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Les habitants de Chengdu aux yeux des photographes étrangers

2019-01-03 14:02:00 Source:La Chine au présent Author:LUO SUYANG
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Deux acteurs de l’opéra du Sichuan
 
LUO SUYANG* 
 
Avant d’être photographe, l’Israélien Gil Kreslavsky était un ingénieur de haut niveau qui pouvait gagner environ un million de yuans de revenus annuels. Lorsqu’il a pris la décision, il y a plusieurs années, de devenir un photographe humanitaire international, il a projeté de visiter les divers pays et régions pour prendre de belles photos des différentes cultures en capturant le charme de la lumière et de l’image et en profitant de la joie du voyage. Pourtant, après être arrivé à Chengdu (dans le sud-ouest de la Chine), il a posé son sac de globe-trotter et créé un club de photographie.

 

Il peut ainsi mettre à jour, à travers la lentille de son appareil photo, le style extraordinaire de Chengdu.

 

Le grand photographe japonais Shomei Tomatsu a dit : « Au moment de prendre les photos, ce que l’on photographie est souvent l’espace de sa vie. Cette réalisation ne reflète peut-être pas ses intérêts personnels, mais quand on va revoir ces photos plus tard, on va alors comprendre que tous les photographes sont également les “fils d’une époque” ».

 

Gil Kreslavsky présente la nouvelle et l’ancienne Chengdu

 

Avant de devenir un photographe, Gil Kreslavsky était un passionné comme un autre de l’IT. Après être sorti diplômé de l’université, il a été recruté par la plus grande entreprise technologique israélienne, comme ingénieur, pour concevoir et défendre le réseau Intranet du gouvernement.

 

Pourtant, après avoir remporté un Canon A60 à un concours de photographie organisé par son entreprise, il a radicalement changé de parcours. Il a donné sa démission et commencé son voyage dans le monde de la photographie à travers les cinq continents.

 

Jusqu’en juin 2017, il avait déjà photographié le soleil couchant du Myanmar, la nature de Madagascar, la cascade magnifique à la frontière de la Zambie et du Zimbabwe et les vieux bateliers sur le Gange en Inde. Après avoir exercé son art dans plus de 40 pays, le voilà arrivé à Chengdu. Il explique qu’à ce moment-là, ses destinations étaient la ville de Xi’an et la Mongolie intérieure. Chengdu ne devait être qu’un lieu de transit, mais la ville l’a retenu et a changé ses plans, au point d’y vivre maintenant depuis plus d’un an et de créer un club de photographie.

 

« C’est le premier club de photographie que j’ai fondé, afin d’attirer plus de gens qui aiment cet art, de leur faire découvrir les profondeurs de la ville et d’en prendre diverses photos. Je souhaite également mieux m’intégrer dans la vie de Chengdu à travers ce moyen », raconte Gil.

 

Comment pénétrer dans cette ville avec un appareil photo ? Gil répond simplement : il suffit d’aller dans la foule.

 

Il a choisi en premier le marché aux puces de Honghe, où se rassemblent les magasins d’articles d’occasion et les stands de meubles anciens. Pour les habitants âgés de Chengdu, ce marché est chargé de souvenirs ; pour les photographes, c’est un lieu idéal pour révéler le charme de la ville.

 

Gil nous présente la première photo sur sa tablette : devant un magasin de canard laqué au marché de Honghe, le patron est allongé sur une vieille chaise ; derrière lui on aperçoit pêle-mêle un bureau, un comptoir, une bombonne de gaz et d’autres choses encore ; à côté du comptoir, le slogan du magasin est affiché en rouge : « Blâmez-vous de ne pas arriver la première fois ; Blâmez-moi si vous n’arrivez pas la deuxième fois. »

 

« Je pense que cette photo représente le plus la ville de Chengdu. La mine du patron, heureux et paisible, nous transmet ce message : bien que mon affaire soit là, je peux dormir si j’ai besoin de sommeil. Je n’ai jamais vu cette quiétude dans les autres villes », confie Gil. Cette photo a été publiée dans National Geographic, dans la rubrique « DailyPhoto ».

 

Ensuite, Gil nous présente la deuxième photo qui représente Chengdu, prise dans une ancienne maison de thé. Un homme d’environ 70 ans est assis à côté d’une table, sur laquelle se trouvent un thermos et une bouteille. Le regard dans le vide, l’homme semble se plonger dans la méditation.

 

« Dans la maison de thé, certains bavardaient et d’autres jouaient un opéra chinois, mais cet homme s’était plongé seul dans la méditation en écoutant quelque chose. Il semblait que rien ne pouvait déranger son monde intérieur. Même quand j’ai pris une photo de lui, il n’a eu aucune réaction », affirme Gil. Selon lui, une telle expression ne peut se trouver que dans une maison de thé à Chengdu et seuls les gens éprouvés par le passé peuvent avoir un tel visage. Comme les maisons de thé dans les rues de Chengdu, ils ont non seulement vécu le passé, mais ils en ont aussi été les témoins. Ils font partie intégrante des mémoires de la ville.

 

La troisième photo est prise au temple de Manjusri. Un moine imposant passe devant un mur rouge sur lequel on lit les deux caractères chinois qui signifient « bonheur » et « défauts ». « Il y a beaucoup de bons sujets à photographier au temple de Manjusri, telles que des moines, des adeptes et des visiteurs. Peu importe le nombre de personnes dans le temple, l’ambiance y est toujours calme. Comment comprendre visuellement les deux caractères ? Est-ce qu’ils représentent une catégorie particulière, celle des gens heureux ? Est-ce qu’ils représentent la poursuite d’un but dans la vie par les habitants locaux ? », se demande Gil en nous présentant la photo.

 

La quatrième photo montre deux acteurs de l’opéra du Sichuan. L’actrice porte un costume fin, prend une posture typique de l’opéra et regarde au loin. Derrière elle, un homme joue le bouffon, qui regarde la femme avec étonnement et inspiration.

 

« Je sais que l’opéra du Sichuan représente la culture traditionnelle de Chengdu, je prends donc en photos des scènes de l’opéra. La grande particularité de cette photo est que l’actrice porte le costume ancien mais que l’acteur porte des vêtements modernes en ne conservant que le maquillage. Cela montre en réalité une imbrication de l’ancien avec le nouveau », explique Gil. Bien que le photographe recherche constamment à saisir le côté traditionnel de la ville, il lui arrive toujours de découvrir du moderne au moment de photographier l’ancien. Il présente ensuite l’interaction entre l’ancien et le nouveau grâce aux photos.

 

En tant que photographe qui a déjà parcouru plusieurs pays et villes, on pourrait se demander ce qui a le plus charmé Gil dans Chengdu ? Il répond aussitôt : « La modernité de Chengdu maintient bien la tradition, les deux choses s’intègrent parfaitement dans cette ville et forment donc un style spécial. Si j’étais arrivé à Chengdu dix ans plus tôt, j’aurais pu prendre encore plus de photos pour présenter l’ancien et le nouveau de cette ville. »
 
 
Gil prend une photo.

 

Jake Homovich : la vie quotidienne implique la beauté sublime

 

Il y a huit ans, Jake Homovich est arrivé à Chengdu depuis New York pour y faire ses études à l’université du Sichuan. Au début, il n’avait pas envie d’être photographe, mais la vie de Chengdu est si différente de celle de New York qu’elle a éveillé en lui l’envie d’enregistrer sa vie.

 

En 2016, il s’est mis par hasard à la photographie et a commencé à apprendre en autodidacte toutes les techniques photographiques. Au fur et à mesure des progrès de son apprentissage, il a pris conscience que la photographie était en réalité l’art d’explorer la beauté du quotidien, car les photos enregistrent non seulement les scènes de la vie, mais aussi leurs significations.

 

C’est ainsi que Jake est devenu un photographe et un rédacteur en free-lance. Il a également créé un blog sur Internet pour publier ses photos prises en Chine sur divers thèmes, dont certains sont consacrés à Chengdu. Par exemple, il y a le thème nommé « Ode to Chengdu », sous lequel est publiée, bien mise en évidence, une photo montrant un visage souriant d’un homme âgé qui donne la main à quelqu’un.

 

« En tant qu’étranger, je vois souvent beaucoup de choses ignorées par les habitants locaux. Ce que vous trouvez familier éveille mon inspiration et m’aide à comprendre la ville », indique Jake.

 

Il nous présente aussi trois photos qui expriment le mieux ce qu’il éprouve et ce qu’il comprend de Chengdu.

 

La première photo montre un gardien de parking qui se repose sur une chaise en bambou. Jake déclare que cette photo manifeste l’esprit de Chengdu.

 

« C’était l’après-midi, j’ai pris cette photo sur un lieu de stationnement près du temple des Marquis. Le gardien sommeillait sur la chaise après le déjeuner. À côté de lui, il y avait un verre de thé. Sommeiller dans un lit chez lui ou sur une chaise dans la rue ne semble faire aucune différence. Les deux lieux se vaudraient aussi bien l’un que l’autre. Quand il décide de faire une sieste, il peut le faire n’importe où. En fait, c’est la particularité de la culture de Chengdu : les gens peuvent à tout moment être décontractés », explique Jake. C’est cet état de décontraction qui touche profondément le cœur de Jake.

 

En plus de cet état, le développement rapide et le changement radical de Chengdu lui ont également laissé une forte impression qu’il a capturée en images.

 

« Cette photo représente non seulement la ville de Chengdu, mais aussi la particularité actuelle de la Chine. En raison du développement économique, tout connaît des changements prodigieux. L’endroit où j’ai habité à Chengdu il y a huit ans est tout-à-fait différent maintenant. Sur la photo, un homme porte un T-shirt avec le motif du drapeau rouge à cinq étoiles. C’est un ouvrier du bâtiment et il manifeste un état d’esprit des Chinois que j’ai compris : tout le monde avance ensemble vers un même objectif », précise Jake, en nous présentant la deuxième photo, soit une vue de dos de l’ouvrier, dont le casque de protection jaune fait un contraste frappant avec le motif du drapeau rouge.

 

La troisième photo est prise devant un stand de fruits. Un petit garçon en regarde toutes les variétés et à sa droite, une main lui donne un morceau de melon de Hami. « La vie est remplie de choix mais elle est toujours douce », explique Jake. Il aime beaucoup les stands des fruits dans les rues de Chengdu, parce que leurs couleurs vives ajoutent du tonus et de la vivacité à cette ville.

 

« Prendre cette photo reflète déjà ma compréhension et mon sentiment envers cette ville. La photo comporte beaucoup d’éléments de la vie à Chengdu, dont le contraste de la lumière et de l’ombre, le charme des saveurs, l’ambiance décontractée et le bonheur perceptible. De plus, la photo nous transmet le sens de certains choix. La vie de Chengdu possède plusieurs choix, comme tous les fruits devant le petit garçon, mais quoi que vous choisissiez, le résultat est toujours doux », raconte Jake. Il souligne que le vrai sens de la vie dans cette ville repose sur les détails du quotidien et que les scènes familières souvent ignorées par les gens recèlent en réalité la beauté sublime de la vie.
 
 
Marché aux puces de Honghe

 

Les habitants locaux sont la scène la plus belle de Chengdu

 

Depuis plus d’un an qu’il habite à Chengdu, Gil a pris environ 10 000 photos. À chaque fois qu’il appuie sur le déclencheur, il approfondit sa compréhension de la ville. Pour Jake, qui habite à Chengdu depuis huit ans, la beauté de Chengdu est au-delà des scènes, des bâtiments et des jeux entre la lumière et l’ombre. Pour eux, les habitants locaux sont la scène la plus belle de Chengdu.

 

À la question de savoir quel est le plus grand charme de Chengdu, Jake répond : « J’ai visité plusieurs villes chinoises, dont l’état d’esprit des gens ne présente pas de grande différence. Les gens de Chengdu sont différents, ils me permettent de ne pas me sentir à l’étranger. Ils prennent soin de moi, des gens et des choses autour d’eux. Ils font également attention à la ville où ils habitent. J’ai découvert que les habitants locaux aiment vraiment leur ville. »

 

Les gens sensibles font le charme de la ville, et parallèlement, les photographes doivent posséder assez de sensibilité et d’émotion pour prendre les bonnes photos de la ville. Gil nous explique ce qui fait un bon photographe et ce qu’il considère être les normes d’une bonne photo : « Les bonnes photos expriment la compréhension et l’émotion des photographes envers les objets, elles ne se résument pas simplement aux jeux de la lumière et de l’ombre et aux techniques photographiques. Par exemple, si je souhaite prendre de bonnes photos de Chengdu, je dois tout d’abord être sensible à toutes les choses de la ville. » La compréhension de Gil correspond bien à la parole d’un autre grand photographe Peter Adams Shawn, « pour les grandes œuvres photographiques, l’important est le degré d’émotion, non la profondeur du champ ».
 
 

*LUO SUYANG est journaliste pour Chengdu Culture.

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