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Les histoires de la traductrice Hu Jing

2019-10-30 18:37:00 Source:La Chine au présent Auteur:XU HAN
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Chaque jour à ürümqi, la lumière du ciel ne s’évanouit pas complètement à 21 h, où Hu Jing et sa mère se promènent dans leur quartier. Lorsqu’elles rencontrent des voisins, elles s’arrêtent pour leur dire bonjour avec un sourire.

Elles répètent le même itinéraire tous les jours après le dîner, un exercice quotidien pratiqué par Hu Jing depuis ses 12 ans, où elle a commencé à marcher sans aide. De plus, chaque matin et chaque soir avant de se coucher, son père doit lui faire une heure de massage, afin de stimuler ses nerfs et ses muscles, de la relaxer et de lui permettre de garder la santé.

Hu Jing est née en novembre 1984 à ürümqi, dans la région autonome ouïgoure du Xinjiang. À l’âge de trois mois, elle a été atteinte d’une grave maladie, et trois mois plus tard, le médecin lui a diagnostiqué une paralysie cérébrale grave. D’après le médecin, Hu Jing « ne pourra pas prendre soin d’elle-même quand elle sera grande, ni reconnaître ses parents, ni rire ». Pourtant, elle a maîtrisé le pinyin à l’aide d’un magnétophone à l’âge de cinq ans, tenu sur ses jambes à l’âge de dix ans, marché seule à l’âge de 12 ans, appris l’anglais en autodidacte à l’âge de 16 ans et commencé à faire les traductions à l’âge de 19 ans. Perdant le contrôle des mains, elle a utilisé le menton et les orteils pour dactylographier les traductions. Jusqu’à présent, elle a déjà traduit et confronté divers documents équivalant à des millions de mots et publié également six ouvrages de traduction. Hu Jing compte parmi les meilleurs traducteurs du Xinjiang.

En 2005, à l’âge de 21 ans, Hu Jing est devenue une traductrice professionnelle et a commencé à gagner de l’argent. En 2008, elle a créé un cabinet de traduction « Service culturel de Yiyuan ». En 2011, elle a remporté le prix d’excellence du groupe des jeunes de la 23e édition de la Compétition de traduction de HanSuyin, qui est surnommée l’« Oscar de la traduction » en Chine. En 2014, elle a été élue « Star » en raison de ses efforts inlassables pour se perfectionner et de la création de sa propre entreprise dans la région autonome ouïgoure du Xinjiang. En 2016, elle a obtenu le diplôme de traducteur supérieur « Diploma in Translation », conféré par Chartered Institute of Linguists, et gagné le prix du meilleur candidat de Chine. En 2019, elle a lancé le compte public sur WeChat « Les anecdotes culturelles et historiques en chinois et en anglais de PEA », dans l’intention de devenir une ambassadrice de la communication interculturelle.

L’amour des parents : le point de départ de son envol

La paralysie cérébrale se manifeste principalement par des troubles de la motricité. En clair, 25 % des enfants souffrant de cette maladie ont une intelligence normale, 50 % ont une intelligence un peu faible et seulement 25 % souffre d’une déficience intellectuelle. De ce fait, si les enfants souffrant de cette maladie reçoivent des soins médicaux le plus tôt possible et pratiquent patiemment des exercices de rééducation, ils peuvent rétablir une grande partie de leurs fonctions motrice et cognitive.

Heureusement, Hu Jing a reçu non seulement des traitements appropriés mais aussi une éducation précoce, grâce à un amour profond et une rare patience de ses parents. Avant l’âge de trois ans, elle ne pouvait pas parler, mais son père ne l’a pas abandonnée. Il a fait de son mieux pour acheter un magnétophone, des cassettes et des magazines illustrés pour lui raconter des histoires. Les efforts continus ont fini par porter leurs fruits. Un jour à l’âge de trois ans, Hu Jing a finalement pu prononcer les mots « Bonjour, bébé ».

Sa mère se consacre beaucoup à elle aussi, prenant soin de sa vie quotidienne. Voilà, le temps file et 35 ans se sont presque écoulés. Hu Jing raconte : « J’ai de la chance d’être née dans cette famille. Mes parents ne me considèrent pas comme une personne handicapée, au contraire, ils placent en moi des espoirs. Ils me comprennent très bien. »

Les parents de Hu Jing lui ont donné de bonnes bases pour son envol. Face au malheur et aux difficultés, ils font preuve de fermeté et de solidarité et cherchent toujours des solutions, donnant ainsi à Hu Jing l’image d’un exemple à suivre pour mener sa propre vie.

Un appel téléphonique de David et une lettre de Mary

En 1994, le père de Hu Jing a emprunté de l’argent à ses collègues et mandaté un ami pour acheter un ordinateur à Beijing, qui coûtait très cher à l’époque. Il souhaitait que sa fille puisse lire et étudier à l’aide de l’ordinateur en surmontant la paralysie de ses mains. En 2001, la famille de Hu Jing est devenue la première abonnée à l’ADSL de leur quartier de plus de 30 000 habitants. Après la connexion à Internet, Hu Jing s’est connectée au monde.

Auparavant, à cause de la paralysie de ses membres et de l’indifférence des autres personnes, Hu Jing était timide et peu loquace, cultivant un sentiment d’infériorité pendant 16 ans. Néanmoins, lorsqu’elle a par hasard découvert que le monde virtuel pouvait cacher son identité, elle a progressivement trouvé le courage de parler spontanément avec les inconnus, et même de parler l’anglais avec beaucoup d’aisance sur le Forum de Hongen. Ainsi, elle a fait beaucoup de connaissances en ligne avec des Chinois et des étrangers, dont un Canadien nommé David qui lui parlait souvent et l’encourageait beaucoup.

Quelques mois plus tard, un jour, quand sa mère est sortie faire des courses, Hu Jing s’est enhardie à passer un coup de fil à David qui travaillait à Beijing à l’époque. C’était le premier appel téléphonique dans la vie de Hu Jing. Pour elle, les quelques minutes de conversation se sont écoulées aussi lentement que des siècles. Après avoir raccroché, elle s’est aperçu que ses vêtements étaient trempés de sueur en raison d’une tension extrême et d’une grande excitation. Cet appel téléphonique a désormais changé sa conception de la vie et l’a rendue confiante et optimiste.

En plus de David, sa sœur Mary et son beau-frère Ben fréquentaient également le Forum de Hongen. Tous se sont révélés bienveillants. Mary a donné son adresse e-mail à Hu Jing pour l’encourager à lui écrire.

Un jour de l’année 2004, Hu Jing a raconté à Mary son désespoir et sa perplexité par courriel, en écrivant qu’elle ne savait plus comment envisager l’avenir et qu’elle ne trouvait plus de valeur à sa vie. Peu après, Mary lui a envoyé deux brochures en anglais en lui demandant de les traduire en chinois, un travail rémunéré. En effet, Mary souhaitait que cela puisse l’aider à redoubler de courage et à trouver un sens à sa vie. La traduction sérieuse de Hu Jing a été reconnue par un professeur d’anglais et les deux traductions ont été également offertes à une bibliothèque par Ben. Cet épisode a marqué Hu Jing et lui a permis de se rendre compte de sa valeur dans la société.

L’appel téléphonique de David et la lettre de Mary ont joué un rôle très important dans la vie de Hu Jing, l’encourageant à avoir confiance en soi et à devenir une traductrice professionnelle.

Six ouvrages traduits

Depuis son entrée dans le secteur de la traduction, Hu Jing a traduit de l’anglais vers le chinois cinq ouvrages : Lassie coma-home ; Get up, your bus is here ; The bridge at the edge of the world ; Art in the Life of Mathematicians ; et Having Faith-An Ecologist’s Journey to Motherhood. Au total, cela représente la traduction de 1,12 million de mots. Un autre ouvrage de 120 000 mots portant sur les cultures des ethnies minoritaires, qu’elle a traduit du chinois vers l’anglais, a été publié à l’étranger. En termes de qualité et de quantité, ce sont les résultats que seul un excellent traducteur professionnel peut atteindre.

La paralysie de ses membres supérieurs empêche Hu Jing de taper les caractères sur le clavier et ralentit sa vitesse de travail. Au début, se cachant de ses parents, elle s’est enfermée dans sa chambre et a utilisé le menton pour taper les lettres. En octobre 2015, elle a eu un gros problème avec ses vertèbres cervicales et a été obligée de subir une opération.

Le 5 juillet 2016, son opération a eu lieu. Deux barres et 14 vis en titane ont été insérées à ses vertèbres cervicales, pour fixer le corps vertébral et élargir le canal vertébral. Après l’opération, elle a ressenti une extrême difficulté à bouger le cou. Cette situation est la pire qu’elle pouvait connaître, car elle peine à lire les livres imprimés, ne pouvant que lire désormais les livres électroniques et les documents sur Internet.

La traduction ancrée dans la culture chinoise

Pratiquant l’anglais sans interruption durant 20 ans, Hu Jing s’est fait beaucoup d’amis étrangers et a même une meilleure sensibilité de l’anglais que du chinois. Elle possède une grande assurance sur son niveau d’anglais. « Que ce soient la littérature pour enfant, la politique internationale ou les sciences naturelles, ce que je vois ce sont les images au lieu des caractères, donc ce que je fais consiste à utiliser une autre langue pour décrire ces images. Pour moi, la traduction ressemble à un voyage spirituel. Je le fais avec beaucoup d’émotions. Cela signifie qu’il faut avoir un assez bon niveau d’anglais pour réussir à s’émouvoir, ce qui est très important pour la traduction », déclare Hu Jing.

En répondant à une question sur les regrets qu’elle a eus au cours de ses traductions, Hu Jing indique avec un sourire : « Il y en a trop ! » Selon elle, en raison de l’insuffisance du vocabulaire chinois et de la lecture en chinois, elle utilise souvent des expressions excessives ou des expressions plus faibles dans la traduction afin de garantir un style coulant. Chaque fois qu’elle n’est pas satisfaite d’une expression, elle s’impose une mûre réflexion pour essayer de trouver une expression plus convenable, même si elle a déjà remis les traductions et reçu la rémunération. Elle ne considère jamais que la traduction est un travail pénible, au contraire, dès qu’elle commence le travail, elle oublie tout.

Hu Jing explique que la compréhension et l’expression sont les deux choses indispensables pour la traduction. Comme un bon anglais favorise la compréhension et qu’un bon chinois favorise l’expression, les deux langues doivent toutes atteindre un bon niveau pour réussir à faire de bonnes traductions. Bien qu’elle ait systématiquement étudié le chinois moderne par correspondance, elle s’aperçoit encore de certaines insuffisances dans la lecture en chinois, ce qui l’empêche de connaître un nombre suffisant d’images chinoises, de comprendre en profondeur la culture chinoise, ainsi que de développer la pertinence et la lisibilité des traductions.

Selon Wolfgang Kubin, sinologue, traducteur et poète allemand très connu, le gros problème de la traduction chinoise ne réside pas dans les langues étrangères, mais dans la langue maternelle, avec ce sous-entendu que les traducteurs chinois n’ont pas un bon niveau en chinois. Face à ce désavantage, Hu Jing s’entraîne aussi à traduire les poèmes classiques chinois pendant son temps libre. Comme elle aime à le dire, la civilisation chinoise a une histoire de 5 000 ans et tous les traducteurs chinois devraient avoir une confiance dans leur culture et s’ancrer dans la culture chinoise, car c’est ce qui les aide à faire une meilleure traduction.

Par son histoire, Hu Jing souhaite changer les stéréotypes de la société sur les handicapés. Un handicapé qui travaille comme traducteur professionnel, ce n’est ni un « destin tragique », ni une « vie inspirante », mais une chose naturelle dans le cours de sa vie. De ce fait, Hu Jing n’aime pas les « célébrités » qui attirent l’attention du public par leurs déficiences physiques. Par contre, elle apprécie Stephen William Hawking, qui est considéré comme l’un des plus grands physiciens modernes du monde et non comme une personne handicapée avec une paralysie générale.

Voilà aussi le souhait de Hu Jing.

 

XU HAN travaille au National Translation Test and Appraisal Center.

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