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Les pigeons siffleurs, une tradition préservée du vieux Beijing

2020-08-02 16:49:00 Source:La Chine au présent Auteur:JIAO FENG
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法语词典

 

Les sifflets sont attachés aux plumes de la queue des pigeons.

 

Dans les films sur le vieux Beijing, on voit souvent une armada de pigeons survolant des siheyuan (maisons traditionnelles chinoises à cour carrée) en émettant un son lancinant et harmonieux. C’est ce dont les gens se souviennent lorsqu’ils pensent au vieux Beijing. Comme le dit un dicton, on trouve à Beijing « une boisson à base de soja fermenté, des beignets cuits à l’huile, des tours de la cloche et du tambour, un ciel bleu, des nuages blancs et des pigeons siffleurs ».

 

Des sifflets (également appelés cloches à pigeons) sont attachés à la queue des pigeons et émettent un sifflement mélodieux en vol. Les Pékinois ont pris l’habitude d’élever des pigeons et de sortir tous les jours. Qu’il s’agisse d’une matinée venteuse ou ensoleillée au printemps ou d’une journée sans nuages à la fin de l’automne, on voyait toujours une volée de pigeons siffleurs dans le ciel. Ils sont ainsi devenus l’un des symboles de Beijing et le célèbre artiste de l’opéra de Pékin Mei Lanfang a même parlé d’« une symphonie céleste ». Jusque dans les années 1950, les marchés aux pigeons étaient très courus.

 

Avec le temps et le développement urbain, la colombophilie est passée de mode à Beijing et les pigeons siffleurs se font rares. Les sifflets à pigeons sont toutefois devenus des pièces de collection pour certains et une évocation du passé pour beaucoup. Un pas a été franchi en 2014, quand la fabrication des sifflets à la pékinoise a été ajoutée à la liste du patrimoine culturel immatériel de Beijing.

 

Un loisir d’élite devenu populaire

 

L’art de la fabrication des sifflets à pigeon est une tradition ancienne en Chine. Pendant la dynastie des Song du Nord (960-1127), des archives racontent comment l’armée des Xia occidentaux utilisa des sifflets à pigeon comme signaux militaires lorsqu’elle attaqua l’armée des Song. À l’époque de la dynastie des Song du Sud (1127-1279), les sifflets à pigeon étaient déjà très populaires. Plus tard, au début de la dynastie des Qing (1636-1911), le pays connut une période de paix. Pendant cette période, les soldats du régiment des Huit Bannières en poste à Beijing disposaient de beaucoup de temps libre et commencèrent se lancer dans l’élevage d’oiseaux, de poissons et de grillons. Plus ils y passaient du temps, plus ils perfectionnaient ces loisirs et, bientôt, ces techniques et passe-temps raffinés se sont généralisés au sein de la population.

 

Les colombophiles prêtaient ainsi non seulement la plus grande attention à leur pedigree et leur apparence, mais investissaient également beaucoup de temps et d’énergie dans l’entraînement, notamment avec les sifflets à pigeons. La mode de l’élevage des pigeons siffleurs s’est développée et de nombreux modèle de sifflets ont été conçus. Les techniques de fabrication de sifflets se sont affinées et les sons ont été plus riches et variés. Une culture unique du sifflet à pigeon a ainsi pris naissance.

 

Traditionnellement, à Beijing, on assistait à la « ronde des pigeons » deux fois par jour, une fois le matin et une fois le soir. Les éleveurs laissaient les pigeons voler au-dessus de leurs maisons. Le roucoulement des volatiles, le vent qui soufflait à travers les sifflets et les passants qui cherchaient d’où venait le son de cet orchestre céleste apportaient joie et satisfaction aux heureux propriétaires.

 

Différents types de sifflets étaient utilisés en fonction des pigeons, aux sons tous distincts. Grâce à cette diversité, chaque volée de pigeons « exécutait » un ballet harmonieux comme s’il s’agissait d’une symphonie d’oiseaux se produisant des effets multiples dans le ciel, allant à droite puis à gauche en formation égale. Le propriétaire dont les pigeons produisaient le meilleur son de sifflet et qui possédait le plus grand nombre de sifflets était admiré par ses pairs.

 

 

Différents styles et écoles de sifflets à pigeon

 

Les sifflets à pigeon sont généralement fabriqués à partir de bambou ou de calebasse. La tige de bambou ou la calebasse est creusée, puis un morceau de bambou sculpté est monté sur le dessus avec un trou pour permettre à l’air de passer à travers. Certains sifflets ont même plusieurs trous afin de produire des tonalités différentes.

 

Les sifflets à pigeon de Beijing se divisent en quatre catégories en fonction de la forme : à calebasse ronde, tubulaires (rangée de tubes de roseaux ou de bambou alignés), à plateforme (avec plusieurs rangées de tubes alignés reposant sur une plateforme), et combinés (calebasse et tubes). Un sifflet tubulaire produira un son plus aigu tandis que le sifflet à calebasse sera plus grave. Les sifflets doivent aussi respecter des règles strictes concernant la différence de hauteur entre chaque sifflet, qu’il s’agisse d’une différence de seconde majeure ou de troisième mineure. Comme les pigeons portent les sifflets à l’arrière, lorsqu’ils volent, chaque sifflet doit être aussi fin que du papier et aussi léger qu’une plume. Même les grands sifflets couverts de laque ne pèsent pas plus de huit grammes.

 

Le processus de fabrication comprend plusieurs étapes complexes, du choix des matériaux, de l’évidage au découpage, du montage, du collage et du ponçage au laquage. La fabrication du sifflet à pigeon le plus simple prend deux jours entiers. Le plus important, c’est le son qu’il produit. Un sifflet à pigeon miniature doit avoir les cinq notes de musique, ce qui nécessite une conception soignée ainsi qu’un ponçage et un moulage strict de la part de l’artisan.

 

Lorsque le sifflet est prêt à être attaché au pigeon, certains détails doivent également être pris en compte. Les propriétaires sélectionnent la racine des quatre plumes centrales de la queue du pigeon, puis nouent le sifflet aux plumes avec un fil de coton à environ un centimètre de l’arrière du pigeon. L’ouverture doit être orientée vers l’avant et la partie postérieure doit être placée dans la fente médiane des quatre plumes centrales. En faisant cela, le bec du sifflet est suspendu sous les plumes de la queue et fixé à l’aide d’un fil d’acier. Le bec étant encastré dans l’espace des plumes de la queue du pigeon, la croupe et le fil de coton peuvent alors le fixer solidement, peu importe la façon dont le pigeon vole.

 

Dans les temps anciens, chaque artisan gravait les caractères de son nom, tout comme les calligraphes signent leurs œuvres. Les quatre célèbres artisans du sifflet de la dynastie des Qing portaient les noms de Hui, Yong (Yong l’Ancien), Xing et Ming. Plus tard au cours de la République de Chine, outre Yong le Jeune, on trouvait Xiang (Zhou Chunquan), Wen (Tao Zuowen) et Hong (Wu Yutong). On les appelait les « Huit grands artistes » du sifflet à pigeon.

 

Avec la diminution du nombre des amateurs de pigeons siffleurs, les techniques de fabrication se sont progressivement perdues et aujourd’hui, très peu de gens les connaissent.

 

 

Le rôle de Zhang Baotong dans la préservation des sifflets à pigeon

 

Zhang Baotong, 70 ans, résidant à Xuanwumen, dans l’arrondissement de Xicheng à Beijing, était ingénieur. Le hasard a voulu qu’il devienne un héritier dans l’artisanat du patrimoine culturel immatériel de Beijing.

 

Enfant, M. Zhang était voisin de l’un des huit fabricants de sifflets renommés de Beijing, Tao Zuowen. M. Tao n’avait ni femme ni enfants et vivait seul. Dans ses dernières années, alors qu’il commençait à vieillir, il fut pris en charge par la famille Zhang jusqu’à sa mort.

 

Les sifflets avec le caractère Wen ont une partie supérieure arrondie, des lignes lisses, et peuvent réduire la résistance à l’air. Ils sont légers, faciles à porter, et d’une finition exquise. Vers sept ans, M. Zhang a commencé à apprendre à en fabriquer jusqu’à en maîtriser toutes les techniques de fabrication.

 

Après le décès de M. Tao, les sifflets à pigeons portant le caractère Wen se sont transformés en objets de collection rares et recherchés des colombophiles. Un jour, un expert en antiquités, Wang Shixiang, qui cherchait un autre sifflet à pigeon portant le caractère Wen pour sa collection, fit la connaissance de M. Zhang. Finalement, ce dernier lui fit un nouveau sifflet, qui ressemblait tellement à celui qu’il avait déjà, qu’il pouvait à peine faire la différence. Un peu plus tard, M. Wang se rendit aux États-Unis et en fit cadeau au Field Museum of Natural History de Chicago. Lorsque le personnel du musée l’a comparé à sa collection de sifflets à pigeon de Beijing portant les caractères Yong et Xiang, force a été de constater que son travail était de qualité égale.

 

Outre le fait de transmettre la tradition de l’art du sifflet à pigeon, M. Zhang a également créé de nouveaux styles de sifflets, notamment le Pangzai ertong, pour lequel il a utilisé pour la première fois des coquilles de noix, élargissant ainsi la gamme des matériaux de fabrication. Un article de Wang Shixiang le décrit comme un artiste qui innove en matière de sifflets à pigeon sur la base du style de caractère Wen. Est né un sifflet Tong en plus des huit artistes renommés de cet art du passé, « un honneur qu’il mérite amplement », selon M. Wang.

 

Tous ces compliments et les éloges que M. Zhang a reçus l’ont grandement encouragé et lui ont fait comprendre sa responsabilité dans la transmission du savoir-faire de la fabrication des sifflets à pigeons de Beijing. À cette fin, il a rompu avec la tradition et embauché deux apprentis successivement. Sous sa tutelle, ils ont appris les secrets de fabrication et sont prêts à prendre leurs propres apprentis. Ainsi, le style Wen a été transmis à la quatrième génération.

 

Aujourd’hui, les gratte-ciel ont remplacé presque toutes les habitations traditionnelles à cour du vieux Beijing, rendant l’environnement peu propice à la colombophilie en raison du manque d’espace. À mesure que les modes de vie changent, le son classique de la symphonie de pigeons survolant Beijing quitte lentement les mémoires. Heureusement, Beijing a ouvert le premier Musée du son en 2012, qui contient des archives sonores de l’histoire et des souvenirs du vieux Beijing, notamment celles des pigeons siffleurs, des sons qui disparaissent progressivement.

 

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