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La coopération sino-française, facteur de paix et de stabilité

2024-05-05 20:44:00 Source: Dialogue Chine-France Auteur: BRUNO GUIGUE*
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La visite officielle en France du président Xi Jinping, les 5, 6 et 7 mai 2024, marque une étape très importante dans l’histoire des relations sino-françaises. Elle s’inscrit en effet dans le cadre des célébrations du 60e anniversaire de l’établissement des relations diplomatiques entre la République populaire de Chine et la République française, le 27 janvier 1964. Dans sa déclaration pour ce 60e anniversaire des relations diplomatiques, le 27 janvier 2024, le président Xi Jinping a qualifié l’initiative française d’« événement majeur dans l’histoire des relations internationales », ayant ouvert la porte aux échanges entre la Chine et l’Occident. 

Le président Emmanuel Macron rencontre des étudiants chinois de l’Université Sun Yat-sen à Guangzhou, le 7 avril 2023.  

À l’initiative du général de Gaulle, la France, en 1964, engageait en effet le processus mettant fin à cette anomalie qui voyait la Chine représentée au plan international par Taipei, fermant de la sorte la porte de l’ONU à la République populaire de Chine et à son milliard d’habitants. En faisant coïncider le droit avec le fait, la France montrait qu’elle était une nation souveraine respectueuse du peuple chinois et de son droit à la souveraineté. En offrant à la Chine la reconnaissance officielle qu’elle méritait, elle rompait aussi la logique des blocs héritée de la Guerre Froide. 

Sortie de ses deux conflits coloniaux (Indochine et Algérie), la France aspirait alors à nouer des relations pacifiques avec l’Asie. En outre, le général de Gaulle ne cachait pas son mécontentement devant l’intensification de la guerre américaine au Viet Nam. Héros de la France libre, le président français voulait avoir voix au chapitre dans les affaires du monde tout en sortant la France du carcan des blocs Est-Ouest. De même, le président chinois, Mao Zedong, souhaitait affranchir la Chine de la tutelle de l’URSS et construire un modèle de développement original. C’est la rencontre de ces deux volontés d’indépendance, éclairées par l’intelligence du monde, qui a jeté les bases de la coopération sino-française. 

En 1973, Georges Pompidou est le premier chef d’État d’Europe occidentale à se rendre en visite officielle en Chine depuis 1949. Après un premier contrat signé avec la France en 1973 pour un grand complexe pétrochimique dans le nord-est de la Chine, le rythme s’accélère avec la visite officielle de François Mitterrand à Beijing en 1983. En 1986, Framatome lance la construction de l’une des premières centrales nucléaires chinoises près de Shenzhen. D’autres entreprises suivront. Peugeot s’installe à Guangzhou en 1985, Citroën à Wuhan en 1992. La grande distribution française, avec Carrefour, connaît bientôt un succès retentissant sur le marché chinois. 

Liées par un partenariat stratégique global, la Chine et la France ont des relations approfondies, et les échanges entre les deux pays ont atteint un niveau très élevé. La Chine est le septième client de la France, et elle est son deuxième fournisseur. Aujourd’hui la présence française en Chine concerne tous les secteurs : l’agroalimentaire, l’industrie, les transports, le développement urbain, la grande distribution, les services financiers. Plus de 2 000 entreprises françaises sont présentes en Chine, représentant 480 000 emplois. De même, les investissements chinois en France ont connu une forte croissance ces dernières années. 800 filiales d’entreprises chinoises y sont établies, employant 30 000 personnes. La dimension technologique de ces échanges revêt une grande importance. Les deux pays ont noué des coopérations industrielles structurantes, notamment dans le transport ferroviaire, le nucléaire civil et l’aéronautique. 

Mais la coopération sino-française se situe aussi à un niveau stratégique et diplomatique. Membres permanents du Conseil de sécurité des Nations Unies, la Chine et la France sont de grands pays ayant une tradition d’indépendance. Leur engagement commun en faveur de la stabilité et de la paix a déjà été souligné lors des entretiens entre le président Xi Jinping et le président Emmanuel Macron, à Bali, lors du sommet du G20, le 15 novembre 2022. Le président chinois a notamment déclaré qu’au moment où « le monde entre dans une nouvelle période de turbulences et de transformations », « la Chine, la France et l’Europe, forces majeures dans un monde multipolaire, doivent poursuivre l’esprit d’indépendance, d’ouverture et de coopération et travailler à assurer un développement solide et pérenne de leurs relations sur la bonne voie et à apporter de la stabilité et des énergies positives au monde ». 

De son côté, le président Macron a rappelé « l’engagement commun de la France et de la Chine à promouvoir la paix, le développement et la prospérité économique dans le monde », et salué la voie chinoise de la modernisation. Réaffirmant que « la France poursuit une diplomatie indépendante et s’oppose à la confrontation des blocs », il a exprimé « le souhait de la France de travailler avec la Chine, dans un contexte international instable, à intensifier les échanges et le dialogue de haut niveau et à approfondir la coopération notamment dans les domaines économique, commercial, aéronautique et nucléaire civil dans un esprit de respect mutuel et de bénéfice mutuel ». 

Dans un monde en proie à la guerre et à des menaces diverses, la coopération sino-française est un facteur déterminant pour le rétablissement de la paix et de la stabilité. À l’occasion de la visite officielle du président Xi Jinping, les 5, 6 et 7 mai, la France doit tout mettre en œuvre pour consolider durablement ces acquis. Elle doit approfondir un partenariat qui a largement fait ses preuves. C’est pourquoi elle doit maintenir le cap de sa souveraineté stratégique fixé par le général de Gaulle en 1964. Elle doit suivre sa propre ligne de conduite et résister aux influences extérieures. Sur le plan européen, il lui faut prendre la tête d’une diplomatie non-alignée et s’abstenir de suivre un courant contraire influencé par Washington. 

Au XVIe siècle, le philosophe Montaigne évoquait dans ses Essais ce « Royaume dont le gouvernement et les arts, sans fréquentation et sans connaissance des nôtres, surpassent nos exemples en plusieurs parties d’excellence, et dont l’histoire m’apprend combien le monde est plus ample et plus divers que ni les anciens ni nous ne pénétrons ». Tout en faisant l’éloge de la Chine, l’auteur reconnaissait ainsi la diversité du monde et la singularité de chaque nation. Chaque fois qu’elles ont été éclairées par ces principes, les relations franco-chinoises ont été mutuellement profitables. Il faut continuer résolument dans cette voie. 

*BRUNO GUIGUE est chercheur en philosophie politique et analyste politique.

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