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Jao Tsung-I et la sinologie française

2019-07-03 15:16:00 Source:La Chine au présent Auteur:CHEN MINZHEN
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Le 19 septembre 2013, Jao Tsung-I est intronisé associé étranger de l’Académie des inscriptions et belles-lettres.

 

CHEN MINZHEN*

 

Le 22 février 2018, le Centre culturel de Chine à Paris a organisé une réunion à la mémoire du savant renommé Jao Tsung-I, décédé le 6 février de cette même année. Au cours de cette commémoration, Léon Vandermeersh (1928-), grand sinologue français, a évoqué avec tendresse ses relations avec son professeur Jao Tsung-I. Mais qui est donc Jao Tsung-I ? Pourquoi les sinologues français lui ont-ils consacré une cérémonie exceptionnelle ?

 

Un homme de grand savoir

 

Jao Tsung-I est né le 9 août 1917 dans une famille aisée de Chaozhou, dans le Guangdong. Grâce à la riche collection de livres que possédait sa famille et à l’influence de son père, Jao Tsung-I a lu énormément d’ouvrages dès son plus jeune âge, en même temps qu’il écrivait et peignait, jetant une base solide pour ses futures réflexions dans la recherche académique et la création artistique. Érudit bien connu tant en Chine qu’à l’étranger, il a longtemps enseigné à l’université de Hong Kong et à l’Université chinoise de Hong Kong, en plus de donner des conférences partout dans le monde. Il était réputé pour ses connaissances vastes et profondes, qui couvraient un large éventail de sujets allant de la paléographie, de l’épigraphie, de la linguistique et de la bibliographie à l’histoire ancienne, la géographie historique, la culture régionale, l’histoire des échanges de la Chine avec l’extérieur, la littérature classique, l’histoire religieuse et l’histoire de l’art, en passant par les études de Dunhuang, des inscriptions sur os ou carapaces de tortue et des classiques confucianistes. Il a publié plus de 80 ouvrages et quelque 950 articles, excellant également en peinture, en calligraphie et en guqin (un instrument de musique traditionnel chinois à sept cordes). Xu Jialu (1937-), célèbre savant, a d’ailleurs dit de lui : « Jao Tsung-I est le meilleur exemple qui illustre la culture traditionnelle chinoise du XXe siècle. » À travers Jao Tsung-I nous pouvons prendre conscience des riches possibilités que renferme la culture traditionnelle chinoise.

 

 

La relation avec la France

 

En septembre 1956, Jao Tsung-I, âgé de 39 ans, s’est rendu pour la première fois à Paris, pour participer au Congrès international des jeunes sinologues. C’est à cette occasion que les résultats de sa recherche ont reçu toute l’attention de Paul Demiéville (1894-1979), grand maître français de la sinologie. Dès lors, les interactions entre Jao Tsung-I et les sinologues français sont devenues plus fréquentes. Jao Tsung-I et Paul Demiéville, de même que ses disciples Jacques Gernet (1921-2018) et Léon Vandermeersh, ont noué une profonde amitié, qui a inscrit un brillant chapitre dans les échanges culturels sino-français.

 

Jao Tsung-I est allé en France à plusieurs reprises pour enseigner et faire des recherches, mais trois séjours ont été plus longs et plus importants que les autres. De 1965 à 1966, sur l’invitation de Paul Demiéville, Jao Tsung-I est parti étudier les manuscrits et les croquis de Dunhuang au Centre national de la recherche scientifique (CNRS) ; en 1976, il a été chercheur à l’École française d’Extrême-Orient (EFEO) ; de 1978 à 1979, après sa retraite à l’Université chinoise de Hong Kong, Jao Tsung-I a été directeur d’études invité à l’École pratique des hautes études (EPHE), où il a enseigné la religion chinoise ancienne.

 

Autant dire que la relation entre Jao Tsung-I et la sinologie française a été l’histoire d’une influence mutuelle au long cours.

 

D’une part, Jao Tsung-I a enseigné et transmis son savoir, formé des élèves tout en étudiant avec eux, contribuant ainsi à la nouvelle génération en sinologie. La sinologie française porte aujourd’hui encore l’empreinte de Jao Tsung-I, qui s’incarne en particulier dans les études de la religion, de la littérature classique et de Dunhuang. Le dialogue entre Jao Tsung-I et la sinologie française n’a pas seulement reposé sur l’égalité et les apports mutuels, le savant a également participé de manière directe au développement et à la direction académique de la sinologie française, tout en exerçant une certaine influence sur ceux-là. Kristofer Schipper (1934-), sinologue de renommée mondiale, a souligné que le professeur Jao Tsung-I était non seulement un maître dans la communauté de la sinologie française, mais également un enseignant du cercle de la sinologie de toute l’Europe. Comme nous l’a révélé Léon Vandermeersh lors de la commémoration, c’est son plus grand honneur que d’avoir pu apprendre aux côtés de Jao Tsung-I, pour qui il a depuis toujours la plus haute estime.

 

D’autre part, les reliques historiques chinoises collectionnées en France et l’atmosphère scientifique ouverte ont également favorisé le développement académique de Jao Tsung-I. Lors de sa participation au Congrès international des jeunes sinologues en 1956, Jao Tsung-I a recherché des inscriptions sur os ou carapaces de tortue collectionnées à Paris, avant de rédiger un article à ce sujet. En France, il a consacré beaucoup d’efforts à compiler et étudier des informations rapportées par Paul Pelliot (1878-1945) de Dunhuang, finissant par faire paraître, en 1971 et 1978, deux œuvres intitulées respectivement Airs de Touen-Houang et Peintures monochromes de Dunhuang.

 

Vu ses contributions exceptionnelles, la communauté de la sinologie française lui a décerné de nombreuses distinctions éminentes.
 

 

Les exemples sont nombreux. En 1962, sur la recommandation de Paul Demiéville, Jao Tsung-I a remporté le prix Stanislas Julien, connu comme le « prix Nobel de sinologie » ; en 1980, il est devenu membre d’honneur de la Société Asiatique à Paris ; en 1993, il a été décoré officier de l’Ordre des Arts et des Lettres par le ministère français de la Culture ; en 2013, il est devenu le premier associé étranger chinois de l’Académie des inscriptions et belles-lettres, l’une des cinq académies de l’Institut de France.

 

En raison de son état de santé, incompatible avec un vol à longue distance, le 19 septembre 2013, la cérémonie d’intronisation de Jao Tsung-I comme associé étranger de l’Académie des inscriptions et belles-lettres de l’Institut de France a eu lieu à l’Université chinoise de Hong Kong. Pour la première fois de son histoire, l’académie a reçu un de ses membres en dehors de sa célèbre Coupole. À cette occasion, Franciscus Verellen (1952-), directeur alors de l’EPHE et membre à vie de l’académie, avait fait le déplacement pour présider la cérémonie. Dans son allocution, il a résumé l’influence profonde qu’a exercée Jao Tsung-I sur la sinologie française en termes d’études de Dunhuang, des inscriptions sur os ou carapaces de tortue, de la religion, de l’histoire de l’art et de bien d’autres domaines. Il a également fait remarquer qu’en reconnaissance des réalisations accomplies au cours de sa vie, le professeur Jao Tsung-I a été élu associé étranger de l’Académie des inscriptions et des belles-lettres. Et d’ajouter qu’il ne pouvait pas se permettre de rendre compte, avec simplement quelques brefs commentaires, des contributions incalculables du professeur Jao Tsung-I à la compréhension de l’histoire de la civilisation chinoise et des exploits de l’esprit humain, aussi bien en Orient qu’en Occident.

 

En 2017, une exposition de peinture et de calligraphie de Jao Tsung-I s’est tenue à Paris. Ce qui forçait l’admiration, c’était de voir que Jao Tsung-I, en dépit de son âge, avait voyagé à travers les océans, au mépris de la fatigue, pour poser le pied une dernière fois sur le sol français. Il avait alors revisité ses lieux de mémoire, comme si c’était hier.

 

Figure emblématique de la « diffusion de la culture chinoise en Occident » à l’époque moderne et contemporaine, Jao Tsung-I a non seulement été un témoin des échanges et des interactions entre l’Orient et l’Occident, mais également un passeur des cultures extrêmement important. Ses efforts pour les échanges culturels sino-français constituent toujours une précieuse richesse.

 

*CHEN MINZHEN est chercheur postdoctoral au Centre de recherches et de protection des documents exhumés de l’université Tsinghua.

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