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EDF, partenaire de la Chine pour innover

2018-04-10 14:51:00 Source:La Chine au présent Author:JULIEN BUFFET, membre de la rédaction
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Premier investisseur étranger dans le domaine de l’exploitation nucléaire en Chine, l’entreprise publique Électricité de France (EDF) entretient avec ce pays des relations privilégiées. Fabrice Fourcade, président d’EDF Chine, dévoile le fil rouge d’une réussite marquée par l’esprit d’innovation dans les énergies bas-carbones.

 

Visage souriant et esprit concentré, Fabrice Fourcade nous accueille au siège d’EDF Chine dans l’arrondissement Dongcheng à mi-chemin entre la Cité interdite et le quartier des ambassades. Choix délibéré ou signe du destin, le bureau du nouveau délégué général, en poste depuis 2016, se situe donc au croisement de la culture millénaire chinoise et de la diplomatie politique et économique mondiale. Le lieu fait aussi écho aux premières impressions de Fabrice Fourcade, qui, arrivé à Beijing en 2015, nous confie : « Il y a une espèce de continuité entre la Chine d’aujourd’hui et la Chine d’hier, un pays qui reste à la fois très ancré sur son passé, sa culture, ses traditions mais qui a en même temps une envie dévorante de se projeter dans l’avenir et qui innove avec un dynamisme des gens et de l’économie qui est particulièrement fort. »

Fabrice Fourcade reconnaît que son installation à Beijing a constitué un changement de référentiel personnel et professionnel important. Il faudrait toutefois plus qu’un simple choc des civilisations pour désarçonner l’homme dont le nom chinois Fu Kai De, selon les caractères 傅楷德, signifie « modèle de vertu ». Une transcription de « Fourcade » à la véracité confirmée quand le président d’EDF chine déclare d’emblée : « Nous avons un principe ici, c’est de ne jamais agir tout seul. Nous agissons toujours en partenariat avec des partenaires chinois ».

Ancien directeur du plan stratégique d’EDF, « CAP 2030 », Fabrice Fourcade voit dans l’innovation le fil rouge de la présence d’EDF en Chine, rappelant que le groupe a bénéficié, par exemple, de l’introduction du modèle Build Operate Transfer Contract en 1997 avec la première concession accordée par l’État chinois à une entreprise étrangère pour la construction et l’exploitation de la centrale thermique de Lai Bin, dans la province du Guangxi.

Les nouvelles promesses du nucléaire

D’ailleurs, l’histoire d’EDF en Chine commence en 1983 avec une autre initiative sans précédent : la construction de la première centrale nucléaire civile à Daya Bay dans le Guangdong. À cette époque, le VIe plan quinquennal (1981-1985) vise à doter le pays d’équipements industriels modernes pour répondre à l’augmentation fulgurante de la consommation électrique d’une Chine en plein développement économique.

Plus de trente ans plus tard, la Chine s’est dotée d’une industrie nucléaire performante dont EDF est toujours un des partenaires privilégiés. La participation à la construction de Daya Bay puis de la centrale de Ling Ao, a constitué la base d’une présence durable en Chine, devenue entre-temps le premier marché nucléaire mondial. Même si le rythme de mise en service de nouvelles centrales a ralenti après l’accident de Fukushima, la moitié des réacteurs en construction dans le monde se trouvent en Chine. Le pays est devenu un centre de gravité du secteur et la mise en service prochaine de la centrale EPR de Taishan confirme bien la volonté des autorités chinoises de poursuivre le développement de leur parc nucléaire avec les technologies de dernière génération afin d’avoir, pour soutenir sa vigoureuse croissance économique, une énergie stable et sans émission de CO2. Comme le remarque Fabrice Fourcade : « La Chine est aussi devenue en quelques années un centre important pour l’innovation et les technologies de pointe dans le monde. » En définitive, entre la France de la « transition énergétique » et la Chine qui veut construire une « civilisation écologique », la bonne entente semble évidente. D’un côté, la volonté des présidents français successifs, depuis le Grenelle de l’environnement en 2010, de développer les énergies renouvelables sans sacrifier l’indépendance énergétique de la France assuré par le nucléaire. De l’autre, l’objectif chinois de réduire de 40 à 45 % en 2020 (par rapport au niveau de 2005) les émissions de CO2 par unité de PIB, souvent liées à l’exploitation intensive du charbon, s’insère dans la réalisation du plan général pour la montée en gamme de son industrie où le nucléaire joue un rôle clé.

Entre ces deux feuilles de route résolument bas-carbone, les points de convergence sont nombreux. De ce fait, Fabrice Fourcade ne perçoit pas China General Nuclear Power Corporation (CGN) comme un concurrent : « Clairement avec CGN, qui est notre partenaire depuis trente ans en Chine, on est d’abord et surtout partenaire, il n’y a pas d’ambiguïté là-dessus. » Selon le président d’EDF Chine, il s’agit même d’un « partenariat global » qui a du sens aux niveaux industriels et technologiques. En Chine, ayant une participation minoritaire dans le projet EPR de Taishan (30 % par EDF et 70 % par CGN), l’entreprise française profite d’un marché en pleine expansion et de nouvelles opportunités d’investissement. À l’international, les capacités financière et industrielle de CGN sont un atout pour la réalisation de projets communs comme l’EPR de Hinkley Point C au Royaume-Uni. De son côté, EDF possède l’expertise pour accompagner la certification du réacteur chinois Hualong destiné à la centrale de Bradwell. Dans ce schéma, EDF est majoritaire pour le projet EPR à 70 % tandis que CGN l’est pour le réacteur de moindre puissance.

Le 29 septembre 2016, CGN a officiellement signé une série de contrats

de coopération à Londres avec EDF sur la construction d’une centrale nucléaire au Royaume-Uni.

Résonnances entre « CAP 2030 » et la Chine

Depuis le Xe plan quinquennal (2001-2005), les exigences environnementales et l’efficience énergétique sont systématiquement incluses dans la stratégie de développement de la Chine, à tel point que celle-ci converge avec les orientations du programme stratégique « CAP 2030 » mené par EDF et dont un des piliers est le développement de services pour renforcer l’efficacité et la performance dans la gestion énergétique. Frappé par cette proximité des points de vue, Fabrice Fourcade raconte une anecdote :

« À l’été 2015, j’avais encore en charge le projet “CAP 2030”, je lisais le China Daily et je suis tombé sur un article traitant de la politique énergétique chinoise. J’ai découpé l’article, que j’ai partagé à Wagram (le siège d’EDF) : c’était une sorte de “CAP 2030” géant avec des lignes directrices autour des solutions énergétiques décentralisées, des renouvelables et du nucléaire ».

Le constat dressé par le président d’EDF Chine renvoie à des réalités liées au développement urbain prodigieux de la Chine et à la hausse constante du niveau de vie. Si la demande totale en énergie (6 308 TWh en 2017) reste dominée par l’industrie à 70 %, la part des ménages en constitue 14 % et suit une augmentation en relation avec la croissance vertigineuse de la consommation des Chinois. En 2016, la Chine produisait déjà 24 % de l’électricité au niveau mondial. Face à l’ampleur du phénomène, le gouvernement chinois a publié des directives précises sur la nécessité de développer des systèmes énergétiques décentralisés incitant ainsi les villes provinciales à optimiser leurs structures et productions d’énergie : obligation d’installer des réseaux de chauffage collectif, interdiction de construire de nouvelles chaudières à charbon et ouverture à la concurrence du secteur de la vente d’électricité aux grands consommateurs. Ce dernier point est d’ailleurs essentiel car il marque le passage d’un système entièrement géré par l’État à un marché où les prix sont partiellement libres dans certains segments, en droite ligne avec les objectifs du XIIIe plan quinquennal (2016-2020).

À Sanya, sur l’île de Hainan, et Lingbao, dans la province du Henan, EDF a su saisir les opportunités liées à ces orientations nouvelles. L’électricien français a ainsi remporté un contrat de concession de 30 ans pour la construction et la gestion d’un réseau de climatisation et un autre pour un réseau de chauffage urbain alimenté par la biomasse. Les deux contrats ont été signés au Grand Palais du Peuple en janvier 2018 à l’occasion de la visite officielle du président de la République français. Pour Fabrice Fourcade, l’aboutissement en moins de 18 mois de ces deux projets conforte l’orientation stratégique de l’entreprise sur le marché porteur des services énergétiques en Chine : « Ce sont deux projets importants parce qu’ils montrent que le premier axe stratégique d’EDF, les énergies bas-carbones et distribuées, est effectivement un axe pertinent en Chine et sur lequel on a une capacité à réussir et à réussir vite. Donc oui, c’est important. »

Sur le marché chinois des énergies renouvelables, Fabrice Fourcade reconnaît volontiers qu’EDF reste encore un acteur modeste, alors qu’il est leader aux États-Unis et en Europe : « La Chine fait partie de notre ambition. On a fait l’acquisition d’un développeur d’énergie éolienne à l’été 2016 et on s’intéresse aussi à d’autres secteurs comme le solaire. La Chine est le premier marché mondial des renouvelables et fait donc partie de notre plan de développement dans ce domaine, mais, aujourd’hui, ce n’est pas la première composante de notre portefeuille car notre arrivée dans l’éolien en Chine est encore récente. »

Dans son XIIIe plan quinquennal (2016-2020), la Chine prévoit d’investir entre 344 et 370 milliards d’euros dans les énergies renouvelables et le nucléaire d’ici 2020 avec en tête environ 130 milliards pour le solaire, 90 milliards pour l’éolien et 65 milliards pour l’hydraulique.

L’exigence de l’innovation dans les énergies renouvelables

Mais rien n’est acquis, d’autant plus que le plan national chinois 2016-2030 lie la croissance verte à la sécurité énergétique. M. Fourcade voit la Chine comme un marché complexe, exigeant avec des champions nationaux redoutables : « Honnêtement, le marché énergétique en Chine a toujours été difficile parce qu’il est très largement dominé par des acteurs chinois puissants et performants. Le marché était difficile hier, il est difficile aujourd’hui, nous n’avons pas de doute sur le fait qu’il sera difficile demain. » La Chine concentre 17 % des investissements mondiaux dans l’énergie verte et compte de nombreux leaders : six fabricants chinois de panneaux solaires sont dans le top 10 international dont deux à la première et seconde place.

Mais c’est le marché de l’éolien, représentant 88 % du chiffre d’affaires d’EDF dans les énergies renouvelables (hors hydraulique), qui retient l’attention de Fabrice Fourcade. Or, la Chine souhaite atteindre entre 200 et 250 gigawatts (GW) de capacité installée dans ce secteur en 2020, soit une augmentation annuelle de 15 GW soit 15 fois le marché en France. Malgré une situation où 98 % du secteur est dominé par des entreprises chinoises, il est possible pour un acteur étranger de trouver des opportunités d’investissement. Là encore, l’innovation est le credo d’EDF, comme le souligne Fabrice Fourcade : « Le sujet du renouvelable est très compétitif mais nous pensons avoir une carte à jouer sur des segments nouveaux et techniquement exigeants où les industriels chinois ont encore peu d’expérience. L’éolien offshore par exemple est un secteur nouveau et prometteur en Chine. » Dans ce domaine EDF ne manque pas d’arguments : son expérience internationale, avec notamment la mise en service du parc éolien offshore de Teesside en 2015 au Royaume-Uni et l’acquisition de la technologie LIDAR (Light Detection And Ranging) pour mesurer la vitesse du vent.

Mais l’enjeu des énergies renouvelables en Chine réside aussi dans leur bonne intégration dans les réseaux et la conciliation avec les autres moyens de production d’électricité : le stockage et le raccordement au réseau en sont les éléments clés. En 2016, 17 % de l’énergie éolienne produite a ainsi été perdue : les installations solaires et éoliennes de Zhangjiakou, dans le Hebei, produisent quatre fois plus d’énergie que le réseau local n’est capable d’en absorber. EDF se positionne avec des solutions techniques pour mieux valoriser la production intermittente des « renouvelables ». L’expertise de son ingénierie lui a permis de remporter un contrat pour étudier la faisabilité des « autoroutes électriques » entre plusieurs pays voisins de la Chine, l’Asian Super Grid.

« C’est un projet commun avec State Grid et la Mongolie en réponse à un appel d’offre de la Banque asiatique de développement comme client pour étudier le développement des interconnetions en Asie du Nord-Est afin de valoriser notamment la production d’énergie renouvelable de Mongolie, où il y a des potentiels importants à la fois pour le solaire et pour l’éolien, vers les centres de consommation russe, chinois, sud-coréen et japonais ».

Schéma de l’ensemble des tracés possible de l’Asian Super Grid

L’idée de cette interconnexion des réseaux électriques nationaux avait été proposée par la Russie dès 1998-2000, puis régulièrement soutenue par Vladimir Poutine, mais elle a acquis une urgence nouvelle avec la nécessité de lutter contre le changement climatique par le développement d’énergies bas-carbone.

Financé à hauteur de 1,22 million d’euros, le projet d’étude auquel participe EDF, avec le russe Rosseti, le chinois State Grid et un acteur mongol, sera livré en avril 2019 et correspond aussi au choix d’une croissance de qualité en Chine, affirmée avec force lors des deux sessions, qui est comprise comme une croissance verte.

Le défi technique de ces grands réseaux transportant l’électricité sur des milliers de kilomètres est considérable, d’autant plus que l’ambition de State Grid et de l’organisation internationale Global Energy Interconnection Development and Cooperation Organization est de créer un vaste réseau mondial pour relier l’énergie renouvelable, qui serait produite dans les régions polaires et tropicales, avec les centres de consommation d’électricité que sont les mégalopoles d’Europe, d’Asie et d’Amérique. Ce projet pharaonique, s’il devait se concrétiser, pourrait se révéler comme l’une des réalisations les plus ambitieuses de l’initiative des nouvelles Routes de la Soie portée par Xi Jinping avec un coût estimé équivalent au PIB cumulé des États-Unis et de la Chine.

La coopération d’EDF avec la Chine est donc tournée de plus en plus vers l’international avec en fil rouge, les enjeux de la transition énergétique chinoise dont les effets se répercuteront directement dans le monde. Revenant sur la COP 21, Fabrice Fourcade souligne l’implication d’EDF pour accompagner le partenariat stratégique entre la France et la Chine afin de lutter contre le changement climatique : « Je pense que cette coopération est indispensable, et j’ai même envie de dire qu’il y a une forme de co-leadership mondial entre la France et l’Europe d’un côté, et la Chine de l’autre, qui est l’un des piliers de la relation entre nos deux pays et dans laquelle EDF s’inscrit pleinement. »

Ces quelques mots font échos à la mission historique d’EDF : un partenaire engagé aux côtés des acteurs locaux, au service de l’intérêt public, des gens et de leurs activités quotidiennes, sans oublier les plus démunis. Ce sens profond de la solidarité et du bien commun se résume en Chine par l’expression 同舟共济 (tong zhou gong ji), qui signifie « partager le même bateau pour traverser ensemble la rivière »

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