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Au rythme des prairies

2026-09-30 14:23:00 Source: La Chine au présent Auteur:
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Le système nomade en prairies d’Ar Horqin, où des éleveurs entretiennent une relation étroite avec leur terre, est vivant et en évolution constante.

 

Transhumance d’un cheptel entre les campements d’hiver et d’été

Par YAO YUCHEN*

Dans la bannière d’Ar Horqin à Chifeng, dans la région autonome de Mongolie intérieure, s’étendent de vastes prairies naturelles. Les bergers mongols, qui y vivent depuis des générations, déplacent leurs troupeaux au fil des saisons en fonction des précipitations et de la végétation. Ils perpétuent ainsi un système nomade unique, premier patrimoine agricole de ce type en Chine reconnu comme un Système ingénieux du patrimoine agricole mondial (SIPAM). Il offre un modèle remarquable d’élevage animal durable et de gestion des pâturages fragiles.

Lien fort entre la nature et l’homme

La zone centrale de ce système s’étend sur 4 141 km2 à Bayan-Undur, un territoire prisé depuis toujours par les peuples nomades pour la chasse et le pastoralisme. Elle dispose de forêts, de prairies, de zones humides et de rivières telles que la Heiha’er et la Sujin qui fournissent une source d’eau aux troupeaux et enrichissent la biodiversité locale.

L’essence de ce système repose sur l’interdépendance harmonieuse entre les éleveurs, le bétail et le milieu naturel. Plutôt que de s’implanter de manière fixe, les éleveurs déplacent le bétail selon les saisons, ce qui permet la régénération des pâturages et prévient la dégradation et la désertification causées par le piétinement. Les bêtes se nourrissent d’herbes fraîches et fertilisent le sol en retour. Les prairies et les cours d’eau permettent de définir l’étendue du pâturage, créant ainsi un équilibre dynamique.

Contrairement au pastoralisme sédentaire, le pâturage saisonnier est synchronisé avec les cycles naturels. Déplacement à la fin du printemps, engraissement en été, retour à la fin de l’automne et mise à l’abri du froid en hiver : chaque étape s’aligne sur le rythme de croissance des prairies. Cette approche, qui consiste à exploiter les ressources au moment opportun et avec modération, garantit non seulement aux troupeaux un approvisionnement alimentaire suffisant tout au long de l’année, mais permet également aux différentes zones de pâturage de se régénérer à tour de rôle.

Installation d’une yourte pour le campement d’été

Sagesse de la transhumance

Des siècles de vie nomade ont donné naissance à des pratiques de transhumance bien éprouvées. Chaque été, les éleveurs empruntent les routes de l’est, du centre et de l’ouest pour conduire leurs troupeaux vers six zones de pâturages situées à plus d’une centaine de kilomètres. Maîtrisant la cartographie des points d’eau et les phases de pousse, ils ajustent leur parcours selon le niveau des pluies. À cette gestion de l’espace s’ajoutent des savoirs transmis de génération en génération, comme le pâturage séparé, la protection lors de la mise bas ou la sélection génétique. Ces pratiques assurent la reproduction stable du bétail et constituent le noyau du système de connaissances pastorales.

La transhumance est aussi portée par une dimension culturelle folklorique. Les yourtes et les charrettes lele, qui servent d’habitations mobiles aux éleveurs, sont conçues pour être montées et démontées aisément, répondant aux besoins liés à la migration. De plus, les rituels traditionnels, tels que le culte des ovoo et les prières pour les déplacements, témoignent du respect des hommes pour la nature. Les chants pastoraux et la broderie traditionnelle enrichissent également ce patrimoine immatériel.

Les éleveurs ont également développé un consensus sur la gestion et la protection des pâturages, préservant ainsi les sources d’eau et respectant l’ordre des déplacements du bétail. Pour de nombreuses familles d’éleveurs, la transhumance est un engagement annuel immuable : les aînés guident les jeunes pour leur faire découvrir les itinéraires et leur apprendre à reconnaître les pâturages, assurant la transmission des traditions et préservant cette richesse patrimoniale précieuse.

Scène de la vie nomade

Évolution de la pratique ancestrale

Aujourd’hui, ce pastoralisme est confronté à des défis concrets : la dégradation des prairies, la rupture dans la transmission des savoir-faire anciens et l’exode des jeunes. Pour y répondre, les autorités locales combinent préservation des coutumes et innovations institutionnelles et numériques, favorisant la protection des écosystèmes et l’augmentation des revenus des bergers.

Des mesures de gestion ciblées permettent désormais d’équilibrer le nombre de bêtes et les capacités du terrain, en alternant zones d’interdiction et pâturage tournant. Des solutions numériques ont également été déployées pour la conservation : des dispositifs de comptage intelligents surveillent les flux de transhumance, tandis qu’une plateforme de mégadonnées analyse la pousse de l’herbe pour orienter les éleveurs avec précision.

Sur le plan économique, la région valorise sa production via l’élevage biologique et une indication géographique protégée pour ses viandes bovines et ovines. Parallèlement, le développement d’un tourisme écoresponsable, articulé autour de l’immersion nomade et de découvertes culturelles, permet de diversifier les sources de revenus sans dénaturer le mode de vie local.

Les conditions de vie des éleveurs s’améliorent grâce à des relais de services offrant ravitaillement, soins médicaux et entretien de matériel. Des puits profonds dans les pâturages sécurisent l’accès à l’eau pour les éleveurs comme pour leur bétail et l’usage de pick-up ou de drones facilite la surveillance des animaux.

Valeurs contemporaines

En tant qu’exemple vivant et précieux de patrimoine nomade à l’échelle mondiale, ce système constitue une référence importante pour la conservation et le développement d’autres zones pastorales semi-arides.

Le pâturage tournant propose une solution adaptée aux écosystèmes fragiles des prairies. En s’appuyant sur un équilibre dynamique entre l’homme et son milieu, cette méthode garantit le maintien des activités économiques locales tout en préservant la biodiversité et la stabilité des sols. En tant que vecteur vivant de la civilisation pastorale mongole, ce système préserve un ensemble intact de savoirs pastoraux, de traditions populaires et de valeurs spirituelles. Il s’affirme ainsi comme une composante importante de la culture chinoise, caractérisée par sa diversité et son unité.

La démarche de modernisation engagée à Ar Horqin démontre qu’une filière traditionnelle peut s’adapter aux critères économiques actuels sans rien perdre de son authenticité. En misant sur la durabilité, la labellisation des produits et le tourisme vert, la région permet aux bergers de vivre décemment de leur travail tout en restant sur leurs terres, créant un cercle vertueux entre protection de l’environnement et bien-être social.

Les enseignements tirés d’Ar Horqin dépassent largement ses frontières et s’adressent à de nombreuses régions semi-arides du globe. Sa gestion intelligente des ressources naturelles, son alliance entre savoir-faire ancestraux et technologies modernes, ainsi que la participation active des habitants à la gouvernance locale, tracent une voie d’avenir pour la valorisation dynamique des patrimoines agricoles mondiaux.

Aujourd’hui, Ar Horqin poursuit activement ses efforts de restauration écologique des prairies, de transmission des savoir-faire pastoraux et de protection des ressources génétiques. Loin de s’effacer face à la modernité, ces traditions nomades séculaires se trouvent revitalisées grâce à un équilibre délicat entre héritage et innovation.

 

*YAO YUCHEN est journaliste à China.org.cn.

 

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