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Témoin d’un changement capital

2018-07-31 15:08:00 Source:La Chine au présent Author:PABLO ROVETTA DUBINSKY
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Photo des diplômés de l’université Tsinghua avec l’auteur (4e à droite au dernier rang) en 1982

 

PABLO ROVETTA DUBINSKY*

Cette année marque le 40e anniversaire d’un événement majeur dans l’histoire récente de Chine qui a eu des répercussions considérables dans le pays et dans le monde entier. Je fais allusion ici à la troisième session plénière du XIe Comité central du Parti communiste chinois qui s’est tenue du 18 au 22 décembre 1978 à Beijing et qui a lancé la politique de réforme et d’ouverture de la Chine.

Étant arrivé à Beijing en 1975, je considère que je fais partie des privilégiés qui ont pu vivre en direct ce grand changement. Les réussites de la Chine au cours des quatre dernières décennies sont innombrables et désormais bien connues. De nombreux historiens s’accordent à dire qu’il n’y a pas d’autre exemple dans l’Histoire récente d’un tel processus au cours duquel un pays aussi peuplé a connu sur une période aussi courte des avancées et des changements aussi profonds.

Durant ces quarante dernières années, la Chine est devenue la deuxième économie mondiale, et tout porte à croire qu’elle se classera première dans un futur proche. Elle fait déjà partie des grandes puissances mondiales et elle se place au premier rang mondial en matière de commerce extérieur, de lutte contre la pauvreté, d’infrastructures, de capacité industrielle, d’investissement en R&D et en technologies de pointe, et de présence sur la scène internationale. Si je compare la Chine au pays que j’ai découvert lorsque je suis arrivé il y a 43 ans, elle est devenue, à bien des égards, un autre pays.

J’aimerais mettre en évidence trois grands changements qui se sont produits depuis la fin de l’année 1978 et dont j’ai pu ressentir les effets personnellement.

La Chine a surmonté un nombre incalculable de difficultés. Les prévisions négatives ne se sont pas réalisées. Au cours des quarante dernières années, et encore aujourd’hui, on ne cesse d’entendre et de lire en Occident des pronostics particulièrement pessimistes sur les difficultés et les dangers auxquels la Chine doit faire face. Cela a été particulièrement vrai au moment de la fameuse « crise financière asiatique » de 1997, lors de la disparition de l’URSS et du bloc soviétique en Europe de l’Est, ou encore lors de la crise de la grippe aviaire (SRAS) en 2002 et 2003. Il m’est même arrivé de lire des prédictions qui allaient jusqu’à affirmer que la nation chinoise était sur le point de se désintégrer ou que la Chine allait bientôt connaître une guerre civile.

Il est vrai que le chemin parcouru par la Chine ces quarante dernières années n’a pas été de tout repos et qu’elle a dû faire face à d’innombrables difficultés, aussi bien internes que sur la scène internationale. Pourtant, elle a réussi à les surmonter une par une et aucun des pronostics avancés par ces « experts » ne s’est réalisé. Ce qui n’empêche pas la plupart des Occidentaux de continuer à mettre l’accent sur les aspects négatifs plutôt que sur les aspects positifs du développement chinois, et de qualifier régulièrement ses réussites de « menaces ».

Réforme et ouverture : l’avant et l’après

En second lieu, j’aimerais comparer la situation actuelle de la Chine et de sa population avec la situation dans laquelle elles se trouvaient avant l’avènement de la politique de réforme et d’ouverture. En 1978, les citoyens chinois étaient soumis à un rationnement d’une grande partie des produits alimentaires (entre autres les céréales, la viande, l’huile), de même que du coton pour fabriquer les vêtements ainsi que des principaux produits manufacturiers (par exemple, la bicyclette). Nous-mêmes, les étrangers, devions présenter des « coupons de céréales » ou des « coupons de coton » pour nous procurer ces produits. Ces mêmes citoyens chinois travaillaient alors huit heures par jour, du lundi au samedi. Le dimanche était leur seul jour de repos. En dehors de la fête du Printemps, les seuls jours fériés étaient le 1er janvier, le 1er mai et le 1er octobre.

Ces citoyens chinois n’étaient pas libres de se déplacer dans le pays et il n’était pas rare de voir des couples séparés géographiquement ; maris et femmes ne se retrouvaient qu’à l’occasion du Nouvel An chinois. En raison du manque d’infrastructures, il fallait parfois compter plusieurs jours pour effectuer un déplacement. Posséder une bicyclette, une montre-bracelet, une radio ou une machine à coudre était considéré comme le luxe suprême. Mises à part quelques occasions spéciales, il était rare d’aller au restaurant en famille ou avec des amis. Même dans leurs rêves les plus fous, ces citoyens chinois n’auraient jamais pu s’imaginer faire du tourisme en Chine, et encore moins dans d’autres pays du monde.

Au moment des Jeux olympiques de Montréal en 1976, je vivais déjà à Beijing. La République populaire de Chine, pays le plus peuplé du monde, fut exclue de ces Jeux, et c’est seulement à partir de 1979 que le pays fut autorisé à entrer au Comité international olympique. À cette époque-là, de nombreux pays n’avaient pas de relations diplomatiques avec le géant asiatique. Notamment les pays d’Amérique centrale, la Bolivie, la Colombie, l’Équateur et l’Uruguay. Hong Kong était encore une colonie britannique et Macao, une colonie portugaise.

Aujourd’hui, la Chine est comme un « nouveau » pays. La physionomie des campagnes et des villes a complètement changé. Le niveau de vie global s’est significativement amélioré. Le rationnement appartient désormais au passé et les restaurants et les boutiques sont souvent bondés. Cela ne veut pas dire qu’il n’y a plus du tout de pauvreté, mais il est clair qu’au cours de ces quarante dernières années, des centaines de millions de personnes ont vu leur qualité de vie s’améliorer. Le président Xi Jinping lui-même a reconnu qu’il y a encore des foyers démunis dans les zones rurales et considère l’élimination de la pauvreté comme une priorité pour le gouvernement.

Aujourd’hui, le temps de travail hebdomadaire est de cinq jours et des mots comme « week-end » font désormais partie du vocabulaire chinois. Les jours de congé sont beaucoup plus nombreux et des millions de Chinois en profitent pour voyager librement dans le pays avec leur propre véhicule ou grâce aux nouveaux moyens de transport rapides. Le nombre de touristes chinois qui voyagent à l’étranger ne cesse d’augmenter chaque année et certains pays ou régions sont en train de faire évoluer leur offre touristique pour l’adapter aux visiteurs chinois. L’industrie et les innovations technologiques et scientifiques chinoises sont parmi les meilleures au monde. Les entreprises chinoises sont présentes sur tous les continents et certaines marques comme Huawei – pour n’en citer qu’une seule – ont acquis un grand prestige sur la scène internationale.

Cela veut-il dire pour autant que tout ce qui existait avant la réforme était mauvais ? Selon mon humble avis, non. Après plus d’un siècle de guerres internes, d’humiliations et d’invasions étrangères, la Chine est parvenue à développer sa propre industrie (alors que celle-ci était quasi inexistante avant 1949, hormis dans le secteur textile), et à garantir à sa population un certain nombre de services et de droits minimaux. D’importantes infrastructures hydrauliques ont été construites afin de limiter les inondations qui, chaque année, affectaient le pays et qui causaient des famines et le déplacement de millions d’habitants.

En ce qui concerne les sciences et l’industrie, la Chine a développé dès les années 1970 son industrie aérospatiale et a mis en orbite de nombreux satellites artificiels. La découverte, en 1959, du gisement de pétrole de Daqing a fortement impulsé l’industrie du pétrole et la pétrochimie. Le constat est le même pour l’industrie de l’acier qui a été dynamisée par la construction de grands complexes.

 

L’auteur (1er à droite au deuxième rang) et sa sœur Laura (2e à droite au deuxième rang),

à l’Institut des langues et cultures de Beijing en 1976

 

Caractéristiques de la réforme et de l’ouverture

Le troisième et dernier aspect que j’aimerais souligner est le fait que le processus de réforme et d’ouverture a été progressif. Aucune mesure radicale n’a été prise du jour au lendemain. Et c’est un constat toujours valable à l’heure actuelle.

La troisième session plénière a eu lieu à la fin de l’année 1978 et les premières mesures concrètes ont été adoptées dès le début de l’année suivante. En réalité, les mots « réforme » et « ouverture » ne figurent pas dans le document officiel émis après la session. Ces termes ont commencé à être utilisés à partir des années 1980.

Cette session revêt une importance historique, d’abord parce qu’elle a redéfini la tâche principale du Parti : le développement économique s’est substitué à la « lutte des classes » qui prévalait jusque-là, et ensuite parce qu’elle a annoncé sa volonté de développer activement la coopération économique de la Chine avec tous les pays, ainsi que « l’introduction de technologies et d’équipements avancés venant de l’extérieur ». Ce sont, selon moi, les décisions clés de cette session.

En ce qui concerne la réforme, l’avancée la plus importante a été réalisée dans les campagnes. Pour ce qui est de l’ouverture vers l’extérieur, une des mesures principales a été l’établissement des quatre premières zones économiques spéciales dans le sud du pays.

Plutôt que d’opter pour un changement radical dans tout le pays, le gouvernement a choisi de créer des petites zones pilotes dans lesquelles il pouvait expérimenter les nouvelles politiques. Lorsque les résultats se sont révélés positifs, les politiques ont été étendues à d’autres régions du pays. C’est ce qui a permis au gouvernement de corriger ses erreurs, d’accumuler des expériences, positives comme négatives, et de réajuster constamment ses mesures. En Chine, on dit souvent « traverser la rivière à tâtons », d’après des propos que l’on attribue à Deng Xiaoping, considéré comme l’architecte de la politique de réforme et d’ouverture.

Ainsi, les réformes, d’abord mises en place dans des zones du pays bien définies, ont été étendues petit à petit des campagnes aux villes, du sud au nord, des côtes vers l’intérieur. Depuis quarante ans et encore aujourd’hui, toutes les mesures de réforme ont été adoptées suivant ce sage processus.

En résumé, la Chine n’a jamais cessé d’avancer malgré toutes les difficultés qu’elle a rencontrées et en dépit des pronostics extrêmement pessimistes énoncés par de nombreux Occidentaux, qui ne se sont d’ailleurs jamais réalisés. La politique de réforme et d’ouverture a complètement transformé le pays, que ce soit sa physionomie ou son niveau de développement industriel et scientifique. La vie de la population a radicalement changé, aujourd’hui, les Chinois sont libres de voyager dans le monde entier. Enfin, la Chine est un pays qui compte de plus en plus sur la scène internationale.

L’une des clés de la réussite de cette politique tient dans son caractère progressif ; les mesures n’ont jamais été adoptées de façon drastique et radicale et le gouvernement a fait preuve d’une capacité d’ajustement et de rectification à chaque fois que les résultats n’étaient pas à la hauteur des attentes. Manifestement, cette politique a également engendré des effets négatifs, notamment la corruption, les conséquences sur l’environnement, le renforcement des différences sociales. Mais le point positif, c’est que le gouvernement ne cherche pas à nier ces problèmes. Bien au contraire, il a exprimé, à travers des actes et des paroles, sa volonté de les résoudre.

*PABLO ROVETTA DUBINSKY, Uruguayen, est arrivé en Chine en 1975. Depuis, il reste lié à ce pays. Il est l’auteur du blog Reflexiones orientales (réflexions orientales).

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