
Les rizières en terrasses des Hani de Honghe
Sur la rive sud du fleuve Rouge dans le Yunnan, les rizières en terrasses des Hani de Honghe s’étagent sur les pentes escarpées des monts Ailao. Reconnues comme un Système ingénieux du patrimoine agricole mondial (SIPAM) en 2010, elles incarnent un miracle de l’agriculture de montagne.
En 2013, ce paysage culturel a été inscrit sur la Liste du patrimoine mondial de l’UNESCO, avant d’intégrer en 2025 la liste des Ouvrages d’irrigation patrimoniaux. Ce système agricole est le seul au monde à détenir trois distinctions patrimoniales majeures.
Cycle écologique
Fortes de plus de 1 300 ans d’histoire, les rizières en terrasses des Hani de Honghe font vivre aujourd’hui 1,26 million d’habitants. Face aux contraintes d’un terrain accidenté, les bâtisseurs d’autrefois ont façonné, à la force de leurs bras, des rizières sur des versants présentant une pente maximale de 75 degrés et un dénivelé de 1 500 m. Parmi elles, la plus petite parcelle mesure à peine un mètre carré.
La valeur essentielle de ce système réside dans son écosystème qui s’articule autour de quatre éléments : les forêts, les villages, les rizières en terrasses et le réseau hydrographique. Les forêts primaires d’altitude agissent comme « réservoir naturel », retenant les pluies de la saison humide pour les libérer progressivement durant la saison sèche. Ce mécanisme assure un approvisionnement en eau durable, sans recourir à de grands barrages.
Plus bas, les villages sont érigés à mi-hauteur des montagnes, là où la vie quotidienne et les activités agricoles des Hani se déroulent en harmonie. Enfin, des milliers de canaux artificiels captent l’eau courante pour préserver les sols. Ce système forme un cycle vertueux : la forêt retient l’eau, l’eau nourrit les rizières, les rizières nourrissent les hommes, et les hommes protègent la forêt.
Depuis des générations, les habitants interdisent l’abattage en forêt primaire et encouragent le reboisement. Parallèlement, ils ont mis au point un modèle d’économie combinant la culture du riz et l’élevage. Le riz structure les sols et offre de l’ombre, tandis que les animaux éliminent les insectes nuisibles et enrichissent les sols de leurs déjections. Ce cycle naturel limite drastiquement le recours aux engrais chimiques et aux pesticides.

Le banquet de la longue rue des Hani
Ingénierie hydraulique
Plus de 300 anciens canaux creusés à la main forment un système d’irrigation de montagne caractérisé par une dérivation sans barrage et une distribution par gravité – le fondement même de sa reconnaissance en tant qu’ouvrage d’irrigation patrimonial. Grâce à des installations d’une grande simplicité, ce réseau répond au défi d’une irrigation de précision en relief complexe.
La répartition de l’eau par des poutres en bois témoigne de cette ingéniosité. Des pièces de bois dur, résistantes à l’usure et à la pourriture, sont gravées d’encoches de profondeurs et de largeurs variables. Ces dimensions sont calculées sur mesure, selon la superficie des parcelles de chaque foyer, le relief et les besoins agricoles. Placées aux points de bifurcation des canaux, ces poutres distribuent l’eau avec précision : les larges encoches irriguent les grandes parcelles, tandis que les étroites alimentent les petites. Ce partage équitable élimine à la racine les conflits d’usage, fréquents en montagne, et favorise une coexistence harmonieuse.
Ce dispositif repose aussi sur des « gardiens des canaux », dont la fonction se transmet de père en fils. Ils travaillent à plein temps pour entretenir le réseau, curer les sédiments et vérifier les dispositifs de répartition, garantissant en permanence la fluidité et l’équité du partage des ressources.

Vue des rizières en terrasses sous les nuages colorés
Bénéfices partagés
Pour prospérer, les Hani explorent une voie de développement durable alliant préservation, transmission culturelle et amélioration des conditions de vie.
D’abord, la préfecture autonome Hani et Yi de Honghe a sanctuarisé le site en délimitant une zone de protection permanente. Des mesures concrètes comme la surveillance numérique des parcelles, la restauration des canaux d’irrigation anciens et la réhabilitation des terres dégradées permettent de préserver l’écosystème originel tout en empêchant l’abandon des terres, les constructions illégales et la commercialisation excessive.
Ensuite, pour endiguer le faible rendement agricole et l’exode des jeunes, les autorités locales ont mis en place le « Plan Azheke ». Les 65 ménages du village d’Azheke ont mis en commun leurs habitations traditionnelles en forme de « champignons » et leurs droits d’exploitation des rizières en terrasses au profit d’une entreprise touristique communautaire. Le mécanisme de redistribution est transparent : 70 % des recettes sont reversées aux villageois sous forme de dividendes, et les 30 % restants sont conservés par la communauté villageoise pour financer le développement local.
Depuis son lancement en 2019, le village a accueilli plus de 230 000 visiteurs et généré plus de 3,45 millions de yuans de dividendes. Ce projet a été salué comme un modèle de bonne pratique en matière de « prospérité et moyens de subsistance » par l’Institut de formation et de recherche sur le patrimoine mondial pour la région Asie-Pacifique, placé sous l’égide
de l’UNESCO.
Enfin, Honghe a su concilier savoirs traditionnels et développement industriel moderne. La région valorise les ressources génétiques du riz rouge local en développant sa chaîne de transformation. Elle a également diversifié son offre touristique, avec la visite des rizières en terrasses, des stages d’agrotourisme, la découverte des patrimoines immatériels et les séjours chez l’habitant, tout en lançant des initiatives comme l’adoption de parcelles de rizières.
Expériences reproductibles
La revitalisation des rizières en terrasses millénaires offre à la communauté internationale une solution chinoise reproductible pour le développement durable de l’agriculture en montagne.
D’une part, le modèle fondé sur les quatre éléments stabilise l’écosystème montagneux ; d’autre part, ce système d’irrigation répond aux besoins des régions du monde confrontées à la pénurie d’eau et à des topographies complexes. En associant agriculture, culture et écotourisme, Honghe résout le dilemme persistant entre protection de l’environnement et développement économique. La philosophie des Hani, fondée sur les principes d’« harmonie entre l’homme et la nature » et d’« exploitation mesurée », enrichit la civilisation agricole mondiale.
Ces techniques ancestrales restent profondément vivantes grâce à la culture Hani. Les fêtes folkloriques traditionnelles, telles que la cérémonie de l’« ouverture des portes des rizières » au printemps pour appeler de bonnes récoltes, ou le « Nouvel An d’octobre », rythment le calendrier agricole. Le « banquet de la longue rue », qui rassemble des centaines de tables au son des chants et des danses, resserre les liens communautaires. Portée par les chants anciens et les chants de travail dans les rizières, cette sagesse millénaire continue de s’enraciner dans le quotidien des villages pour se transmettre aux générations futures.
Aujourd’hui, guidée par un respect profond pour la nature et un solide esprit d’innovation, Honghe perpétue cette épopée millénaire pour qu’elle continue de nourrir les générations à venir.
*YAO YUCHEN est journaliste à China.org.cn.