
Le robot « Zhiyin » dirige un orchestre lors du concert du Nouvel An au Centre artistique du Jiangxi, le 28 décembre 2025.
Dans un centre commercial de Wangfujing à Beijing, un robot humanoïde du fabricant chinois Galbot interagit de manière naturelle avec les clients tout en accomplissant des tâches pratiques, telles que saisir et remettre des articles en rayon de façon autonome.
Les robots humanoïdes s’affirment ces dernières années comme un pilier de l’innovation technologique mondiale. Grâce à l’intelligence artificielle (IA) et à la robotique avancée, ils occupent des fonctions de plus en plus variées.
La Chine apparaît comme un acteur clé de cette course technologique. Le pays profite d’un écosystème unique pour dominer le secteur : une innovation rapide, une chaîne d’approvisionnement robuste et des scénarios d’application riches.
Alimenté par l’IA
Depuis quelques années, l’IA incarnée représente une approche innovante de la recherche : l’intelligence n’est plus cantonnée à l’espace numérique, mais se crée par l’intégration dans des systèmes physiques et l’interaction active avec le monde réel. Le robot humanoïde est considéré comme la forme la plus aboutie.
Autrefois, la méthode traditionnelle de contrôle reposait sur des modèles mathématiques et physiques. On décomposait les mouvements du robot en équations introduites dans son « cerveau », un peu comme un manuel d’instructions dictant quel pied mettre en avant, quelle force appliquer ou dans quelle direction se pencher. Les avions et les automobiles sont traditionnellement contrôlés de cette manière. L’avantage de cette approche réside dans sa prévisibilité : on comprend pourquoi la machine bouge et d’où proviennent les erreurs.
Mais ses limites sont tout aussi évidentes face à un monde réel changeant. Quelle que soit la précision du modèle, des variables comme un sol glissant ou un choc imprévu rendent le robot impuissant. À l’inverse, grâce à une capacité d’apprentissage basée sur l’IA, celui-ci est en mesure d’adapter ses comportements selon les contextes.
Essor fulgurant
Au cours de l’année écoulée, les start-ups spécialisées dans cette industrie se sont multipliées, avec l’arrivée sur le marché de grandes entreprises Internet, de fabricants de semi-conducteurs et de constructeurs de véhicules à énergie nouvelle. Selon le Rapport sur le développement chinois 2025 publié par le Centre de recherche sur le développement du Conseil des Affaires d’État, la valeur du marché de l’IA incarnée devrait dépasser 1 000 milliards de yuans d’ici 2035, favorisant des progrès fulgurants dans de multiples domaines, notamment la logistique, les transports, la fabrication industrielle et les services.
Les avancées technologiques ont permis l’émergence de robots humanoïdes de plus en plus sophistiqués. En avril 2025, le premier semi-marathon de robots humanoïdes s’est déroulé à Beijing, avec la participation d’une vingtaine d’entreprises.
Tiangong Ultra, développé par le Centre d’innovation des robots humanoïdes de Beijing, a remporté la compétition avec un temps de 2 h 40 min 42 s, démontrant la faisabilité technique de la marche bipède, de l’endurance sur longue distance et de l’adaptation à des terrains complexes. En janvier dernier, Unitree Robotics a montré que son robot Unitree H2 est capable d’exécuter avec aisance des mouvements complexes, tels que des sauts périlleux et des coups de poing sur des sacs de sable, illustrant les progrès significatifs des algorithmes de contrôle.
Au niveau régional, les villes poursuivent des stratégies différenciées. La région de Beijing-Tianjin-Hebei tire parti de sa concentration de ressources en matière d’innovation scientifique et technologique. La région du delta du Changjiang met l’accent sur la construction de centres de formation aux données et de plateformes technologiques open source. La région du delta de la rivière des Perles, s’appuyant sur ses atouts en matière de fabrication et son grand marché de consommation, se concentre sur le développement de robots destinés au secteur des services.
Sur le plan international, les entreprises chinoises s’imposent sur un marché auparavant dominé par les États-Unis et le Japon, pionniers de la recherche sur les robots humanoïdes. Le tout premier robot humanoïde WABOT-1 a été inventé à l’Université Waseda en 1973 au Japon. L’entreprise américaine Tesla a annoncé la commercialisation de son robot humanoïde Optimus Gen 3 d’ici 2027. La Chine possède son propre avantage : la chaîne d’approvisionnement la plus complète au monde, avec un taux croissant de production locale pour les composants clés, tels que les capteurs et les puces. Des acteurs comme Unitree, grâce à leur chaîne d’approvisionnement dans la fabrication des robots quadrupèdes, disposent d’un avantage concurrentiel majeur en matière de robots humanoïdes.
Perspectives ambitieuses
Dans l’optique d’une production de masse, les entreprises chinoises cherchent à élargir le champ des applications de leurs technologies.
Fin 2025, Galbot a lancé un projet ambitieux prévoyant le déploiement de plus de 1 000 unités. Parallèlement, UBTech a annoncé la production de son 1 000e robot humanoïde industriel, le WALKER S2. L’entreprise basée à Shenzhen se fixe aussi un objectif audacieux de porter sa capacité de production à 10 000 unités en 2026.
L’application des robots humanoïdes suit une trajectoire prometteuse. Elle a débuté dans les usines industrielles, où ils optimisent les processus de fabrication et améliorent l’efficacité opérationnelle, avant de s’étendre aux services commerciaux, tels que l’accueil, les visites guidées ou la sécurité publique. À ce titre, fin 2025, Engine AI Robotics Technology a reçu plus de
3 000 commandes pour des robots de patrouille, illustrant leur potentiel pour améliorer la qualité des services offerts dans des environnements variés.
À terme, les robots humanoïdes sont appelés à devenir des acteurs importants dans les milieux domestiques, hospitaliers et de l’assistance aux personnes âgées, bien que cela reste en phase exploratoire à ce jour. Les obstacles demeurent nombreux, notamment la complexité des foyers (désordre, présence d’enfants ou d’animaux de compagnie) et la diversité des tâches ménagères, comme la cuisine ou le nettoyage. Malgré les inquiétudes persistantes liées à la sécurité et à l’éthique, nous pouvons encore imaginer qu’un jour, ces machines transformeront notre inter-action avec notre environnement quotidien, apportant des bénéfices significatifs tant pour les particuliers que pour les entreprises.