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TikTok, une application vraiment dangereuse ?

2020-09-02 18:25:00 Source:La Chine au présent Auteur:THOMAS SCOTT-BELL
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Le 26 mai 2020, à New York, l’actrice Marie Zaccagnino (à g.) et le musicien Sean Sheridan enregistrent une vidéo sur TikTok avec leur smartphone devant le pont de Brooklyn. 


 
TikTok est la dernière entreprise chinoise en date à être entraînée dans la guerre technologique de Washington contre Beijing. Mais pourquoi le gouvernement américain pense-t-il que TikTok est dangereux et comment les actions de l’entreprise se comparent-elles aux autres applications opérant sur le marché actuel ?

 

De nombreuses factions se sont retrouvées mêlées à l’escalade des tensions entre les États-Unis et la Chine.

 

Les agriculteurs et les hommes d’affaires ont perdu des milliards de dollars en commerce, et les pays ont été contraints de choisir leur camp, créant ainsi des tensions inutiles à une époque d’instabilité croissante.

 

Mais les dernières et plus étranges victimes de la détérioration de ces relations sont les près de 130 millions de citoyens américains qui ont téléchargé TikTok, la simple mais populaire application de partage de vidéos. Pour la plupart des gens, celle-ci est une source de plaisir et d’amusement, qui en a diverti beaucoup durant les longues et difficiles heures du confinement, avec ses vidéos d’adolescents faisant du « lip sync » (synchronisation labiale), ses farces outrancières, ses aspirants sorciers volant avec des balais magiques faits maison.

 

Mais le gouvernement américain pense que c’est quelque chose de bien plus sinistre.

 

Au cours des derniers mois, les États-Unis ont intensifié leurs critiques à l’égard de l’application et ont menacé de la bannir pour des raisons de sécurité nationale. En juillet, le président américain Donald Trump a lancé un certain nombre de campagnes publicitaires, désormais supprimées, avertissant que TikTok « espionne » les Américains ; et le secrétaire d’État américain Mike Pompeo a profité de sa récente tournée européenne pour répéter que les données des utilisateurs de TikTok « finiront dans les mains du Parti communiste chinois ».

 

Le candidat démocrate à la présidence, Joe Biden aurait même demandé aux membres de son équipe de campagne de retirer l’application de leurs téléphones personnels et professionnels, un signe de la dimension importante qu’a prise cette question marginale. Alors, comment une application sociale de toute évidence inoffensive s’est-elle retrouvée mêlée à une telle controverse, et ses utilisateurs devraient-ils la supprimer immédiatement de leur téléphone ?
 
 

 

Pourquoi les États-Unis veulent-ils interdire TikTok ?

La quasi-totalité de l’affaire du gouvernement américain contre TikTok provient de la structure de la société propriétaire.

 

L’application appartient à ByteDance, un géant technologique de premier plan en Chine. Washington affirme que les liens des applications avec la Chine la rendent dangereuse. Washington craint que cela ne permette que les données des utilisateurs de TikTok soient exfiltrées vers le gouvernement chinois sans leur permission.

 

D’autres allégations contre l’application incluent la quantité excessive de données qu’elle collecte auprès de ses utilisateurs. Selon les enquêtes menées sur l’application, TikTok collecte des informations dans quatre domaines clés :

 

— Quelles vidéos sont regardées et commentées ;

 

— Les données de localisations ;

 

— Quel modèle de téléphone et quel système d’exploitation sont utilisés ;

 

— Les rythmes des caractères saisis quand les utilisateurs écrivent.

 

L’application a également accès aux presse-papiers des téléphones portables, ce qui signifie qu’elle peut régulièrement lire ce que les utilisateurs copient et collent, y compris les mots de passe, les adresses de portefeuille de cryptomonnaie, les liens de réinitialisation de compte et les messages personnels.
 
 

 

Les autres applications ne le font-elles pas également ?

 

Ces accusations donnent un air suspect à TikTok, en particulier en ce qui concerne la manière dont il gère les données de ses utilisateurs et y accède. Si n’importe quelle autre entreprise faisait la même chose, elle serait sûrement soumise à un examen approfondi similaire. Sauf que ce n’est pas le cas.

 

Selon une enquête menée en mars par des chercheurs en sécurité, dont l’expert du presse-papier Tommy Mysk, il s’avère que 53 applications étaient impliquées dans des pratiques similaires à TikTok en ce qui concerne l’accès au presse-papier. Des applications de médias comme Reuters, le New York Times, Russia Today et BBC News, ou d’autres types comme Fruit Ninja, PlayerUnknown’s Battlegrounds, Plants vs Zombies et Viber étaient impliquées dans des actes similaires, mais auxquelles on a peu ou pas prêté attention. Et il y a bien d’autres exemples.

 

C’est à une relation aux données semblable que TikTok veut accéder. Facebook et Google accèdent à des types de données similaires à ceux demandés par TikTok, selon Randy Magiera, expert en cybersécurité et professeur à l’université Tulane.

 

« Selon la politique de confidentialité de TikTok, l’application collecte des éléments communs tels que votre nom, adresse e-mail et adresse IP », a-t-il déclaré dans une interview avec Newsy. « Ce sont des choses communes, des types communs de données à collecter. Vous verrez que beaucoup d’applications, Facebook, Google et autres, les collectent. »

 

Des liens avec le gouvernement chinois exagérés

Les accusations selon lesquelles le gouvernement chinois pourrait accéder aux données des utilisateurs ont également été largement surestimées, d’après les porte-paroles de la société, qui ont répété à maintes reprises que toutes les données primaires américaines étaient conservées aux États-Unis et pas en Chine. L’exfiltration des données et l’espionnage sont des problèmes techniques, qui laisseraient aux analystes un fil d’Ariane numérique à suivre et pourtant, aucun n’a été trouvé. L’entreprise de sécurité californienne Proofpoint a déclaré cette année qu’elle n’avait « rien trouvé qui indique une activité malveillante » de TikTok.

 

Mais bien que TikTok ne puisse pas envoyer des informations à l’étranger, cela ne veut pas dire qu’il n’est pas soumis à l’obligation de transmettre des données aux forces de l’ordre américaines en vertu du Freedom Act de 2015, comme d’autres entreprises opérant aux États-Unis, ce qui se produit de plus en plus fréquemment.

 

Selon le rapport de transparence de Facebook, les demandes de données du gouvernement américain ont continué d’augmenter en 2019, avec 51 121 cas enregistrés entre juillet et décembre 2019. C’est une augmentation par rapport aux 50 741 cas signalés au début de 2019 et c’est le plus élevé de tous les rapports depuis le début de leur publication en 2013. D’après Facebook, 88 % des demandes de données étaient assorties d’une interdiction de divulgation, l’entreprise se voyant interdire d’évoquer publiquement l’identité des personnes ciblées par les demandes.

 

Des tensions plus grandes en jeu

 

Cela signifie que, loin d’aider et d’encourager un espionnage financé par quelque gouvernement que ce soit, TikTok est simplement « une plateforme qui inspire la créativité et apporte de la joie à des centaines de millions de personnes dans le monde ». Mais il se retrouve de plus en plus empêtré dans une toile de désinformation alors que les tensions entre les États-Unis et la Chine s’intensifient dans tous les domaines, parmi lesquels la technologie, la diplomatie, la sécurité et le commerce.

 

On craint de plus en plus qu’à l’instar de Huawei et d’autres concurrents technologiques de Chine, les États-Unis essaient de lui imposer des sanctions ou de le couper entièrement de son marché. Reste à voir comment les États-Unis procèderaient, l’avocat spécialisé en cybersécurité Jeff Poston ayant déclaré : « Notre forme de gouvernement n’est pas faite pour autoriser au pouvoir exécutif d’interdire simplement les entreprises qui le contrarient. »

 

Cependant, pour ses 130 millions d’utilisateurs américains, retirer TikTok du marché serait un incroyable retournement de situation, l’application ayant apporté du plaisir, de l’amusement et une récompense financière à beaucoup de personnes. Le fait qu’une application célèbre pour sa synchronisation labiale puisse être entraînée dans un tel conflit semble ridicule, bien qu’une grande partie du conflit entre les États-Unis et la Chine le soit effectivement.

 

*THOMAS SCOTT-BELL est éditorialiste pour China Focus.

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