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Devenir Chinois ? Pas si facile !

2018-04-10 12:30:00 Source:La Chine au présent Author:ISMAIL HUSSEIN*
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Hussein rencontre des Chinois issus d’une ethnie minoritaire dans le Guizhou en 1993.

Mon voyage en Chine a commencé il y a 25 ans. C’est un long voyage qui a débuté un peu comme une aventure. En 1991, un ami m’a proposé de travailler pour le magazine La Chine au présent. C’était tout à fait inattendu et il m’a fallu presque un an pour prendre une décision. Le 29 septembre 1992, après plus de 10 heures de vol, j’ai donc atterri à Beijing, capitale de la Chine. Une fois là-bas, j’hésitais encore, j’étais submergé de pensées contradictoires et de doutes, parce que pour moi, c’était un voyage vers l’inconnu, un peu comme l’atterrissage sur la Lune de Neil Alden Armstrong et Buzz Aldrin le 21 juillet 1969. Les nombreuses informations que j’avais collectées sur la Chine avant mon départ n’avaient pas suffi à faire disparaître mes doutes.

À cette époque-là, l’aéroport de Beijing était petit et doté d’installations modestes. Lorsque je suis sorti de l’aéroport et que je me suis assis sur le siège arrière de la voiture, j’ai été assailli par une foule d’idées. Après environ 20 km, j’ai aperçu la place Tian’anmen qui, à l’époque, était la plus grande place du monde. À l’une de ses extrémités, j’ai remarqué une grande porte rouge ornée de clous dorés. J’ai appris par la suite que cette porte imposante était l’une des portes du Palais impérial, résidence des empereurs et de leurs femmes. Pu Yi, dernier empereur de la dynastie des Qing (1644-1911), est le dernier empereur à avoir résidé dans le Palais impérial. Il renonça à la couronne le 12 février 1912 après la victoire de la Révolution de 1911 conduite par Sun Yat-sen.

Quelques minutes après, nous sommes arrivés à notre destination. Nous avons déjeuné dans un restaurant occidental, et j’ai réalisé que la réalité était bien loin de ce que j’avais pu imaginer. Nous nous sommes ensuite baladés dans les rues. Ça et là, de ravissants parterres formaient de petites buttes ; ceux de la place Tian’anmen étaient les plus jolis et les plus nombreux. Aux portes ou aux fenêtres des magasins et des appartements flottaient des drapeaux rouges à cinq étoiles car nous approchions de la Fête nationale qui a lieu le 1er octobre. J’appréciais ce décor particulier que l’on retrouve à chaque fête importante en Chine.

Un média local interviewe Hussein en 2000, dans la région autonome hui du Ningxia.

Je dormais à l’hôtel de l’Amitié où étaient logés les « experts étrangers ». Outre des vêtements et des livres, ma valise contenait de la nourriture que ma mère avait préparée car elle avait peur que je ne mange pas bien en Chine. L’hôtel de l’Amitié comprenait plusieurs zones au milieu desquelles se trouvait un jardin. Chaque zone comptait plusieurs bâtiments de 4 étages dont l’accès était fermé à partir de 23 h et ouvert à partir de 6 h du matin. Les résidents devaient donc rentrer le soir avant 23 h et ne pouvaient quitter le bâtiment qu’après 6 h du matin ; les invités devaient s’inscrire à l’entrée et quitter les lieux avant la fermeture du bâtiment.

Pour la Chine, les années 90 ont constitué une période sensible. L’idéologie formée depuis la fondation de la République populaire de Chine en 1949 ainsi que l’économie planifiée continuaient d’influencer les domaines économiques et politiques. Pourtant, au même moment, l’économie de marché et le pragmatisme faisaient leur apparition. À cette époque-là, la Chine changeait à une vitesse fulgurante et elle était comme une personne qui se trouve au bord d’une rivière, attirée par les nouvelles opportunités qu’elle entrevoit sur l’autre rive, mais qui hésite à traverser par peur de l’inconnu. Derrière elle, il n’y avait plus que des concepts périmés qui bloquaient sa progression et ébranlaient sa volonté d’avancer. C’était une époque de luttes idéologiques, politiques et économiques, et pour gagner, il était indispensable de faire preuve de courage et d’oser tenter de nouvelles expériences. Dans ce contexte, certains Chinois courageux se sont lancés dans le commerce et ont démissionné de leurs fonctions qui leur garantissaient pourtant la prise en charge par l’État de toutes les nécessités de la vie, comme la nourriture, les vêtements, les frais médicaux et même les frais funéraires. Et ils ont prouvé que malgré toutes les difficultés auxquelles ils avaient dû faire face, c’était une aventure qui en valait la peine.

Dans les années 1990, les étrangers à Beijing étaient peu nombreux, et ils étaient surnommés Lao Wai. Dans la rue, les passants chinois les dévisageaient avec insistance. La plupart des Chinois, surtout ceux qui venaient des campagnes, considéraient les étrangers comme des gens très riches qui ne comptaient pas leur argent. Mais avec le temps, la situation a changé : les étrangers sont désormais beaucoup plus nombreux à Beijing et il est devenu banal d’en croiser dans la rue.

Avec des collégiens du Ningxia en 1998

Après avoir passé quatre mois en Chine, ma vision de ce pays se réduisait à Beijing. Pourtant, bien que la ville soit le centre politique et culturel de la Chine, ce n’est qu’une ville parmi tant d’autres et elle est loin de représenter les 9,6 millions de kilomètres carrés du territoire chinois ou ses 1,12 milliard d’habitants à l’époque. En février 1993, j’eus l’occasion de sortir de Beijing pour la première fois, pour visiter la province du Guizhou dans le sud-ouest de la Chine. L’aéroport de Guiyang était tout petit, avec seulement quelques bureaux au fond, mais j’ai gardé une image précise de la ville, sa topographie, son apparence, l’accent et le niveau de vie des habitants qui étaient tout à fait différents de ce que je voyais à Beijing. Ce qui m’a le plus surpris, c’est que nous avions besoin d’interprètes pour comprendre les habitants car ils ne parlaient pas le mandarin. Découvrir cette région aux coutumes, aux traditions et aux dialectes différents a entraîné chez moi une véritable prise de conscience. La Chine est un pays qui compte 55 ethnies minoritaires, mais en dehors des costumes traditionnels que portent les représentants des ethnies minoritaires lors des sessions de l’Assemblée nationale populaire et du Comité national de la Conférence consultative politique du peuple chinois qui ont lieu chaque année à Beijing, je ne connaissais presque rien de ces ethnies minoritaires chinoises.

Cinq ans après mon voyage dans la province du Guizhou, j’eus pour la seconde fois l’occasion d’approcher les ethnies minoritaires de Chine. En juillet 1998, je me suis rendu dans la région autonome hui du Ningxia qui comptait environ 2 millions de Hui, soit 20 % de la population hui en Chine. J’ai été très étonné de voir que les femmes portaient le voile et que les minarets étaient aussi nombreux. La région comptait plus de 3 000 mosquées et 6 000 minarets. Deux ans après, quand je suis retourné dans le Ningxia, j’ai constaté d’importants changements, évidemment moins impressionnants que ceux que connaissaient Beijing et d’autres régions côtières de l’est et du sud de la Chine.

Au fil du temps, mon souhait de pouvoir découvrir les autres régions de Chine s’est accompli. En juin 2005, j’eus l’occasion de voyager dans la région autonome ouïghoure du Xinjiang et d’écrire des articles à ce sujet. Pour moi, voyager dans le Xinjiang et raconter le Xinjiang étaient deux choses très différentes. Écrire sur le Xinjiang me semblait très difficile, mais en même temps très important. Les Chinois et les étrangers ont une perception très différente de cette région. Elle recèle de nombreuses particularités, que ce soient ses habitants, sa géographie, sa langue, ses différences de richesse et de développement, son désert et ses oasis, ses spécialités culinaires et ses costumes. Le Xinjiang occupe une superficie de 1,665 million de kilomètres carrés, qui représente un sixième du territoire chinois, et possède des frontières communes avec 8 pays. Ses frontières terrestres s’étendent sur 5 600 km. Quand je suis arrivé dans cette région de la Chine, j’ai eu l’impression de me retrouver à l’étranger. Dans le Xinjiang, la plupart des lieux possèdent deux noms, l’un en mandarin et l’autre en ouïghour, par exemple, le district de Yecheng s’appelle Qaghiliq en ouïghour et le district de Shache s’appelle Yeken. Les magasins, les organismes gouvernementaux et les publicités sont bilingues.

Au cours de ces années passées en Chine, dans les rues, au marché ou dans les mosquées, sur les terrains de foot ou dans les transports, j’ai toujours essayé de vivre comme un Chinois. Et partout, les Chinois que j’ai rencontrés, issus de différents milieux, ont toujours été très amicaux avec moi. J’ai aussi vu des films chinois au cinéma et j’ai regardé des représentations de l’Opéra de Pékin sur la chaîne CCTV-3. En Chine, j’ai rencontré un grand nombre de professeurs, de penseurs et de politiciens avec lesquels nous avons toujours pu parler ouvertement et aborder tous les sujets. Ceci dit, mon sujet de prédilection a toujours été, et reste la Chine.

En janvier 2018, alors que je faisais la queue au contrôle de sécurité de l’aéroport international de Beijing, l’image du même aéroport en 1992 m’est revenue à l’esprit. À cette époque, les rues qui reliaient l’aéroport au centre-ville étaient très étroites et parsemées de nids de poule. Aujourd’hui, la nouvelle route, plus large, permet aux voyageurs d’arriver rapidement au centre-ville. Les nombreux vendeurs ambulants, qui autrefois bloquaient les rues autour de mon entreprise, le Groupe international de publication de Chine, ont disparu. À l’heure actuelle, malgré l’augmentation du nombre de voitures, les transports sont mieux organisés. Les vélos en libre-service ont presque remplacé les vélos traditionnels, le transport devient plus confortable. Beaucoup de grands marchés ont été déplacés vers les banlieues de Beijing. Je n’ai plus besoin d’avoir sur moi de l’argent en espèces parce que je peux utiliser mon téléphone pour effectuer mes paiements. « À Beijing, les voleurs seront bientôt au chômage, parce que la plupart des gens ne portent plus d’espèces sur eux », m’a confié une fois un ami. Le téléphone portable est devenu indispensable et ne quitte presque plus les mains de son propriétaire. Il permet de régler presque toutes les courses quotidiennes. De nombreux endroits comme certaines entreprises ou certains parcs sont équipés de portails électroniques et les personnes qui souhaitent entrer doivent valider leur carte d’identité ou leur badge. La technologie de pointe est en train de transformer la vie des Chinois qui ne cessent d’innover.

Parfois, j’ai l’impression que je suis capable de me fondre dans la société chinoise. Pourtant, même avec tout ce que j’ai pu apprendre sur la Chine, je ne peux que constater qu’il me faudra encore du temps pour comprendre ce pays riche de 5 000 ans d’histoire. Aucun étranger ne peut prétendre connaître la Chine sans y avoir jamais mis les pieds. Quand on arrive en Chine, on découvre un monde merveilleux, façonné par ses habitants, sa géographie, son climat, ses coutumes et ses traditions variés. Après un premier séjour en Chine, vous vous imaginerez peut-être pouvoir écrire en une soirée un livre, ou même une encyclopédie sur la Chine ; mais restez-y encore un mois et la modestie des Chinois vous gagnera ; peut-être envisagerez-vous alors de vous contenter d’un petit article sur ce grand pays. Après un an de vie en Chine, avec toutes les connaissances que vous aurez acquises, vous réussirez peut-être l’exploit d’écrire un texte d’une page sur ce pays. Je trouve personnellement qu’il est très difficile de raconter la Chine, en particulier d’évoquer son développement rapide. « Il est impossible de percer tous les mystères de la Chine tant ils sont nombreux, mais en étudiant ce pays, on peut les découvrir petit à petit », a autrefois affirmé Richard Mihous Nixon, ancien président des États-Unis.

*ISMAIL HUSSEIN est rédacteur en chef de la branche au Moyen-Orient de La Chine au présent.

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