
Un châtaignier centenaire
Situé à Chengde (Hebei), le district autonome mandchou de Kuancheng est l’un des berceaux du châtaignier et une zone de culture majeure du nord de la Chine. Un modèle agricole complexe s’y est développé, reposant sur une structure à plusieurs niveaux qui intègre harmonieusement la culture de plantes médicinales et l’élevage avicole.
En 2025, ce système de plantation écologique a été officiellement reconnu par l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) comme un des Systèmes ingénieux du patrimoine agricole mondial (SIPAM). Ce patrimoine, riche de trois millénaires d’histoire, offre désormais des modèles durables au reste du monde et recèle une sagesse ancestrale précieuse pour répondre aux défis planétaires actuels, notamment le changement climatique, la dégradation des sols et le déclin de la biodiversité.

Des châtaignes mûres
Sagesse agricole
Marqué par des chaînes de montagnes à perte de vue et un relief sillonné de ravins, le district de Kuancheng manque de terres arables. Cette contrainte géographique a forgé, au fil du temps, une expertise agricole fondée sur le principe « confier la terre aux arbres et la clarté des eaux à la forêt ».
L’ensoleillement y est abondant et les écarts de température entre le jour et la nuit sont marqués. Le sol, issu de l’altération du granite, présente une riche teneur en fer, offrant ainsi des conditions optimales pour la culture des châtaigniers. Kuancheng possède environ 45 000 arbres centenaires qui constituaient autrefois d’importantes barrières écologiques de la Grande Muraille sous la dynastie Ming (1368-1644).
Grâce à son système durable, Kuancheng a reboisé les montagnes et les terres incultes, prévenu l’érosion des sols et restauré l’écosystème, tout en protégeant une biocénose rare dans les zones montagneuses du nord de la Chine. En complément des châtaigniers, la culture de maïs, de soja, de plantes médicinales et de champignons comestibles, ainsi que l’élevage des abeilles asiatiques et de volailles, créent une répartition verticale de l’écosystème.
Ce système protège 615 espèces de plantes sauvages et 93 espèces animales bénéficiant d’une protection nationale de niveau III ou supérieure. Plus précieux encore, Kuancheng possède 43 variétés de châtaignes, soit plus d’un dixième du total national. Ces espèces constituent une banque de gènes importante et une ressource stratégique pour faire face aux défis posés par le changement climatique.

Récolte abondante de châtaignes
Développement durable
S’appuyant sur un modèle de production durable millénaire, les agriculteurs de Kuancheng ont su tracer une voie alliant savoir-faire ancestral et exigences contemporaines.
Premièrement, la modernisation de techniques clés, notamment le greffage, la taille et la lutte biologique contre les ravageurs, permet d’aligner les modes de plantation traditionnels sur les normes de l’agriculture biologique et les standards du marché mondial.
Deuxièmement, une coopération renforcée avec les instituts de recherche agricole a permis de créer des bases de démonstration standardisées en agriculture biologique. Couvrant une superficie totale de 100 000 mu (1 mu =1/15 ha), ces zones permettent d’augmenter les rendements et d’améliorer la qualité des produits, tout en réduisant l’usage de pesticides et d’engrais chimiques.
Troisièmement, une filière industrielle complète intégrant la culture, la recherche, la transformation et la commercialisation a été mise en place sous l’impulsion d’entreprises locales phares. Grâce à l’automatisation de la production, la capacité de transformation dépasse désormais les 100 000 tonnes par an, avec plus de soixante-dix produits dérivés des châtaignes exportés vers plus de trente pays et régions.

Poulet mijoté aux châtaignes
Racines culturelles
Les châtaignes constituent un pilier essentiel permettant aux agriculteurs de sortir de la pauvreté et de prospérer et imprègnent également tous les aspects de la vie.
Plus profondément encore, les coutumes, les fêtes et la gastronomie sont étroitement liées à la châtaigne. La cérémonie printanière dédiée à la « divinité des arbres », perpétuée depuis des millénaires, témoigne d’un profond respect et d’une gratitude envers la nature. Les chants traditionnels célébrant la cueillette de châtaignes, transmis de génération en génération, sont devenus des vecteurs essentiels de la culture agraire. Les mets typiques mettent également la châtaigne à l’honneur en l’associant à des spécialités locales telles que des champignons et la volaille.
Alors que de nombreuses régions rurales sont confrontées à l’exode rural, les agriculteurs de Kuancheng font le choix de rester sur leurs terres. Pour eux, les châtaigniers ne sont pas un simple moyen de subsistance, mais le fondement même de leur identité spirituelle. La résilience de cette communauté apparaît d’autant plus précieuse face aux bouleversements de la mondialisation et de l’urbanisation.
Selon la FAO, la valeur fondamentale du patrimoine agricole réside dans la garantie des moyens de subsistance des petits exploitants, la transmission de la culture communautaire et la réalisation d’un développement équitable. Le cas de Kuancheng démontre que c’est en assurant des revenus stables aux agriculteurs et en valorisant leur héritage culturel qu’il devient possible de parvenir à une conservation dynamique et à un développement réellement durable.

Des galettes fourrées à la purée de châtaigne
Expériences partagées
En tant que premier patrimoine culturel agricole mondial dédié à la plantation du châtaignier, le système agricole de Kuancheng possède une valeur qui dépasse les frontières géographiques et constitue désormais une leçon précieuse pour la communauté internationale.
Sur le plan écologique, la plantation de châtaigniers offre une solution efficace en matière de préservation de la fertilité des sols, notamment dans les zones rocailleuses. Sur le plan de la sécurité alimentaire, ce système agricole complexe, fondé sur une grande diversité de cultures, permet de réduire les risques inhérents à la monoculture, offrant ainsi aux petits agriculteurs du monde un modèle de référence reproductible.
Enfin, sur le plan culturel, la philosophie chinoise de « l’harmonie entre l’homme et la nature » qu’il véhicule enrichit la diversité de la civilisation agricole mondiale. Ce système témoigne d’un véritable exploit pour l’humanité : celui de s’adapter à son environnement et de le transformer pour parvenir à une coexistence durable et équilibrée entre l’homme et la nature.
*YANG JUNKANG est journaliste à China.org.cn