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Un périple sous la plume des étrangers

2026-09-29 15:56:00 Source: La Chine au présent Auteur: XIA YUANYUAN, membre de la rédaction
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Visites sur le terrain ou réinterprétation du parcours, plusieurs étrangers contribuent à faire connaître l’esprit de la Longue Marche au monde entier. 

L’ancienne résidence du journaliste américain Edgar Snow et de son épouse Helen Foster Snow, dans l’arrondissement de Dongcheng, à Beijing, le 10 mars 2024

Par XIA YUANYUAN, membre de la rédaction

Événement majeur de l’histoire chinoise, la Longue Marche continue de susciter un intérêt international. Dès ses débuts, un missionnaire suisse en a livré les premiers témoignages écrits. Par la suite, des journalistes et écrivains étrangers se sont penchés sur cette période à travers des travaux au retentissement considérable. Leurs écrits constituent à la fois de précieuses sources historiques et une vitrine importante pour appréhender la Chine.

Le premier ouvrage étranger sur la Longue Marche

Missionnaire suisse arrivé en Chine en 1922, Rudolf Alfred Bosshardt est arrêté en octobre 1934 par le VIe Groupe de l’Armée rouge, au Guizhou, en raison des soupçons qui pesaient sur lui au début de la marche. Détenu pendant 18 mois, il suit les déplacements des troupes à travers cinq provinces : le Guizhou, le Sichuan, le Hubei, le Hunan et le Yunnan, parcourant près de 5 000 km. Malgré la détention et les conditions difficiles, Bosshardt découvre une réalité inattendue : « L’enthousiasme étonnant de l’Armée rouge, son aspiration à un monde nouveau et sa foi inébranlable étaient sans précédent. Les combattants étaient jeunes, animés d’une grande vitalité et luttaient courageusement pour leur cause », se souvient-il.

Une coopération inédite s’amorce même au cours du périple. L’Armée rouge ayant récupéré une carte du Guizhou rédigée en français, le commandant du VIe Groupe, Xiao Ke, sollicite l’aide du missionnaire retenu. Une nuit entière durant, Bosshardt traduit le document à haute voix pendant que Xiao Ke en annote la version chinoise.

Libéré, Bosshardt rejoint Kunming. Trois mois plus tard, il publie à Londres La main qui retient, récit de ses 560 jours passés aux côtés des soldats. L’ouvrage devient le plus ancien document occidental rédigé sur le sujet, faisant de son auteur le premier étranger à révéler la Longue Marche au reste du monde. Xiao Ke écrira plus tard que « Bosshardt a observé et compris l’Armée rouge avec le regard d’un missionnaire, consignant ses observations, ses expériences et ses réflexions. Il s’agit d’un document inestimable pour la recherche historique. »

Un retentissement mondial

Le journaliste américain Edgar Snow est le premier à rendre compte de manière exhaustive de la Longue Marche. En 1936, il franchit le blocus d’information pour rejoindre le bastion de l’Armée rouge dans le Shaanxi. Au cours de son reportage de quatre mois, il s’entretient longuement avec Mao Zedong, Zhou Enlai et d’autres dirigeants.

À Bao’an (aujourd’hui le district de Zhidan), Mao Zedong, accompagné d’un interprète, s’entretient avec Snow pendant des jours et des nuits dans une habitation troglodytique, pour lui présenter l’évolution de l’Armée rouge, l’origine de la Longue Marche et les lignes politique, économique et militaire du Parti communiste chinois (PCC).

De cette enquête de terrain, Snow rapporte des informations de première main qui brisent les préjugés. En octobre 1937, il publie L’Étoile rouge sur la Chine chez Gollancz à Londres. Le livre est réimprimé quatre fois en deux mois, s’écoule à des centaines de milliers d’exemplaires et est traduit dans plus de dix langues, dont le français, l’allemand, l’italien, le russe, l’espagnol, le portugais et le japonais. Passionné par l’ouvrage, le président américain d’alors, Franklin D. Roosevelt, a même reçu Snow à trois reprises pour faire le point sur la situation en Chine.

Bien que la Longue Marche n’y occupe qu’un chapitre d’environ 18 000 mots, ce passage reste le cœur palpitant du livre. Snow y retrace les étapes majeures de la Longue Marche, dépeignant le courage et la résilience des troupes dans un style d’une grande force poétique. « Il y avait presque un affrontement par jour, et la marche quotidienne atteignait en moyenne 35 km », note-t-il, avant de souligner que « quelle que soit son opinion sur l’Armée rouge et ses convictions politiques, nul ne peut nier que la Longue Marche constitue l’un des plus grands exploits de l’histoire militaire. »

Marqué à jamais par cette expérience, Snow a conservé un lien profond avec la Chine. Après son décès en Suisse en 1972, conformément à son testament, la moitié de ses cendres a été inhumée au bord du lac Weiming, sur le campus de l’Université de Pékin.

Un récit vivant

Publiée en 1964, l’autobiographie La Chine, ma seconde patrie d’Anneliese Schwarz offre un autre éclairage sur cet épisode. Arrivée en Chine en février 1936, cette Allemande y passe 19 ans, s’engageant dans le mouvement de résistance contre l’agression japonaise et se liant d’amitié avec la population et les cadres du PCC.

En mars 1937, elle se rend à Yan’an. Elle y rencontre Mao Zedong, Zhou Enlai, Zhu De et Peng Dehuai, découvrant leur quotidien et leur vision de la révolution. Ses échanges répétés avec les soldats et des gens ordinaires lui permettent de reconstituer la Longue Marche sous un angle humain.

Pour elle, c’était une épreuve extrême, un combat permanent contre les éléments et la peur. « Cette entreprise a exigé une bravoure inébranlable pour surmonter des conditions naturelles extrêmes et vaincre l’ennemi », écrit-elle, qualifiant la Longue Marche d’« exploit majeur de l’histoire de l’humanité ». Traduit en plusieurs langues, son témoignage demeure un document précieux pour appréhender les grandes mutations de la société chinoise.

Sur les traces de l’histoire

Dans L’Étoile rouge sur la Chine, Snow écrivait : « Un jour, quelqu’un racontera cette épopée dans son intégralité. » Cinquante ans plus tard, le journaliste américain Harrison Salisbury, prix Pulitzer, relève le défi.

En 1984, alors âgé de 76 ans, Salisbury se rend en Chine pour refaire le parcours de la Longue Marche. En 74 jours d’un voyage éprouvant, il parcourt les sites révolutionnaires, affronte la rigueur du climat et interviewe de nombreux témoins de la Longue Marche.

En 1985, il publie La Longue Marche : l’histoire inédite, qui rencontre un succès retentissant. « Ce n’était pas une simple marche, mais un hymne à la survie et un combat semé d’embûches. La Longue Marche a été le véritable creuset de la révolution chinoise », affirme-t-il.

À sa mort en 1993, Salisbury lègue à la Chine le stimulateur cardiaque qu’il portait lors de son périple ; l’appareil est aujourd’hui conservé au Musée militaire de la Révolution du Peuple chinois à Beijing. Dans la préface de l’édition chinoise de son ouvrage, il reprend les propos de Snow pour exprimer sa compréhension de l’esprit de la Longue Marche : « Source d’inspiration hier, elle suscite encore aujourd’hui l’admiration et la passion à travers le monde. Elle restera à jamais un monument élevé à la détermination humaine. »

Des expériences authentiques

En mai 2000, deux jeunes Britanniques, Ed Jocelyn et Andrew McEwen, réalisent lors d’un voyage dans le district de Liping (Guizhou) qu’ils marchent sur les pas de l’Armée rouge. Passionné par cette histoire, Jocelyn convainc son ami de refaire l’itinéraire complet.

Avec de nombreuses informations et cartes recueillies, ils s’élancent du district de Yudu (Jiangxi) en octobre 2002. Après un parcours pédestre de 4 125 km, ils atteignent le bourg de Madao (Sichuan) en juillet 2003. La traversée des zones montagneuses du sud-ouest du Guizhou, peuplées par l’ethnie Buyi, s’avère particulièrement difficile : écrasés par la chaleur et à court de provisions, ils ne doivent leur salut qu’à l’aide d’enfants du pays qui leur servent d’interprètes et les guident vers un village. Ce tronçon de route, que l’Armée rouge avait franchi en dix jours, leur en a pris sept.

En 2005, ils publient La Longue Marche à deux, un recueil dans lequel ils confrontent les faits historiques à la réalité du terrain tout en rendant hommage à l’endurance des combattants : « La Longue Marche est une épopée gravée sous le signe de l’héroïsme, du sacrifice et de la ténacité. »

Par ailleurs, de nombreux chercheurs étrangers poursuivent leurs recherches sur la Longue Marche. Grâce à ces regards croisés, la Longue Marche a dépassé le cadre national pour devenir une grille de lecture de l’histoire chinoise moderne et un symbole universel de dépassement de soi.

Grâce à ces regards croisés, la Longue Marche a dépassé le cadre national pour devenir une grille de lecture de l’histoire chinoise moderne et un symbole universel de dépassement de soi.

 

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