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Zhou Youguang : le « père du pinyin »

2019-11-02 16:55:00 Source:La Chine au présent Auteur:DANG XIAOFEI
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法语词典
 
Le 1er septembre 2019, dans une salle de classe du village de Dongfeng, à Shiyan (province du Hubei), des élèves apprennent le pinyin avec leur enseignante.

 

Tous les étrangers ayant étudié le chinois savent que pour apprendre cette langue, il faut au préalable apprendre à maîtriser le pinyin (système de transcription phonétique des caractères chinois), qui constitue une porte d’accès à la culture chinoise. Cependant, les sinogrammes chinois, à l’image de l’alphabet paléohébraïque, sont des écritures où il n’y a aucune indication de la prononciation sous forme écrite. Alors d’où vient le pinyin en usage en Chine et dans le monde entier ?

 

En 1949, quand la République populaire de Chine fut fondée, il était difficile pour les 56 groupes ethniques du pays, avec des dizaines de dialectes, de communiquer entre eux. En outre, à l’époque, plus de 80 % de la population était analphabète. Cette situation était imputable non seulement aux troubles de la guerre dont avait souffert le pays, mais également à l’absence d’unification des symboles phonétiques. Pour changer l’état des choses, il était urgent de développer un système de transcription phonétique des caractères chinois au niveau national. Par conséquent, le gouvernement chinois éleva au rang de priorité la réforme de l’écriture et fit appel à de nombreux experts dans l’ensemble du pays pour mener à bien ce projet novateur. Zhou Youguang, célèbre linguiste et spécialiste des caractères chinois, comptait parmi ces experts.
 
Un linguiste amateur

 

Né en 1906 à Changzhou, dans la province du Jiangsu, Zhou Youguang fut admis à la St. John’s University de Shanghai en 1923. Bien qu’il se spécialisât en économie, il montrait un grand intérêt pour la linguistique et assistait à des cours dédiés à ce sujet. De plus, pendant son temps libre, il lisait de nombreux livres sur la linguistique et les divers alphabets.

 

Une fois ses études universitaires achevées, il se consacra longtemps à la finance, sans pour autant renoncer à sa passion pour les caractères chinois. Il publia ainsi nombre d’articles sur la réforme de l’écriture. En 1946, la banque Xinhua pour laquelle il travaillait décida de le muter à New York. En 1949, lorsque la Chine nouvelle fut fondée, il abandonna sans hésitation sa vie aisée à l’étranger et rentra au pays pour devenir professeur d’économie à l’université Fudan de Shanghai.

 

En 1955, le gouvernement central organisa une réunion nationale à Beijing dans l’optique de réformer l’écriture, et Zhou Youguang y prit part. À cette époque, il maîtrisait déjà quatre langues (chinois, anglais, français et japonais) et était un chercheur reconnu dans le domaine de la réforme de l’écriture.

 

À l’issue de la réunion, alors que Zhou Youguang se préparait à rentrer à Shanghai, Wu Yuzhang, directeur de la Commission de la réforme de l’écriture chinoise, lui proposa de rejoindre son groupe. « Je ne suis pas un expert, simplement un amateur de linguistique et de caractères. Si j’accepte, je crains de ne pas être à la hauteur de ce poste », avait répondu Zhou Youguang. Mais Wu Yuzhang avait insisté, en le rassurant : « Il s’agit d’une tâche inédite. Aucun de nous n’est un expert. » Par la suite, Chen Wangdao, président de l’université Fudan, lui suggéra également de changer de voie pour se tourner vers la linguistique. Le premier ministre chinois Zhou Enlai, de son côté, lui téléphona personnellement pour l’inviter à intégrer l’équipe.

 

Après mûre réflexion, il accepta l’invitation et s’installa avec sa famille à Beijing. La Commission de la réforme de l’écriture chinoise disposait de deux laboratoires : l’un étudiait le système de transcription phonétique et l’autre, la simplification des caractères chinois. Le premier employait une équipe de 15 personnes, composée de linguistes rattachés à diverses universités. Cependant, la majorité d’entre eux avaient pour seule mission de participer aux discussions et de proposer des suggestions. « Les travaux spécifiquement voués au développement du pinyin ont été réalisés par Ye Laishi, Lu Zhiwei et moi-même, avait rappelé Zhou Youguang en son temps. Ye Laishi occupait en parallèle le poste de secrétaire général de la commission, alors que Lu Zhiwei devait enseigner en même temps. Quant à moi, comme je n’avais pas d’autres occupations après mon départ de Shanghai, je me suis pleinement consacré à ce travail. » Ainsi, à presque 50 ans, il mit de côté l’économie pour devenir linguiste.
 

 

Le fruit de trois années d’efforts

 

Après sa prise de fonction, Zhou Youguang se heurta à une série de questions. Par exemple : faut-il utiliser des lettres ou signes inventés ou existants ? Et parmi ceux existants, lesquels choisir ? Faut-il en changer la prononciation ? Comment faire pour formuler des règles orthographiques couvrant les caractères les plus utilisés ? Comment différencier les tons ?

 

À vrai dire, en 1918, le gouvernement de Beiyang avait fait paraître officiellement un alphabet avec cinq tons et 39 signes inspirés d’anciens symboles ou pictogrammes chinois. Cependant, ce dernier n’avait pas été reconnu par la communauté internationale. En 1928, le gouvernement national de Nanjing, avait également présenté un alphabet. Celui-ci utilisait les 26 lettres latines et prenait la prononciation du dialecte de Beijing comme référence, tout en suivant les habitudes orthographiques internationales. Toutefois, sa mise en application s’avérait difficile, en raison de la complexité de son système tonal.

 

Zhou Youguang étudia les écritures en usage dans divers pays et en conclut que l’alphabet latin était le plus approprié pour deux grandes raisons : premièrement, il présentait de nombreux avantages sur le plan technique ; deuxièmement, il était le plus répandu et le plus influent au monde. Zhou Youguang finit par choisir 21 lettres sur les 26 qui existent dans l’alphabet latin, auxquelles il ajouta cinq lettres venues d’ailleurs. Le chinois mandarin comporte quatre tons : les éléments indiquant les deuxième, troisième et quatrième proviennent de signes linguistiques existants ; pour représenter graphiquement le premier ton, Zhou Youguang a emprunté le signe mathématique de la soustraction.

 

Au cours de cette période, des linguistes russes étaient venus en Chine dans l’intention de convaincre le gouvernement chinois d’adopter l’alphabet russe, au lieu de l’alphabet latin. Mais leur proposition avait été rejetée par Chen Yi, alors vice-premier ministre chinois, qui estimait que la Chine devait renforcer ses relations avec l’Asie du Sud-Est, une région où personne ne parlait le russe, et qu’en outre, l’alphabet latin serait propice à promouvoir la diffusion du chinois. « Le vice-premier ministre Chen Yi a pris une décision très pertinente. Si nous avions utilisé le russe, nous aurions rencontré davantage de problèmes et je crains que nous n’aurions été contraints de revoir nos plans », avait affirmé Zhou Youguang.

 

Pendant trois ans, Zhou Youguang prit la tête du travail visant l’établissement d’un système de transcription phonétique des caractères chinois, basé sur 26 lettres, lequel est désormais utilisé dans le monde entier. En février 1958, l’Assemblée populaire nationale approuva la résolution relative au pinyin. Dès lors, celui-ci devint une discipline d’enseignement obligatoire dans toutes les écoles primaires.

 

Grâce à la mise en œuvre du pinyin, l’analphabétisme diminua considérablement à l’échelle du pays. Selon des experts, grâce à l’introduction d’un tel système de transcription phonétique, une prononciation normalisée fut attribuée à des caractères chinois vieux de 5 000 ans et les enfants commencèrent à lire des œuvres classiques deux ans plus tôt qu’à l’accoutumée. Des études menées dans le district de Wanxian, au sud de la province du Shanxi, révélèrent qu’un paysan parvenait généralement à maîtriser le pinyin au bout de 15 à 20 heures et pouvait apprendre 1 500 caractères en 100 heures.

 

Depuis six décennies, le pinyin joue un rôle très important dans la généralisation de l’éducation ainsi que dans le développement de la science et de la culture. De même, il a activement promu l’informatisation dans le pays et le processus d’ouverture sur l’extérieur.
 

 

Une norme internationale

 

Dès les années 1960, Zhou Youguang et ses collègues se mirent à voyager dans de nombreux pays pour participer à des conférences internationales et faire en sorte que leur système de transcription phonétique des caractères chinois soit reconnu à travers le globe. « Il est très important que le pinyin devienne une norme internationale. Par exemple, dans le domaine du transport aérien, ce serait bien trop dangereux si chaque pays avait sa propre manière d’écrire les informations sur les vols chinois. Les avions pourraient s’écraser ! C’est pourquoi une uniformisation est nécessaire », avait expliqué Zhou Youguang.

 

En 1974, lors d’une conférence de l’Organisation internationale de normalisation (ISO) à Varsovie, Zhou Youguang prononça un discours, au nom de la République populaire de Chine, dans lequel il proposait d’adopter le pinyin comme norme internationale de transcription phonétique des caractères chinois. En 1982, l’ISO vota en faveur de ce système. « Certains pensent qu’il ne nous a fallu que trois ans pour développer le pinyin, mais en vérité, 14 années se sont écoulées entre son élaboration et sa reconnaissance par la communauté internationale. Et en remontant un peu plus loin, nous pouvons dire que le pinyin est le fruit d’un siècle d’efforts fournis par le peuple chinois », avait confié Zhou Youguang.

 

Voilà donc comment le système de transcription phonétique des caractères chinois est devenu une norme internationale, ouvrant ainsi un nouveau canal de diffusion de la culture chinoise à travers le monde. L’année 1998 a marqué le 40e anniversaire de l’adoption de ce système en Chine et à cette occasion, la Bibliothèque du Congrès des États-Unis a décidé de remplacer par le pinyin la transcription phonétique utilisée pour l’index des 70 livres chinois dont elle dispose.

 

Grâce à l’invention du pinyin et aux recherches qui l’ont précédée, un pont a pu être érigé entre la phonétique et l’écriture du chinois, ce qui a permis de réduire considérablement le taux d’analphabétisme dans le pays et de faciliter l’apprentissage du chinois pour les étrangers. Pour cette raison, Zhou Youguang est connu comme le « père du pinyin », bien qu’il n’ait jamais assumé ce surnom. « J’ai seulement été l’une de ces quelques personnes qui se sont impliquées dans l’étape finale du projet de développement du pinyin, qui en réalité a demandé un siècle. Je ne mérite donc pas ce titre de “père du pinyin”. »

 

Sa passion pour la linguistique a perduré tout au long de sa vie. Il a rédigé une quarantaine d’ouvrages à ce sujet et participé à de nombreux travaux majeurs pour la construction culturelle du pays. Il nous a quittés en 2017, à l’âge de 111 ans. Cependant, le rôle important qu’il a joué dans la mise en application du programme national linguistique, dans la diffusion du chinois mandarin et dans la normalisation de la langue et de l’écriture restera gravé à jamais dans la mémoire du peuple chinois.

 

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