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Trésor des forêts

2026-09-02 09:28:00 Source: La Chine au présent Auteur: YAO YUCHEN*
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La symbiose entre les forêts et les champignons parfumés de Qingyuan est un modèle pour la durabilité agricole mondiale. 

Différentes variétés de champignons 

Situé dans le sud-ouest du Zhejiang, le district de Qingyuan abrite le seul système du patrimoine agricole mondial d’importance internationale consacré aux champignons comestibles. Jouissant de vastes étendues boisées, Qingyuan est le lieu berceau des techniques de culture du champignon parfumé, plus connu sous les noms de shiitaké ou de lentin du chêne.

Sous la dynastie des Song du Sud (1127-1279), Wu Sangong fut le pionnier de la culture artificielle des champignons parfumés. Au fil des générations, les cultivateurs locaux ont perfectionné un modèle circulaire dans lequel les arbres nourrissent les champignons, et les résidus de culture enrichissent la forêt. Ce système vieux de plusieurs siècles a non seulement préservé l’intégralité des techniques ancestrales de culture, mais a également ouvert une voie de développement alliant protection de l’environnement et prospérité locale.

Mycosylviculture durable

La superficie forestière de Qing-yuan s’étend sur 1 898 km2, principalement recouverte de feuillus de haute qualité. Ces conditions offrent un cadre naturel idéal pour la reproduction des champignons sauvages et leur culture. En franchissant les limites de la croissance naturelle des champignons sauvages, les habitants de la région ont appris à maîtriser la multiplication artificielle des espèces.

Depuis des siècles, les cultivateurs s’appuient sur un modèle adapté au relief montagnard qui conjugue production durable et préservation de l’écosystème. La culture traditionnelle de champignons parfumés obéit à des règles d’exploitation forestière strictes : seuls les vieux feuillus sénescents sont abattus, tandis que les jeunes pousses et les arbres matures sont épargnés afin de préserver l’équilibre écologique. Les bûches destinées à la culture sont incisées à la main puis ensemencées naturellement par les spores. Après la récolte, les bois usagés se décomposent sur place, se transformant en engrais naturel.

En parallèle, une rotation des zones d’exploitation est appliquée : après chaque récolte, les parcelles bénéficient d’une période de repos suffisante pour assurer la régénération du couvert forestier, la conservation des sols et la pérennité des populations de champignons sauvages.

Ce modèle a grandement favorisé la biodiversité dans la région. On y trouve plus de 600 espèces de grands champignons sauvages, constituant une réserve génétique inestimable. Cet écosystème où forêts, champignonnières, ruisseaux et villages coexistent harmonieusement, est le socle du dynamisme de l’industrie des champignons parfumés de Qingyuan.

Évolution des techniques de culture

L’ingénierie mycole de Qingyuan s’est développée en trois grandes étapes. La méthode duohua, inventée par Wu Sangong, est la plus ancienne technique de culture artificielle de champignons comestibles au monde. Elle consiste à pratiquer des entailles à la hache dans le bois pour permettre aux spores en suspension dans l’air de s’y loger et de former le mycélium.

En 1967, l’introduction de la culture artificielle sur bûches a permis d’implanter directement des souches sélectionnées, augmentant considérablement le rendement et la qualité des récoltes. Puis, en 1979, la création d’un centre de recherche dédié a ouvert la voie à l’utilisation de substrats fabriqués à partir de résidus forestiers. Cette avancée a permis de réduire fortement la consommation de bois et d’orienter la filière vers un modèle plus durable et bas carbone.

Cette longue tradition a façonné la culture locale. À chaque saison de production, les cultivateurs partaient ensemble dans les montagnes et construisaient des cabanes provisoires, instaurant une transmission du savoir de génération en génération. Pour communiquer en milieu isolé, ils ont développé un jargon spécifique, le shanliaobai. Les chants de travail et l’opéra local témoignent encore de ce quotidien empreint de labeur. La population locale voue depuis toujours un profond respect à Wu Sangong, célébré lors de fêtes et de foires qui rendent hommage aux bienfaits de la nature.

Aujourd’hui, les cultivateurs de Qingyuan ont quitté les montagnes et essaimé leurs savoir-faire dans plus de vingt provinces de Chine, contribuant à développer la filière à l’échelle nationale et à consolider la réputation de leur district comme « berceau mondial du champignon parfumé ».

Spécialités à base de champignons

De la protection à la valorisation

Qingyuan s’attache à moderniser sa filière tout en sauvegardant ses ressources génétiques des champignons comestibles rares. Pour ce faire, le district a mis en place un système de conservation englobant une zone de conservation, un musée dédié aux champignons, ainsi que des banques de spores, de tissus vivants et de gènes. En collaboration avec des équipes de recherche, plus de 2 000 souches sauvages ont déjà été répertoriées et préservées.

Sur le plan technique, les substrats sont désormais produits à partir de sciure de bois et de déchets de bambou, avant d’être recyclés en engrais organique pour nourrir les sols. Ce cycle symbiotique limite le recours aux intrants chimiques et préserve l’équilibre écologique.

Une chaîne de valeur complète s’est ainsi structurée : au-delà de la vente de champignons frais ou séchés, la région s’est lancée dans la transformation en développant des en-cas, des compléments alimentaires et des produits de santé.

Le district explore également les opportunités du tourisme, en créant des sites de démonstration des techniques traditionnelles, et en proposant des visites de champignonnières et de cabanes de montagne.

Actuellement, plus de 40 000 habitants vivent de cette filière. Devenu un pilier de l’économie locale, ce modèle d’émancipation rurale inspire désormais d’autres régions montagneuses dans leur quête d’éradication de la pauvreté.

Agrophilosophie pour le monde

Exemple unique parmi les patrimoines agricoles mondiaux, la mycosylviculture de Qingyuan offre des solutions concrètes pour la gestion des ressources agricoles et des zones forestières de montagne.

Grâce à des pratiques comme la rotation des cultures et la valorisation des déchets, le district parvient à maintenir une production pérenne sans dégrader ses forêts. Ce modèle, qui combine agriculture, culture et écotourisme, fixe les populations locales, stimule l’économie et protège les écosystèmes.

Pour les régions boisées aux infrastructures limitées, Qingyuan trace une voie prometteuse fondée sur la transmission des savoirs, la sauvegarde de la biodiversité et la diversification des revenus.

En prônant une exploitation raisonnée et symbiotique de la nature, les ancêtres de Qingyuan ont légué une philosophie d’une grande modernité, faisant aujourd’hui de la mycosylviculture chinoise un pont d’échange et d’inspiration à l’échelle internationale.

 

*YAO YUCHEN est journaliste à China.org.cn.

 

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