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Les frictions commerciales sino-américaines : quel bénéfice ?

2018-06-05 16:02:00 Source:La Chine au présent Author:YUKIO HATOYAMA
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L’envoyé spécial du président chinois Xi Jinping et vice-premier ministre du Conseil des affaires d’État, Liu He, a été invité aux États-Unis du15 au 19 mai. Après concertation, les deux parties sont parvenues à un consensus en s’engageant à ne pas déclencher de guerre commerciale. Une déclaration conjointe, publiée dans l’après-midi du 19 mai, a annoncé que les deux pays renforceront leur coopération économique et commerciale dans beaucoup de domaines.

 

La glace qui s’est formée entre la Chine et les États-Unis n’est pas le résultat d’une journée de gel mais de plusieurs hivers consécutifs. Les différences entre la Chine et les États-Unis sur les plans de la structure économique et de la connaissance culturelle rendent le règlement des conflits commerciaux entre les deux pays complexe, ardu et long.

 

Chacun s’observe pour rectifier sa conduite et tous se réfèrent à l’histoire pour connaître les raisons de l’ascension ou du déclin d’une nation. Dans le contexte de la mondialisation, quelle attitude adopter et comment faut-il agir pour résoudre les problèmes ? L’ancien premier ministre japonais Yukio Hatoyama a fait part de ses idées sur le sujet. Les litiges commerciaux du Japon avec les États-Unis tourmentent ce pays depuis de nombreuses années et il nous faut tirer la leçon de l’échec du Japon dans les Accords du Plaza.

 

Fidèle à son credo « l’Amérique d’abord », le président Trump projette de réduire de 500 milliards de dollars le déficit commercial enregistré par les États-Unis. Pour que son parti obtienne des voix aux élections de mi-mandat qui approchent, le président Trump élabore tout un jeu commercial dans lequel il qualifie la Chine d’adversaire. Les frictions commerciales ont commencé à partir du moment où l’État américain a imposé des droits de douane sur les importations chinoises d’acier et d’aluminium. Par la suite, invoquant le motif que la Chine ne respectait pas les droits de propriété intellectuelle américains, le président Trump a annoncé qu’il infligerait des droits de douane sur les importations chinoises d’une valeur supérieure à 60 milliards de dollars. La Chine a immédiatement réagi, en déclarant que des taxes équivalentes seraient appliquées sur certains produits originaires des États-Unis.

 

D’un point de vue externe, il semblerait que ces frictions commerciales tendent de plus en plus à dégénérer en véritable guerre commerciale. Et selon moi, il s’agit là de manigances de la part du président Trump, qui tente de récolter un certain soutien en vue des prochaines élections. Prenons l’exemple de l’acier. Les importations des États-Unis en provenance de la Chine représentent tout au plus 2 % du total des importations américaines. Par conséquent, les restrictions imposées n’auront que peu d’effets. Intéressons-nous maintenant à la propriété intellectuelle. Beaucoup d’entreprises actives dans la Silicon Valley et à la pointe d’industries innovantes, telles que l’intelligence artificielle ou l’informatique, ont démarré des activités en Chine, dans la perspective de revendre les produits finis aux États-Unis. Or, si cette catégorie de produits importés est frappée par des droits de douane, je vois mal quel bénéfice pourraient en tirer les États-Unis. Au contraire, il convient plutôt de rappeler que le peuple américain, jusqu’à présent, a pu bénéficier de produits chinois bien moins chers. Actuellement, les prix augmentent progressivement, certainement au plus grand désarroi du peuple américain.

 

Le rétablissement des entreprises sidérurgiques américaines serait le bienvenu, puisqu’il ferait souffler un vent favorable pour Trump en cette période électorale. Cependant, cet événement ne sera pas nécessairement bénéfique pour le peuple américain. Parallèlement, les produits importés depuis les États-Unis affichent des prix en hausse, ce qui, là encore, ne sera nullement avantageux pour le peuple chinois. Poussons l’analyse un peu plus loin : si les deux pays dressent des barrières tarifaires à proportions égales, comme la population chinoise est bien plus nombreuse que celle des États-Unis, en moyenne, le fardeau supporté par un individu chinois sera évidemment plus léger que celui supporté par un individu américain. J’estime donc, en me positionnant du côté de la société, que ces frictions commerciales n’apporteront rien de bon aux États-Unis et affecteront peu la Chine.

 

Comment le Japon va-t-il réagir face aux tensions commerciales sino-américaines ? Métaphoriquement parlant, si la Chine ou les États-Unis toussent, le Japon risque lui aussi de s’enrhumer. Dernièrement, le président américain Trump a rencontré le premier ministre japonais Shinzo Abe. Mais ce n’est pas pour autant que le Japon a été ajouté à la liste des pays exemptés de droits de douane. Shinzo Abe a fait tout son possible pour que les États-Unis reviennent sur leur décision de ne pas signer le futur Accord de partenariat transpacifique (TPP). Mais le président Trump préfèrerait que le Japon et les États-Unis mènent des négociations commerciales bilatérales, plutôt que dans un cadre commercial multilatéral. Je crains vivement que le Japon n’en fasse les frais.

 

Après les Accords du Plaza, le Japon s’est félicité de l’appréciation du yen par rapport au dollar, se vantant même de pouvoir acheter de vastes demeures aux États-Unis. Mais le Japon, autrefois paradis des exportations, a finalement été contraint par les États-Unis de fermer ses portes. Cet épisode de l’histoire rappelle qu’il est toujours mieux de maintenir un marché ouvert aux échanges. C’est pourquoi je préconise la construction d’une « communauté d’Asie de l’Est ». Toutefois, il est clairement impossible de tracer un petit cercle pour définir cette communauté en Asie de l’Est, tout en poursuivant un développement économique prônant l’exclu-

 

sivisité. Les pays d’Asie de l’Est doivent s’épauler et garantir la stabilité politique à travers la coopération, afin d’empêcher qu’une guerre n’éclate et de permettre le développement stable de toute la région dans un climat de paix. Le concept de « communauté d’Asie de l’Est » désigne l’établissement d’une plate-forme de coopération réunissant tous les pays de la région, utile pour trouver des solutions et résoudre les problèmes par voie de délibération. Une telle plate-forme en Asie de l’Est favoriserait inévitablement la paix mondiale et le développement économique. C’est ainsi que j’envisage la « communauté d’Asie de l’Est », un projet qui demeure l’un de mes souhaits les plus chers.

À l’époque, la Chine avait décidé de ne pas signer les Accords du Plaza ratifiés par le Japon. La raison semble évidente d’après moi : la Chine avait commencé à prendre ses précautions pour éviter de réitérer les erreurs passées. Récemment, le président Xi Jinping a de nouveau souligné l’importance de renforcer la libéralisation des échanges. J’ai eu l’occasion de rencontrer le président Xi à plusieurs reprises. J’ai également écouté attentivement le discours qu’il a tenu à l’occasion du Forum de « la Ceinture et la Route » pour la coopération internationale. À mon sens, le concept « la Ceinture et la Route » partage de nombreuses similitudes avec l’idée de bâtir une « communauté d’Asie de l’Est », à la différence que le programme de Xi Jinping est encore plus ambitieux. Je me réjouis de voir que ces deux projets prennent une même direction.

 

Les projets « la Ceinture et la Route » et la « communauté d’Asie de l’Est » cherchent à parvenir au même résultat par des moyens différents, mais tous enracinés dans la coopération entre les différentes nations, afin d’amener le développement économique dans les pays en développement. Entre-temps, le président Xi Jinping a clamé haut et fort qu’il fallait construire une communauté de destin pour l’humanité, un moyen efficace pour parvenir à la paix. Le monde prend la forme d’une communauté de destin où chacun doit coopérer pour faire advenir une situation gagnant-gagnant. Je suis amplement d’accord avec cette idée. Le projet consistant à fonder la « communauté de l’Asie de l’Est » en vue d’instaurer un climat de paix dans cette région est d’ailleurs taillé dans le même bois.

 

Je reviens au sujet des frictions commerciales. Selon moi, le Japon et la Chine, sans oublier les États-Unis, doivent absolument entreprendre des négociations en matière économique et dans les autres domaines. L’harmonie entre le Japon, les États-Unis et la Chine est cruciale pour le monde. J’estime que le Japon devrait véritablement prendre part aux diverses interactions qui ont lieu aujourd’hui entre la Chine et les États-Unis, afin de déterminer sur cette base les méthodes visant à stabiliser les relations entre les trois pays.

 

Le président Trump continue de scander son slogan de campagne « l’Amérique d’abord ». Si les États-Unis peuvent se développer en concrétisant cette idée, alors tant mieux. Toutefois, ce n’est pas en écartant les produits chinois et japonais que les États-Unis couleront des jours plus heureux. Aujourd’hui, à l’heure où la mondialisation se développe, les barrières entre les nations disparaissent progressivement. Dans ce contexte, le peuple américain et les entreprises américaines devraient chercher à tirer leur épingle du jeu en Chine ou au Japon. Si, ce faisant, les États-Unis engrangeaient des profits colossaux, le niveau de vie général des citoyens américains augmenterait. Peut-être est-ce la véritable question à considérer à l’heure actuelle ? D’après moi, pour atteindre cet objectif, nous devrions envisager d’institutionnaliser les relations de coopération entre les trois nations. Les trois pays devront alors accomplir sans cesse de nouvelles réalisations sans se reposer sur leurs lauriers. Au moment opportun, ils devront inviter la Corée du Sud à participer aux échanges, pour réfléchir ensemble à la voie à suivre pour parvenir à l’harmonie des uns et des autres. Ce progrès aurait un impact colossal dans toute l’Asie, voire dans le monde entier.

 

 

 

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