en complexité. Des superpuissances spécifiques sont obsédées par les mesures unilatérales et remplacent la consultation multilatérale par la politique du plus fort. Un groupe de pays émergents appellent au maintien ferme du multilatéralisme, à l’amélioration du système de gouvernance mondiale et à un sentiment d’empathie et d’entraide dans la lutte contre l’épidémie. Cependant, ce genre de partenariat et de solidarité pour faire face à la crise, certains médias les recouvrent d’une teinture géopolitique épaisse, délibérément décrite comme des « conflits de civilisation » et des « différends institutionnels » entre l’Est et l’Ouest, spéculant même sur l’imminence d’une nouvelle guerre froide.

 

Le stand d’Atos Origin lors de la 2e CIIE organisée à Shanghai, 9 novembre 2019

 

Ne pas céder à la panique et explorer de nouvelles idées de coopération Chine-UE et Chine-France

Des faits innombrables prouvent que quand des changements rapides se produisent, les jugements et les conclusions s’égarent souvent dans les apparences et la précipitation. Un homme politique français bien connu m’a dit il y a quelques jours que l’anxiété ne pouvait que provoquer des erreurs de jugement. La philosophie de cette phrase est conforme au célèbre poème de Wang Anshi, un homme d’État réputé et un réformateur de la dynastie des Song du Nord en Chine, il y a un millier d’années. « Je n’ai pas peur de l’amoncellement de nuages qui cachent l’horizon car je me tiens sur les cimes les plus élevées. » Actuellement, face à un environnement externe complexe dans lequel sont entrelacés de multiples facteurs, je pense que nos deux groupes de réflexion et de personnes éclairées devraient également être en mesure de faire preuve de sagesse, de volonté et de vision pour disperser l’amoncellement de nuages sombres et de brouillard, pour éliminer le vacarme et la clameur et pour renforcer en permanence les fondements des relations de coopération sino-européennes et sino-françaises.

Sur la base de mes années de dévouement au développement des relations Chine-EU et Chine-France, le consensus et les intérêts fondamentaux les plus importants entre nous se reflètent principalement dans les points suivants.

Premièrement, la recherche d’un terrain d’entente tout en mettant de côté les divergences et le respect mutuel sont nos concepts de base. L’UE est le plus grand groupement de pays développés. Bien que l’intégration depuis plus d’un demi-siècle ait connu des hauts et des bas, les progrès continus globaux ont été une tentative et une activité pionnières qui ont attiré l’attention ainsi que l’admiration du monde entier. Il y a beaucoup de différences à tous les niveaux entre la Chine, l’Europe et la France. Cependant, depuis 56 ans que la Chine et la France ont établi des relations diplomatiques et 45 ans que la Chine et l’UE ont établi des relations diplomatiques, nous n’avons jamais demandé que l’autre soit comme nous, et avons toujours respecté la diversité dans le monde ; nous n’avons jamais formé une coterie sur le plan idéologique qui détruit ceux qui s’y opposent et récompense ceux qui lui obéissent. En fait, ce sont ces divergences et ces différences qui nous ont permis de créer un espace d’échanges et d’apprentissage mutuel avec des résultats de coopération gagnant-gagnant. Si vous croyez que celui qui tient fermement à ses différences est un adversaire, voire un adversaire systémique, c’est contraire à l’intention première des relations Chine-UE et Chine-France pour le développement et la coopération, et cela ébranlera également les bases de la confiance et du partenariat.

Deuxièmement, l’adhésion au multilatéralisme est notre poursuite inlassable. La Chine et l’UE estiment qu’un système de gouvernance multilatéral avec les Nations Unies en son centre reflète l’égalité et la consultation, garantit la paix et le développement, et ne peut être renversé par l’égoïsme d’un pays, ni par des difficultés ponctuelles, ni par des différends dans une région. La Chine ne cache pas sa position, et préconise que le système et l’ordre international doivent évoluer avec l’époque et donner plus de poids aux pays en développement et aux pays émergents. Cependant, accuser la Chine de mettre en œuvre un multilatéralisme sélectif, c’est évidemment rejeter le changement. En tant que fervents partisans et protagonistes actifs du multilatéralisme, la Chine et l’Europe doivent prendre l’initiative de la sensibilisation à la communauté de destin pour l’humanité, promouvoir le changement en suivant la tendance, donner au multilatéralisme une plus grande vitalité, et continuer à proposer des concepts Chine-Europe et à trouver des solutions Chine-Europe pour résoudre les problèmes mondiaux.

Troisièmement, guider et coordonner le processus de mondialisation dans la coopération ouverte. Le rôle moteur des capitaux transnationaux et le soutien politique des pays développés ont favorisé le développement vigoureux de la mondialisation économique. La réforme et l’ouverture de la Chine et son adhésion à l’OMC sont comme de piètres nageurs qui se sont jetés dans les eaux turbulentes de la mondialisation. Grâce à des réformes difficiles, la Chine a payé un prix énorme, mais y a gagné son propre développement en contribuant à la croissance mondiale. Que faire ensuite ? La direction de la Chine est très claire et elle continuera à rechercher le développement en approfondissant la réforme et en élargissant l’ouverture. Cependant, l’environnement extérieur est devenu le plus grand point d’interrogation : certains ont proposé le nationalisme économique et le populisme, d’autres ont prédit que le néolibéralisme qui sous-tend la mondialisation céderait la place au conservatisme, et d’autres encore vont délocaliser les entreprises, promettant que le taux de rendement des entités dépassera celui du capital. Le protectionnisme et l’égoïsme sacré sont non seulement les plus grands obstacles à la reprise économique dans la période de l’après-épidémie, mais ils font également planer d’épais nuages sur l’économie mondiale déjà profondément intégrée.

À ce stade critique, je pense que la Chine et l’Europe doivent refléter la sagesse des civilisations anciennes et glorieuses, abandonner les soupçons et les accusations, renforcer les échanges et le dialogue, promouvoir la confiance et la coopération, relever ensemble les défis et créer ensemble l’avenir.

 

*Kong Quan est vice-président de la Commission des affaires étrangères de la Conférence consultative politique du peuple chinois et ancien ambassadeur de Chine en France.

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