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« Une seule vie ne suffit pas pour connaître la Chine »

2018-04-10 12:49:00 Source:La Chine au présent Author:ABEL ROSALES GINARTE, membre de la rédaction
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David Ramírez Valdés et des plongeurs cubains aux JO de Beijing en 2008

Présentateur et commentateur de l’information sportive en espagnol pour la chaîne de télévision chinoise multilingue CGTN (China Global Television Network) à Beijing, David Ramírez Valdés rencontre un franc succès. Ce journaliste cubain qui travaille pour la CGTN depuis août 2010 est arrivé en Chine il y a déjà plus de dix ans. « Au tout début, je suis venu en Chine pour étudier le chinois à l’Université des études internationales de Beijing, c’était en juillet 2007. »

À l’âge de cinq ans, un désir spontané d’apprendre à nager réveille en lui une véritable passion pour la natation qui le mène des années plus tard à embrasser une carrière d’athlète. Dans le milieu des années 90, alors qu’il fait partie de la sélection nationale de natation de Cuba mais qu’une lésion au niveau de la colonne cervicale met brusquement un terme à sa carrière professionnelle, il sait déjà qu’il a développé pour le sport « un attachement sentimental dont il ne pourra se défaire ».

En 2005, il obtient un diplôme en communication sociale à l’université de la Havane, et a pour projet d’alterner entre la publicité et le journalisme sportif. Après avoir travaillé pendant deux ans au sein de l’Institut cubain de radio et télévision (ICRT), un accord entre les gouvernements cubain et chinois le met définitivement en lien avec le dragon asiatique. « L’idée était de faire venir des professionnels issus de différents ministères cubains pour qu’ils apprennent le chinois et que la maîtrise de cette langue devienne ensuite un outil pour renforcer les échanges entre les institutions des deux pays. »

Un grand événement, sur le point de se produire en Chine, devient alors son objectif professionnel immédiat. « C’était en 2007 et nous imaginions qu’en étudiant le chinois pendant un an, je pourrais devenir le traducteur de la délégation cubaine de l’ICRT pour les Jeux olympiques d’été. J’étais bien naïf », raconte-t-il avec un sourire. Ramírez savoure intensément ces journées riches en émotion. « J’ai vécu ça comme les JO de ma vie : une expérience unique. Pour un passionné de sport comme moi, assister aux grandes finales de cette compétition sportive quadriennale, voir de mes propres yeux Michael Phelps surpasser la prestation de Mark Spitz à Munich en 1972 en remportant huit médailles d’or et Usain Bolt pulvériser les records mondiaux du 100 m et du 200 m, c’était un rêve qui se réalisait. Autant d’images qui resteront éternellement gravées dans ma mémoire. »

De grandes ambitions

Mais au milieu de tant d’enthousiasme, Ramírez éprouve des sentiments contradictoires. « Les membres de ma délégation avaient besoin d’un traducteur et je ne leur étais quasiment d’aucune aide, encore moins sur des questions techniques de transmission télévisuelle. » L’apprentissage du chinois exige énormément de temps car il se base sur la répétition inlassable des caractères et sur la mémorisation. Pour les locuteurs de langues romanes, c’est un véritable martyre. « J’ai essayé d’expliquer à mes collègues que deux semestres suffisaient à peine à maîtriser des situations de communication de base en chinois, mais ils ont eu du mal à me croire. »

Après les JO, Ramírez poursuit ses études à l’université pendant deux ans. « Je suis convaincu que cette volonté de fer que j’ai acquise à l’époque où j’étais athlète m’a beaucoup aidé pendant ces heures d’ennui interminables que je passais à dessiner des caractères. C’était un peu comme nager dans une piscine pendant plus de deux heures, quelque huit ou dix kilomètres avec pour seul panorama la ligne noire tracée au fond du bassin et les T dessinés sur les parois, en ayant bien conscience que le sacrifice était nécessaire car les grands objectifs ne s’atteignent pas en prenant des raccourcis. » Mais en dépit de tant d’efforts, Ramírez n’est toujours pas satisfait de son niveau en chinois. « Malheureusement, il reste bien en-dessous de mon niveau d’anglais ou de français. Je dois admettre que j’ai parfois été un peu paresseux. »

Après avoir terminé ses études de langue à Beijing, il passe les examens pour intégrer le département espagnol de la chaîne de télévision chinoise. « Après cela, je suis rentré à Cuba et avec le soutien de l’Union nationale des écrivains et artistes de Cuba, j’ai pu retourner à Beijing pour y travailler en tant que rédacteur en chef. » Au bout de quatre ans, en 2014, il commence à présenter la rubrique sportive ; cela coïncide avec la Coupe du monde de football au Brésil. « Depuis lors, j’ai un programme fixe deux fois par jour au cours duquel j’évoque en priorité les performances des athlètes et des équipes de Chine et d’Amérique latine. »

Lorsqu’il s’agit de relater ses contributions à la chaîne, Ramírez reste discret, mais il reconnaît tout de même qu’il a réussi à diversifier le contenu de la rubrique sportive. « Avant, nous nous cantonnions au football, au tennis, au plongeon, au badminton et au tennis de table et nous ne suivions jamais les tournois au jour le jour. » Aujourd’hui, l’information est plus régulière et plus immédiate, elle s’est élargie à de nouveaux domaines, entre autres le basket-ball (la CBA et la NBA), le baseball, les principales compétitions de boxe et d’arts martiaux mixtes.

Le dynamisme du sport chinois

À l’heure actuelle, les sportifs chinois sont remarquablement bien classés dans les compétitions internationales. « Outre les sports dans lesquels ils ont traditionnellement occupé une position dominante — le tennis de table, le plongeon, le badminton, la gymnastique —, ils font désormais partie des élites dans beaucoup d’autres disciplines. » Le journaliste cubain rappelle qu’aujourd’hui, plus personne ne s’étonne des performances chinoises en volley-ball et football féminins, en natation, en haltérophilie, en cyclisme, en escrime, en athlétisme, en judo, en tennis ou en boxe. « Ces dernières années, j’ai observé que les athlètes de ces disciplines, qui ont toujours été d’une certaine manière marginalisés par les médias, ont acquis le statut de célébrités sportives que l’on réservait avant aux plus grandes élites comme le joueur de basket-ball Yao Ming ou la joueuse de tennis Li Na. »

Il explique que les JO de 2008 ont marqué un tournant décisif pour la Chine qui a alors rejoint le rang des grandes puissances sportives mondiales et qui est en passe de réaliser le même exploit dans le domaine des sports d’hiver. « Les prochains JO d’hiver seront ceux de Beijing en 2022, et il est quasiment certain qu’il feront date dans l’histoire des sports d’hiver en Chine, il y aura un avant et un après Beijing 2022 comme il y a eu un avant et un après Beijing 2008 pour les sports d’été. » Fort de son expérience d’analyste sportif, il n’a pas peur d’affirmer : « La délégation chinoise fera partie des cinq délégations les plus médaillées et elle maintiendra cette position dans les années à venir. »

Tout au long de ces années, Ramírez a le sentiment d’avoir beaucoup avancé sur le plan professionnel, et cela grâce à ses collègues chinois et étrangers de CGTN et à sa volonté de toujours se surpasser. « Pour moi, cela a été un processus d’apprentissage constant, avec pour principal objectif de réussir à harmoniser le vocabulaire que nous utilisons. Travailler pour une chaîne internationale implique de se défaire des particularismes et d’être particulièrement rigoureux sur la prononciation afin de satisfaire aux exigences d’un public international. »

Le journaliste a beaucoup voyagé à travers la Chine pour découvrir ses paysages et mieux appréhender sa culture et son histoire millénaires. « Une seule vie ne suffit pas pour connaître la Chine, il me serait tout simplement impossible de faire une liste complète de tous les lieux qui m’ont marqués. » Grâce à ces années passées en Chine, il a pris conscience que pour comprendre les Chinois, il était nécessaire de se plonger dans leur passé. « Vivre en Chine permet de mesurer l’influence du développement économique fulgurant sur une société aux traditions culturelles bien ancrées. Cette contradiction permanente entre modernité et tradition me semble fascinante. »

En mars 2012, il rencontre à Beijing l’amour de sa vie. « Ma femme est russe, originaire d’une ville qui s’appelle Magnitogorsk près des montagnes de l’Oural, elle est créatrice de mode et nous nous sommes mariés le 14 février 2014. » Il ne fait aucun doute que le présentateur, fort de sa belle voix et de toutes les connaissances qu’il a acquises ces dernières années, a devant lui un avenir prometteur.

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