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Légende agricole en montagne

2026-11-04 11:25:00 Source: La Chine au présent Auteur: YAO YUCHEN*
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Les montagnards de Shexian harmonisent leurs pratiques agricoles avec les contraintes de la nature grâce aux terrasses en pierre.

Vue automnale des terrasses en pierre 

Par YAO YUCHEN*

Situé sur le versant est des monts Taihang, le district de Shexian (Hebei) est largement recouvert de formations calcaires. Ses conditions naturelles sont caractérisées par le manque de terres fertiles et la rareté des précipitations, ce qui rend difficile l’exploitation agricole telle qu’elle est habituellement pratiquée dans les plaines.

Face à ce milieu hostile, les montagnards de Shexian ont déployé, de génération en génération, d’immenses efforts pour façonner, sur des pentes escarpées, un vaste réseau de terrasses en pierre dans les terres arides, aujourd’hui salué comme « la deuxième Grande Muraille de Chine ». Reconnu en 2022 comme Système ingénieux du patrimoine agricole mondial (SIPAM), ce système agricole s’adapte à la rigueur de son environnement grâce à une mosaïque de cultures. Non seulement il garantit les moyens de subsistance des habitants, mais alimente également une tradition agricole singulière qui ne cesse de se réinventer.

Socle en pierre

Les terrasses en pierre de Shexian s’étendent sur une superficie de 210 000 mu (1 mu = 1/15 ha), dont la zone centrale, située à Wangjinzhuang, couvre à elle seule 12 000 mu. Elles se déploient le long d’un relief accidenté sur un dénivelé de près de 500 m. La couche de terre n’excède pas cinquante centimètres à son point le plus épais et ne mesure que vingt centimètres à ses endroits les plus minces.

À la différence des rizières en terrasses du sud de la Chine, les champs de Shexian reposent sur des murets en pierre sèche. Les bâtisseurs d’autrefois ont empilé et imbriqué les pierres sans recourir au moindre mortier. Disposés en épousant les pentes, ces murets adoptent un profil plus large à la base qu’au sommet. Ces ouvrages permettent de ralentir le ruissellement le long des pentes, d’empêcher l’érosion du sol et de retenir la moindre pluie.

Au fil d’une longue pratique, les agriculteurs ont mis au point un modèle qui associe arbres fruitiers et cultures céréalières. Les terrasses sont consacrées aux cultures résistantes à la sécheresse comme le millet, le maïs et le soja, tandis que les essences à valeur économique telles que le noyer, le poivrier du Sichuan et le plaqueminier lotier sont plantées le long des billons. Cette disposition permet d’optimiser un espace restreint, et contribue à la conservation des sols, à la gestion des ressources en eau, ainsi qu’à la régulation du microclimat des parcelles. Le système accueille des dizaines de variétés qui s’adaptent aux conditions climatiques, garantissant un minimum de récoltes, même au plus fort de la sécheresse.

Récolte automnale dans les rizières en terrasses

Transmission des techniques ancestrales

L’histoire des terrasses de Shexian remonte au XIIIe siècle. Sous le règne des empereurs Kangxi et Qianlong de la dynastie Qing (1644-1912), leur construction a atteint son apogée grâce à la stabilité sociale et à la croissance démographique.

La construction et l’entretien des murets représentent le savoir-faire fondamental lié à ces ouvrages. Les maçons expérimentés savent évaluer avec précision le relief de la montagne et la structure de la roche afin d’ériger des constructions stables et durables. Chaque année, avant les labours de printemps, les montagnards se mobilisent spontanément pour rénover les sections endommagées. Cette pratique transmise au fil des générations est devenue une véritable coutume locale.

À cela s’ajoutent des techniques d’agriculture durable : d’une part, les agriculteurs pratiquent le hersage et le tassement du sol pour en préserver l’humidité, le binage pour éliminer les mauvaises herbes, et la rotation des cultures afin de limiter l’évaporation de l’eau. D’autre part, la mise en jachère offre aux terres la possibilité de retrouver leur fertilité, une méthode parfaitement ajustée au climat aride de ces montagnes.

Adossés à la montagne, les villages en pierre coexistent en symbiose avec le paysage agricole. Les fêtes agricoles, les rites d’apprentissage auprès des maîtres maçons et les chants de travail se perpétuent, véhiculant la persévérance des montagnards et leur respect de la nature. De plus, les habitants ont créé une association de protection des terrasses, afin d’assurer par eux-mêmes la pérennité de leur milieu de vie.

Préservation et développement

Au cours des dernières années, ce système a fait face à plusieurs défis. En raison de l’urbanisation rapide et de l’exode des jeunes générations, certaines parcelles ont été abandonnées, ce qui menace la transmission des techniques ancestrales. De surcroît, ces structures demeurent vulnérables face aux aléas climatiques, notamment les crues torrentielles.

Pour y faire face, les autorités locales ont promulgué un règlement sur la protection et la gestion du système de terrasses en pierre dans les terres arides, instaurant un mécanisme de coordination qui réunit le gouvernement, les instituts de recherche, les collectivités villageoises et les agriculteurs.

Afin d’enrayer la dégradation des sites, des travaux systématiques de remise en culture des terres abandonnées ont été entrepris. La préservation de la biodiversité a été renforcée par la création d’une banque de semences communautaire, assurant la conservation de plus d’une centaine de ressources génétiques, ce qui est classé parmi les meilleures pratiques mondiales en matière de biodiversité. Parallèlement, un soutien important a été apporté à l’association de protection des terrasses pour la formation technique, tandis qu’un musée dédié aux terrasses et des espaces d’exposition en plein air ont été aménagés afin de valoriser et transmettre la mémoire agricole de Shexian.

En s’appuyant sur ses ressources écologiques, Shexian valorise ses spécialités locales. La noix et le poivre du Sichuan bénéficient aujourd’hui d’une indication géographique protégée. De plus, la filière s’est enrichie avec le développement d’activités de transformation, donnant naissance à divers produits dérivés comme l’huile de poivre ou des préparations à base de noix.

De nombreuses initiatives touristiques ont été imaginées autour des paysages de Wangjinzhuang pour redynamiser l’économie locale. La région a aussi adopté un modèle de gestion coopérative : les structures collectives prennent désormais en charge l’entretien des terres abandonnées, palliant ainsi le manque de main-d’œuvre.

« Danse des bateaux terrestres » dans le village de Dawa, dans le district de Shexian

Un potentiel aux multiples facettes

Modèle agricole remarquable dans le nord de la Chine, ce système dépasse la simple dimension de la production agricole : il constitue une référence pour la gestion écologique et le développement rural des régions de montagne.

Il offre une réponse originale aux problématiques de l’eau et de l’érosion dans les zones montagneuses calcaires. L’association de techniques de construction traditionnelles et de solutions biologiques permet de stabiliser les sols et de consolider la barrière écologique des monts Taihang.

Il préserve la mémoire des maçons, le savoir-faire lié aux cultures en milieu aride et les traditions populaires locales, enrichissant ainsi la diversité de la civilisation agricole chinoise.

Enfin, en adoptant une démarche axée sur la transition écologique, la labellisation des produits et le tourisme culturel, ce patrimoine s’adapte aux exigences du marché contemporain. Il contribue à augmenter les revenus des villageois et incite les populations à maintenir une activité sur place.

Le modèle de Shexian, en conjuguant savoirs traditionnels et outils modernes grâce à l’implication de multiples acteurs, offre une voie inspirante pour de nombreuses régions arides et pauvres en terres arables à travers le monde.

Entre transmission et innovation, Shexian préserve ce patrimoine et assure depuis des siècles le bien-être de sa population, tout en façonnant un paysage d’exception qui témoigne de la capacité humaine à vivre en harmonie avec la nature.

 

*YAO YUCHEN est journaliste à China.org.cn.

 

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