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Ya’an et le monde : la culture comme lien

2026-11-03 14:46:00 Source: La Chine au présent Auteur: MA LI
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Du panda géant à la route du thé, Ya’an relie la Chine au monde par son écologie et sa culture. La ville transforme aujourd’hui cet héritage en une expérience partagée.

Découverte des techniques de teinture végétale en forêt 

Par MA LI, membre de la rédaction

Il y a plus de 150 ans, le naturaliste français Armand David décrivait pour la première fois le panda géant à la science, après l’avoir découvert à Dengchigou, dans le district de Baoxing, à Ya’an (Sichuan). En septembre 2026, diplomates et jeunes experts venus d’Europe, d’Afrique et d’Asie se sont retrouvés dans ces mêmes montagnes à l’occasion de la rencontre « Ya’an en dialogue avec le monde ».

Au cours de quatre jours d’immersion entre réserves naturelles, sites théicoles, vergers et villages traditionnels, les participants ont interrogé le rôle de ce territoire : comment une ville de montagne du sud-ouest de la Chine s’appuie-t-elle sur son patrimoine écologique, historique et marchand pour tisser des relations durables à l’échelle mondiale ? De ces échanges ressort une certitude : la culture demeure le plus solide trait d’union entre les peuples.

Un pont écologique

L’histoire entre Ya’an et le monde est indissociable du panda géant. Depuis les travaux du Père Armand David, la ville est devenue une fenêtre privilégiée sur le patrimoine naturel chinois.

Aujourd’hui, le rôle de la base de Bifengxia, un centre de recherche et de conservation du panda géant, a changé. Face aux critiques de certaines organisations de protection animale sur la captivité des pandas, la base s’attache à valoriser une longue pratique de recherche, d’entraînement à la vie sauvage et de réintroduction. Dans le parc, les participants étrangers n’ont pas seulement admiré les emblématiques pandas géants, ils ont aussi découvert une véritable philosophie de coexistence entre l’homme et la nature.

François Tchiegue, originaire du Cameroun, en a été profondément marqué. Selon lui, le modèle consistant à laisser les animaux vivre dans un environnement proche de leur milieu naturel tout en ouvrant le site au public s’avère inspirant pour de nombreuses régions, notamment en Afrique. Il souligne toutefois que l’échange ne doit pas rester à sens unique et exige un apprentissage mutuel. Les nombreuses photos qu’il a partagées témoignent d’une culture écologique qui dépasse la simple protection de la nature pour devenir un pont entre les peuples.

Mais la relation de Ya’an à la nature ne s’arrête pas à sa faune : elle s’incarne aussi dans une immersion végétale et sensible. C’est ce qu’a illustré le sommet sino-européen sur les bains de forêt organisé à Wanggangping en juillet 2026. La journaliste française Margot Chevestrier y a découvert la technique de teinture végétale. En observant les motifs des fleurs et des feuilles s’imprimer sur le tissu, elle y a décelé un écho à la quête d’esthétique de la mode française. Qu’il s’agisse de savoir-faire ancestraux chinois ou de création occidentale, la démarche répond à une même aspiration humaine au beau. Ici, l’écologie cesse d’être un décor à contempler pour devenir une expérience culturelle et un soin de l’âme.

Les ressources écologiques de Ya’an s’intègrent désormais à un cadre de coopération internationale alliant santé, bien-être et tourisme culturel. Elles passent ainsi d’un décor local à une expérience partagée. La protection de l’environnement et l’amélioration des conditions de vie ne s’opposent pas, elles se renforcent mutuellement, comme Ya’an s’efforce de le démontrer par la pratique.

La route du thé

Si le panda géant a fait connaître Ya’an au monde, le thé lui a permis de tisser des liens plus durables.

Le mont Mengding, l’un des berceaux de la culture mondiale du thé, porte plus de deux mille ans d’histoire et de transformation du thé. Sous les dynasties Tang (618-907) et Song (960-1279), les thés de Ya’an partaient vers l’ouest le long de l’ancienne route du Thé et des Chevaux, en échange de montures et de plantes médicinales. Cette ancienne voie commerciale constituait avant tout un axe où circulaient marchandises, savoir-faire et idées.

Lors de sa visite du musée de l’histoire du thé du mont Mengding, l’ambassadeur de la République centrafricaine en Chine, Perks Buwamba Wilfrid Emery, a été profondément touché par l’histoire de ces porteurs qui marchaient courbés sous le poids de leurs charges. Il a confié qu’ici le thé n’était pas qu’une simple boisson, mais une histoire vivante du commerce et des échanges culturels. Ces hommes ont mesuré de leurs pas la distance entre les civilisations et jeté des ponts vers la connaissance mutuelle.

Le thé invite également à un art de vivre plus serein. Dans les plantations de thé, Saffa-Woya Rogers, ministre de Sierra Leone en Chine, a cueilli avec soin les jeunes pousses, un chapeau de bambou tressé sur la tête et un panier au bras. Il a décrit une expérience inédite et apaisante, qui lui a permis de ressentir pleinement le charme de la culture du thé de Ya’an. De son côté, l’étudiante costaricienne Graciela Barrantes Quiros a appris les étapes de la fabrication du thé, notamment la fixation à haute température, le roulage et le façonnage. Chaque geste lui rappelait sa mère, grande amatrice de thé, qu’elle souhaite, un jour, emmener sur place. Ce désir témoigne de la capacité de cette culture à traverser les frontières et à resserrer les liens familiaux.

L’organisation complète de l’industrie du thé à Ya’an, de la culture à la commercialisation, a suscité l’intérêt des participants. Ce qui les attire, ce n’est pas uniquement le commerce du thé, mais aussi les échanges de technologies et la coopération industrielle. Aussi modeste soit-il, le thé passe ainsi du statut de simple produit de montagne à celui de vecteur de développement partagé.

Des invités participant à l’événement « Ya’an en dialogue avec le monde » visitent la base de Bifengxia.

Le développement partagé

Les liens entre Ya’an et le reste du monde remontent à la dynastie Han (202 av. J.-C. - 220 apr. J.-C.). L’ancienne route de Yandao, dans le district de Yingjing, était un carrefour important de la route de la Soie méridionale. Cette région était depuis longtemps intégrée aux réseaux du commerce et de la civilisation.

Deux mille ans plus tard, ces flux prennent un nouveau sens. Dans un verger du bourg de Jiuxiang, dans le district de Hanyuan, le ministre conseiller de Côte d’Ivoire en Chine, Tia Glegnini Gabriel, s’est informé sur la sélection et la commercialisation des fruits. Son attention s’est portée sur la manière dont une culture standardisée et une chaîne de valeur complète parviennent à sécuriser le revenu des agriculteurs. Représentant un pays majeur dans la production de cacao et de café, il estime que l’expérience de Ya’an gagne à être partagée à travers des partenariats techniques et agricoles.

Cette démarche illustre une conviction profonde : un échange international fructueux ne se limite pas au simple commerce de produits ; il implique une coopération en matière de technologies, de formation et de marchés. Autrefois, Ya’an faisait circuler ses marchandises aux quatre coins du monde ; aujourd’hui, la ville souhaite que ses techniques et son expérience prennent racine dans les pays partenaires de la Chine, afin que les populations locales puissent elles aussi se donner les moyens de construire une vie meilleure.

Au terme du séjour, les participants sont repartis avec des souvenirs durables de ces paysages et ont affirmé leur désir de revenir en famille. Quatre jours ont suffi pour renouveler leur regard porté sur Ya’an. Connue pour ses pandas géants et ses thés acheminés le long des routes ancestrales, la ville transforme désormais sa préservation environnementale, son patrimoine culturel et son essor industriel en un modèle d’échange concret et accessible au monde.

 

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