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L’or rose des montagnes

2026-08-04 19:02:00 Source: La Chine au présent Auteur: LIU CHANG, membre de la rédaction
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Au pied du mont Jiajin, sur des terres chargées d’histoire, s’étendent aujourd’hui des champs de roses à perte de vue. 

Les champs de roses d’altitude du district de Xiaojin offrent un paysage féerique.

Le 26 juin 2026, la 7e édition du Festival de la rose d’altitude s’est ouverte dans le district de Xiaojin, dans la préfecture autonome tibétaine et Qiang d’Aba (Sichuan). Au cœur des vastes champs de roses, des aînés de l’ethnie tibétaine Jiarong entonnent des prières de bénédiction, tandis que les villageois, des roses à la main, forment un cercle autour d’eux pour implorer ensemble la montagne enneigée d’accorder une récolte abondante. À l’issue de la cérémonie, villageois et visiteurs se mêlent dans la danse Guozhuang, et leurs rires s’élèvent dans le vent.

Chaque été, cet événement attire à Xiaojin des experts en agriculture, des responsables des industries agroalimentaires et cosmétiques, des professionnels du tourisme et des producteurs de roses venus de toute la Chine. Peu de gens imagineraient que ce lieu, aujourd’hui embaumé par les roses, peinait encore à se nourrir il y a une quinzaine d’années. Cette métamorphose a été déclenchée par une femme, aiguillée par... les sangliers.

Une ouvrière s’affaire dans l’atelier de transformation des roses d’altitude.

Une filière née des ravages des sangliers

Chen Wanghui vit à Maoshui, un village de l’ouest du Sichuan, à près de 3 000 m d’altitude, juste au pied du mont Jiajin. Les pentes abruptes et la pauvreté de la terre n’offraient autrefois que de maigres récoltes de pommes de terre, de blé et de fèves. Pour ne rien arranger, les villageois devaient faire face à un fléau permanent : les raids répétés des sangliers qui dévastaient les cultures.

En 2011, Mme Chen est élue directrice du comité des villageois. En arpentant les parcelles endommagées avec les habitants, un détail attire son attention : quelques rosiers sauvages sont restés intacts. « Les roses ont des épines, les sangliers n’y touchent pas. » Une idée germe alors : et si la rose devenait leur nouvelle source de revenus ? En se renseignant, elle découvre que la fleur est comestible, qu’elle est utilisée en médecine, et que son huile essentielle est surnommée « l’or liquide ». Qu’importe la fortune, se dit-elle, pourvu que cela rapporte plus que les pommes de terre et le blé.

Déterminée à maîtriser cette culture, elle entame un périple à travers huit provinces, du Gansu au Shandong, en passant par le Yunnan. Malgré la maladie et l’épuisement, elle enchaîne les trajets en car, en pousse-pousse et même en tracteur pour étudier les techniques les plus pointues. Ses recherches la conduisent à sélectionner la rose de Damas, une variété particulièrement résistante au climat rude de Xiaojin. En 2013, elle fonde une coopérative de culture de roses avec les villageois. Les débuts sont difficiles : « Les roses, ça ne se mange pas », objectent les paysans. Pour les rassurer, elle plante ses propres parcelles, distribue des plants gratuitement, explique patiemment les techniques de culture et les perspectives de marché, et promet d’aider à résoudre chaque problème rencontré. Dans les moments les plus durs, elle va jusqu’à vendre sa maison et sa boutique en ville à l’insu de son mari. Devant une telle force de conviction, ce dernier finit par céder et devient son plus fidèle allié.

En 2016, les efforts de Mme Chen portent enfin leurs fruits. Les champs de Maoshui se couvrent d’une récolte abondante, redonnant l’espoir et le sourire aux villageois. Élue secrétaire de la cellule du Parti du village la même année, Mme Chen voit la culture de la rose s’étendre à tout le district. Les témoignages des cultivateurs parlent d’eux-mêmes : « Avant, avec les pommes de terre, on gagnait à peine quelques centaines de yuans par mu (1 mu = 1/15 ha). Maintenant, avec les roses, on en tire plusieurs milliers, parfois dix mille. On doit vraiment remercier Mme Chen, “la Grande sœur aux roses”. »

Le tri des roses dans l’atelier de transformation

La métamorphose d’une fleur

Mais Chen Wanghui comprend rapidement que la simple culture des roses ne suffit pas. Pour pérenniser l’économie locale, il faut transformer la matière première sur place et accroître sa valeur ajoutée. La rose révèle alors tout son potentiel : huile essentielle, hydrolat, masques, boutons séchés, confiture, biscuits viennent enrichir une gamme toujours plus variée.

Selon Zhao Huaxiang, vice-président de la branche des industries aromatiques de la Fédération mondiale de la médecine traditionnelle chinoise, le district de Xiaojin abrite les plus hautes plantations de roses qu’il ait jamais vues. « L’alliance d’un ensoleillement intense, de forts écarts de température et d’un air d’une pureté totale offre une floraison prolongée. Le résultat est une rose d’altitude à la fragrance exceptionnellement riche et généreuse. »

Aujourd’hui, les plantations couvrent 15 000 mu dans le district, réparties sur 13 cantons et 46 villages, pour une gamme d’une trentaine de produits transformés et de sept marques déposées. Cette montée en valeur profite directement à plus de 3 700 familles, dont 1 200 faisaient autrefois partie des plus démunies.

Chen Wanghui (3e g.) et des exploitantes posent lors de la 7e édition du Festival de la rose d’altitude. (PHOTOS : CHEN WANGLUN)

Du mont Jiajin à la Bulgarie

Une fois le marché local conquis, Mme Chen voit plus loin. En 2023, elle s’envole pour la Bulgarie, le pays de la rose. Sur place, la qualité de l’huile essentielle de Xiaojin séduit les experts locaux et débouche sur un premier contrat d’exportation. Elle poursuit son voyage commercial en Turquie, au Maroc et en France pour ouvrir de nouvelles portes. Aujourd’hui, les roses de Xiaojin s’exportent au Japon, en République de Corée, en Bulgarie et ailleurs encore.

Présente lors du dernier festival, Zhou Wanqing, présidente de la branche chinoise du groupe français Robertet, s’est dite impressionnée par le développement de la filière. « Pouvoir sortir de la pauvreté grâce à la rose, dans un tel environnement, force le respect. Nous espérons collaborer à l’avenir. »

Alors que l’industrie prenait son essor, les villages ont radicalement changé. Au pied du mont Jiajin, là où l’Armée rouge chinoise avait jadis traversé les neiges durant la Longue Marche, s’étendent aujourd’hui des champs de roses. Mme Chen Wanghui a su faire de ce paysage une destination à part entière en y mêlant culture tibétaine et rose : sentiers de randonnée, ateliers de distillation, hébergements d’inspiration Jiarong. De juin à août, à la floraison, les roses et les sommets enneigés offrent un tableau contrasté qui attire des visiteurs de toute la Chine.

D’abord prise pour une rêveuse, puis surnommée « Grande sœur aux roses », Chen Wanghui a tracé son chemin pendant plus de dix ans. Discrète, elle a préféré miser sur la qualité. Cette obstination silencieuse a fini par payer : une fleur a changé un district, une industrie fait désormais vivre des milliers de foyers, et le parfum des roses du mont Jiajin rayonne aujourd’hui à travers le monde.

 

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