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Le mythe de la « théorie de la surcapacité »

2026-08-19 13:24:00 Source: La Chine au présent Auteur: ANTHONY MORETTI*
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Derrière l’accusation de « surcapacité » chinoise se joue surtout une bataille autour des règles du commerce mondial. 

 

Quel que soit le jour de la semaine, les grands médias occidentaux ne manqueront pas de critiquer la Chine, notamment à travers les déclarations de leurs élites politiques. Un jour, les reportages s’attarderont sur la prétendue menace que la Chine ferait peser sur ses voisins régionaux. Un autre, on expliquera au public que, tant que la Chine n’adoptera pas la définition occidentale de l’action humanitaire, elle ne pourra jamais être considérée comme un défenseur de cette cause. Et un autre encore, un mot reviendra sans cesse dans les médias : « surcapacité ».

On peut résumer cette position ainsi : certains pays occidentaux s’efforcent de convaincre l’opinion publique, tant nationale qu’internationale, que la Chine produit des biens au-delà des capacités de son marché intérieur. Elle choisirait ensuite de déverser ses excédents sur les marchés internationaux, en les vendant à des prix qui nuiraient à la compétitivité des producteurs nationaux dans de nombreux pays. Grâce à cette pratique, et à une forme de « mercantilisme », la Chine aurait ainsi accumulé de manière constante des excédents commerciaux avec des pays de toutes tailles. En bref, le message est clair : la Chine ne respecterait aucune règle.

Cependant, aussi irréprochable que puisse paraître cet argument, il ne résiste pas à un examen approfondi.

Le ministère chinois du Commerce a récemment publié un document intitulé Position de la Chine sur la question de la prétendue surcapacité, qui retrace l’évolution historique du paysage mondial des capacités de production et analyse objectivement les liens entre subventions industrielles, excédents commerciaux, déséquilibres économiques, concurrence et surcapacité. Le document présente également les politiques et orientations futures de la Chine et avance plusieurs propositions. Il apporte ainsi une réponse ferme à l’argument de la prétendue surcapacité chinoise.

La Chine souligne qu’aucune organisation internationale, y compris l’Organisation mondiale du commerce (OMC), n’a jamais proposé de définition universelle de la surcapacité. Il est donc difficile de déterminer à partir de quels critères un pays se trouve réellement dans une situation de surcapacité. « Certaines économies tentent d’imposer leurs propres critères, souvent simplistes, mécaniques ou généraux, pour définir la prétendue surcapacité et servir ainsi leurs intérêts géopolitiques et protectionnistes », explique le document.

Autrement dit, tout comme les couleurs et les images d’un kaléidoscope changent au gré de ses rotations, n’importe quel pays peut, en fonction de ses propres objectifs, construire son propre récit de la surcapacité et s’enorgueillir ensuite des conclusions qu’il en tire.

Le document chinois est particulièrement intéressant en ce qu’il analyse les objectifs que le pays cherche à atteindre en matière de commerce. Il précise d’abord que « la Chine a toujours scrupuleusement respecté les règles de l’OMC et s’est efforcée d’établir et d’améliorer son système de subventions conformément aux pratiques internationales ». Il expose ensuite la manière dont la Chine envisage l’avenir, affirmant que le pays « veut collaborer avec toutes les parties prenantes afin de préserver conjointement le système mondial de libre-échange, la stabilité et le bon fonctionnement des chaînes d’approvisionnement et industrielles mondiales, ainsi qu’un environnement mondial ouvert et coopératif ».

Enfin, il réfute les accusations selon lesquelles la Chine nuirait au commerce mondial. Le document affirme que « les États-Unis et les pays occidentaux ont inventé de toutes pièces le prétendu Choc chinois 2.0, accusant à tort le développement industriel de la Chine de constituer une menace monopolistique pour les pays occidentaux et de restreindre l’espace de développement des pays du Sud. Ces affirmations ne reflètent pas la réalité et sont infondées ».

Alors que certains pays continuent de dénoncer « la Chine et la surcapacité », ils omettent souvent de s’attaquer aux politiques protectionnistes émanant de Washington. « Depuis l’entrée en fonction du président Donald Trump le 20 janvier 2025, l’augmentation des droits de douane imposés par les États-Unis, tant par son ampleur que par la rapidité de sa mise en œuvre, est sans précédent dans l’histoire. Cela s’inscrit dans un retour plus large au protectionnisme aux États-Unis », a récemment souligné la Banque de France.

Deux textes législatifs clés « justifient » qu’un président américain puisse restreindre ou bloquer les échanges commerciaux avec un autre pays. L’article 232 de la loi de 1962 sur l’expansion du commerce autorise le président à restreindre les importations si le département du Commerce détermine que certaines marchandises peuvent constituer une menace pour la sécurité nationale. Par ailleurs, l’article 301 de la loi de 1974 sur le commerce permet aux États-Unis d’imposer des droits de douane ou d’autres mesures restrictives à d’autres pays sur la base de décisions unilatérales, notamment en matière de prétendue propriété intellectuelle.

Aujourd’hui, le grand public américain connaît parfaitement les droits de douane et leur lien avec les stratégies protectionnistes. Il est également bien conscient que ces droits de douane renchérissent le prix des biens de consommation. Depuis dix ans, sous trois administrations présidentielles, Washington utilise les droits de douane pour faire pression sur les pratiques commerciales de ses partenaires, proches ou lointains. Rappelons-nous que l’annonce par l’administration Trump du « Liberation Day » en 2025 a constitué un camouflet retentissant pour l’OMC, qui exige que les droits de douane soient appliqués de manière égale à tous les partenaires commerciaux.

Les États-Unis invoquent fréquemment la prétendue sécurité nationale comme prétexte pour empêcher les véhicules électriques (VE) chinois d’entrer sur le marché américain. Officiellement, ces interdictions sont justifiées par les inquiétudes concernant les données que ces véhicules pourraient recueillir et les conséquences potentielles du maintien par la Chine du contrôle de certains logiciels automobiles. Cependant, certains observateurs se demandent si les États-Unis, fortement dépendants d’une chaîne d’approvisionnement traditionnelle fondée sur les véhicules à essence, ne tentent pas de bloquer l’accès au marché américain aux VE chinois par des mesures protectionnistes. En effet, leur faible coût, leur qualité élevée et leur contribution potentielle à la réduction de l’impact environnemental pourraient constituer des atouts majeurs pour les consommateurs.

Il convient également de rappeler que les États-Unis ont fréquemment été mis en cause pour leurs pratiques commerciales au regard des règles de l’OMC. De fait, l’OMC a reçu 165 plaintes contre les États-Unis au fil du temps. L’Union européenne, la Chine, le Japon, l’Inde et le Canada figurent parmi les membres ayant déposé le plus grand nombre de plaintes. Trois d’entre eux comptent pourtant parmi les plus proches alliés politiques de Washington. Par ailleurs, le Centre d’études américaines de l’Université de Sydney a indiqué que les actions de Washington « compromettent souvent la capacité de l’OMC à remplir ses fonctions essentielles ».

En bref, Washington ne se présente souvent comme un défenseur du libre-échange que lorsqu’il est certain d’en tirer profit.

Le système commercial multilatéral fondé sur l’OMC est aujourd’hui menacé. Si certains pays persistent à croire qu’ils ont le droit de rester dans un club exclusif et d’établir ou de modifier les règles selon leurs propres besoins, les avantages évidents du commerce international seront eux aussi compromis.

Par la coopération, la Chine, en œuvrant de concert avec les États-Unis, l’Europe et d’autres acteurs, est fermement engagée à défendre le système commercial multilatéral fondé sur l’OMC, à promouvoir une mondialisation économique inclusive et à veiller à ce que les fruits du développement profitent davantage aux populations de tous les pays.

 

*ANTHONY MORETTI est maître de conférences au Département de communication et de leadership organisationnel de l’Université Robert Morris aux États-Unis.

Les opinions exprimées dans cet article sont celles de l’auteur et ne reflètent pas nécessairement celles de l’Université Robert Morris.

 

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