Guidées par les principes de respect mutuel et de consultations sur un pied d'égalité, les deux parties, dans le cadre du consensus dégagé lors de la dernière réunion du mécanisme de consultations Chine-UE sur le commerce et l'investissement à Beijing, ont souligné et confirmé trois principes fondamentaux concernant les véhicules hybrides : le respect des règles de l'Organisation mondiale du commerce (OMC), la non-discrimination et le respect des faits.
En vertu de cet accord, la Chine conserve tous ses droits dans le cadre de l'OMC, y compris celui de demander le règlement des différends et des compensations commerciales, tandis que les produits chinois ne feront l'objet d'aucun traitement discriminatoire. L'accord prend également comme référence le volume des échanges commerciaux réalisés en 2025, laissant ainsi une marge de manœuvre pour la croissance continue des exportations chinoises de véhicules hybrides vers l'Europe.
Ce consensus s'inscrit dans un contexte d'expansion rapide des exportations chinoises de véhicules hybrides vers le marché européen. En 2024, l'UE avait imposé des droits compensateurs supplémentaires pouvant atteindre 35,3% sur les véhicules électriques à batterie fabriqués en Chine, tandis que les véhicules hybrides n'étaient pas soumis à ces droits de douane supplémentaires.
Les exportations chinoises de véhicules hybrides vers l'Europe ont ensuite connu une forte hausse. Selon Eurostat, l'UE a importé de Chine 107.000 véhicules hybrides en 2024, un chiffre qui est passé à 302.000 en 2025.
Fu Xin, associé principal au cabinet d'avocats Jincheng Tongda & Neal à Beijing, qualifie ce résultat de percée, soulignant que le fait de prendre le volume de 2025 comme référence tient compte des préoccupations légitimes de l'industrie automobile chinoise et de ses attentes en matière de croissance stable.
"Certes, les restrictions de quotas freineront la croissance excessivement rapide des constructeurs automobiles chinois, mais elles encourageront les entreprises à se faire concurrence sur la qualité et à rechercher des marges bénéficiaires plus élevées grâce à des produits à plus forte valeur ajoutée. Cela est conforme à l'objectif plus large de la Chine visant à promouvoir un développement de haute qualité du commerce extérieur", fait remarquer Shi Xiaoli, directrice du Centre de recherche sur le droit de l'OMC à l'Université des sciences politiques et du droit de Chine.
Pour les constructeurs automobiles chinois, l'un des avantages les plus immédiats de ce consensus est une réduction substantielle de l'incertitude en matière de politiques entourant les exportations vers l'Europe.
M. Fu souligne que l'incertitude croissante qui règne depuis quelques années sur les politiques commerciales et d'investissement rend l'élaboration de stratégies commerciales à long terme de plus en plus difficile pour les constructeurs automobiles chinois.
Selon lui, ce récent consensus offrira aux entreprises chinoises implantées en Europe un cadre réglementaire plus stable à l'avenir, leur permettant ainsi de planifier leurs exportations, leurs investissements et leur production avec plus de confiance.
Le constructeur automobile chinois BYD déclare que cet accord permet de gérer efficacement les différends commerciaux, d'éviter une nouvelle escalade et de prendre en compte les réalités et préoccupations légitimes des industries des deux parties, créant ainsi des conditions favorables à une coopération durable.
Lors du Mondial de l'auto 2026, Stella Li, vice-présidente exécutive de BYD, a dévoilé les projets de l'entreprise pour étendre sa présence industrielle en Europe. L'usine de BYD en Hongrie devrait démarrer la production à grande échelle au quatrième trimestre de cette année. L'entreprise prévoit également d'implanter ses deuxième et troisième sites de production en Europe, la France figurant parmi les emplacements potentiels.
Les constructeurs automobiles européens possèdent une vaste expérience dans le domaine du matériel automobile, de la conception et de la gestion du cycle de vie des véhicules, tandis que les entreprises chinoises disposent d'atouts concurrentiels dans les chaînes d'approvisionnement en batteries, la conduite intelligente et les technologies logicielles. Ces atouts complémentaires offrent un champ d'action considérable pour la coopération technologique entre les deux parties, notent les analystes.
Soulignant la forte complémentarité entre les deux secteurs, le constructeur automobile chinois Chery Group déclare qu'une coopération plus étroite profitera aux entreprises et consommateurs des deux parties, tout en contribuant à la stabilité des chaînes d'approvisionnement automobiles mondiales.
La coopération entre les entreprises chinoises et européennes pourrait permettre de combiner leurs atouts respectifs afin d'améliorer la qualité des véhicules, souligne Andrea Levy, présidente du Salon de l'automobile de Turin.
Au-delà des avantages commerciaux immédiats, les experts estiment que, dans un contexte de montée du protectionnisme commercial et d'incertitudes croissantes dans l'économie mondiale, le choix de ces deux grandes puissances économiques de privilégier le dialogue plutôt que la confrontation pour résoudre leurs différends constitue en soi un signal positif.
L'Association chinoise des constructeurs automobiles explique que la gestion des divergences par des consultations institutionnalisées et la résolution des différends par la coopération plutôt que par la confrontation constituent un choix rationnel servant les intérêts fondamentaux des deux parties.
Répondant aux allégations selon lesquelles ce consensus serait le résultat de pressions exercées par l'UE, un porte-parole du ministère chinois du Commerce a souligné vendredi que l'accord sur le commerce des véhicules hybrides était réciproque et mutuellement avantageux, rejetant ces affirmations comme totalement infondées.
L'objectif des consultations économiques et commerciales entre la Chine et l'UE est de gérer correctement les divergences et de répondre aux préoccupations de chacun par le dialogue et les consultations, a noté le porte-parole, appelant les deux parties à faire preuve de sincérité dans la résolution des problèmes.
Le porte-parole a également souligné que l'UE ne devait pas s'attendre à obtenir des avantages en exerçant des pressions ni ne devait sous-estimer la détermination et la capacité de la Chine à défendre ses propres intérêts.