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La force de la constance

2026-11-02 10:05:00 Source: La Chine au présent Auteur: SU CHANGHE*
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La stabilité et la prévisibilité de la Chine offrent un point d’ancrage dans un monde incertain. 

Vue d’ensemble de la Nouvelle Zone de la côte ouest de Qingdao (Shandong), le 1er août 2025

Par SU CHANGHE*

Ces dernières années, les Européens ont pris conscience de la grande « incertitude » mondiale : conflits géopolitiques, chocs énergétiques, tensions inflationnistes, concurrence technologique et restructurations des chaînes d’approvisionnement. Le monde traverse des mutations profondes où l’instabilité devient la norme.

Dans ce contexte, la Chine a su maintenir une croissance économique à long terme et une stabilité sociale globale. Sur le plan diplomatique, elle fait preuve d’une grande cohérence politique en participant à la gouvernance mondiale dans un esprit de paix, de coopération et de responsabilité.

Ces deux aspects indissociables alimentent aujourd’hui les discussions au sein de la communauté universitaire internationale. En tant que chercheur en sciences politiques et en relations internationales, je propose de partager mes observations fondées sur le système institutionnel chinois.

Les sources d’incertitude

Pour comprendre la stabilité de la Chine, il convient d’examiner d’abord les causes profondes de l’instabilité mondiale. Au-delà des rivalités de puissances, des révolutions technologiques et des conflits géopolitiques, un facteur est souvent négligé : le fossé croissant entre la politique intérieure de certains États et les exigences de la coopération internationale.

Le paysage politique de plusieurs pays tend vers la polarisation. Cela traduit des positions erratiques sur des enjeux mondiaux majeurs comme le changement climatique ou la sécurité sanitaire, qui requièrent pourtant une action concertée. Les querelles partisanes, les pressions des groupes d’intérêt et la fragmentation politique fragilisent le consensus national. Le cercle vicieux s’installe : plus la polarisation interne est forte, plus le consensus s’effrite, menaçant la tenue des engagements internationaux et la stabilité des coopérations.

Ce phénomène découle de la polarisation politique au sein de systèmes caractérisés par la concurrence multipartite et la séparation des pouvoirs. Le jeu de contre-pouvoirs y dérive parfois en outil d’obstruction. La vie politique peut alors dégénérer en un « jeu de veto » où l’opposition devient une fin en soi, rendant difficile l’élaboration de politiques stables et durables. Sur la scène internationale, cela se traduit par un manque de cohérence, de prévisibilité et de constance dans la coopération.

Lorsque les mécanismes de concertation s’affaiblissent, la continuité des politiques et la crédibilité des engagements internationaux s’en trouvent compromises.

Tenue de la réunion de haut niveau marquant le 5e anniversaire de l’Initiative pour le développement mondial à Beijing, le 28 juillet 2026

L’unité au cœur de la gouvernance

En revanche, le système institutionnel chinois préfère l’unité à la division, en s’appuyant sur une philosophie de gouvernance par la coopération et la concertation.

Cet esprit d’unité se manifeste à tous les niveaux. Le système des assemblées populaires assure l’intégration organique entre la direction du Parti communiste chinois (PCC), la souveraineté populaire et l’État de droit. Le système de partis politiques s’articule autour de la coopération multipartite et de la concertation politique sous la direction du PCC. L’autonomie régionale des minorités ethniques place l’unité au premier plan, et la gouvernance aux échelons de base s’appuie sur la démocratie consultative. Conçue pour favoriser la supervision et le dialogue, cette approche d’intégration et de synergie permet de remédier aux limites inhérentes au modèle fondé sur les contrepoids.

À l’heure où les pays sont étroitement interconnectés, la politique intérieure et les relations internationales sont indissociables. Un système institutionnel marqué par l’exclusion et le blocage peine dès lors à s’imposer comme un partenaire fiable sur la scène internationale, tandis que les dissensions politiques internes rendent son action extérieure illisible. Ces dérives freinent la collaboration internationale et paralysent la gouvernance mondiale.

Le modèle institutionnel chinois a établi une articulation efficace entre les affaires intérieures et internationales. La politique intérieure dégage un consensus stable autour d’objectifs fondamentaux à long terme, évitant le rejet inconsidéré d’accords internationaux. Les partenaires de la Chine bénéficient ainsi d’une plus grande certitude, soutenue par le respect rigoureux des engagements.

La prévisibilité de la Chine

La capacité de la Chine à cadrer les attentes extérieures s’explique par la clarté de ses orientations, communiquées à travers des documents publics, selon un agenda structuré. La cinquième session plénière du 20e Comité central du PCC, qui s’est tenue du 26 au 29 octobre 2026, en offre une illustration claire.

Cette session a réaffirmé l’exigence d’une gouvernance interne rigoureuse et intégrale au sein du Parti. Pour un parti au pouvoir, inscrire son développement et ses réformes dans un agenda public et institutionnalisé constitue une source importante de certitude. La capacité à maintenir une gouvernance efficace sur la durée garantit la concrétisation des projets annoncés. Ce processus d’auto-renouvellement assure la continuité des politiques chinoises.

De nombreux universitaires, entrepreneurs et diplomates perçoivent la Chine comme l’une des rares grandes économies dont les orientations politiques restent prévisibles. Cette régularité repose sur les rapports des Congrès du PCC, les décisions prises lors des sessions plénières, les plans quinquennaux de développement économique et social, ainsi que les rapports d’activité du gouvernement présentés lors des « Deux Sessions ». Ces documents tracent une feuille de route permettant de comprendre les intentions stratégiques et les axes d’action du pays.

Il ne s’agit pas d’adhérer à chaque politique chinoise, mais de souligner que le processus décisionnel en Chine se prête à l’analyse, à l’anticipation et au dialogue, ce qui reste rare dans les relations internationales d’aujourd’hui.

Une campagne d’éducation sur l’esprit des « huit recommandations » du Comité central du Parti communiste chinois, à Luohe (Henan)

Le potentiel de la coopération sino-européenne

À l’ère de la mondialisation, les politiques intérieures d’un pays peuvent avoir des répercussions sur les autres. Une grande puissance responsable doit, lorsqu’elle élabore ses politiques intérieures, prendre en compte de manière proactive les intérêts légitimes et les préoccupations sécuritaires des autres nations. Le cadre politique de la Chine intègre progressivement l’évaluation de ces impacts extérieurs, ce qui constitue une démarche cruciale pour bâtir des relations internationales plus stables et plus prévisibles.

L’Europe accorde une importance croissante à son autonomie stratégique, à sa sécurité économique et au « dérisquage ». Il est essentiel de renforcer le dialogue politique et les évaluations d’impact. Les deux parties partagent des intérêts communs, notamment la défense du multilatéralisme, la lutte contre le changement climatique, la transition écologique et la gouvernance numérique mondiale. La coopération permettrait de réduire les malentendus et d’éviter que le « dérisquage » ne se transforme en « découplage ».

Pour l’Europe, la prévisibilité de la Chine présente un triple intérêt. D’abord, elle contribue à stabiliser les perspectives concernant les relations économiques et commerciales Chine-Europe, permettant aux entreprises de planifier l’allocation de leurs ressources sur le long terme. Ensuite, elle favorise une coopération durable sur les enjeux mondiaux tels que le changement climatique, la transition verte et la gouvernance numérique, à l’abri des aléas des cycles politiques. Enfin, elle facilite la gestion des divergences en maintenant un cadre de communication permanent.

Grâce à sa logique de gouvernance et à ses politiques d’ouverture, la Chine s’efforce d’apporter une précieuse dose de certitude au monde, mettant sa sagesse et ses forces au service des pays en quête de repères.

Cela ne signifie pas pour autant que la Chine détienne toutes les réponses, ni que le modèle chinois doive être reproduit ailleurs. Cela montre qu’une Chine prévisible peut constituer un facteur de stabilisation propice à une collaboration sino-européenne pour défendre le multilatéralisme et relever les défis mondiaux.

 

*SU CHANGHE est directeur de l’École des relations internationales et des affaires publiques de l’Université Fudan.

 

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