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Saint-Gobain Asie-Pacifique surfe sur la reprise économique chinoise

2020-07-03 16:41:00 Source:La Chine au présent Auteur:JULIEN BUFFET
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Le directeur général de Saint-Gobain Asie-Pacifique Javier Gimeno était au cœur de la tempête de l’épidémie virale qui a frappé la Chine pendant les deux mois qui resteront les plus longs de l’année 2020, de février à mars. Le témoignage qu’il apporte sur cette épreuve et la période post-épidémique en Chine est édifiant.

 

Alors que les futurs dégâts économiques du COVID-19 font planer l’incertitude en Europe et aux États-Unis, l’économie chinoise montre une résilience et une souplesse synonymes d’attractivité pour les groupes étrangers. Pour preuve, l’ambassade de France en Chine et Business France ont organisé un webinaire le 4 juin consacré aux meilleurs moyens de profiter de la reprise économique chinoise. À l’aune de la pandémie, l’expérience de Saint-Gobain en Chine montre la réussite d’un modèle de développement industriel résistant aux aléas de la mondialisation.

 

Une entreprise réactive et responsable
 
Saint-Gobain Asie-Pacifique se distingue avant tout par son bilan humain puisqu’aucun employé n’a été infecté. Non seulement l’entreprise a mis en place un plan d’action pour répondre à l’urgence sanitaire, mais elle a aussi su gérer l’après-crise avec des campagnes de tests volontaires et gratuits tous négatifs. « Rien de pire que de traiter nos équipes comme si elles étaient des enfants. Le type de message “Unis nous vaincrons” ne suffit pas et doit s’accompagner d’une analyse claire, rationnelle et objective de la situation », explique Javier Gimeno. Au cœur de cette analyse, c’est la responsabilité sociale de l’entreprise qui a guidé son efficacité en étroite relation avec le gouvernement chinois : don de matériel sanitaire pour les personnes en difficulté, donation de fonds à l’institut Pasteur de Shanghai, facilités de paiement pour les clients chinois, dispositif assurant la disponibilité de la main-d’œuvre dans les métiers clés aux procédés de fabrication.

 

Toutefois, Javier Gimeno reconnaît que « Saint-Gobain a été lourdement impacté par la crise du nouveau coronavirus pendant tout le mois de février où nous avons eu un vrai trou dans l’activité parce que la plupart de nos usines ont dû s’arrêter faute de demande ». La priorité a donc été d’assurer un niveau de liquidité suffisant pour traverser cette période compliquée en mettant en sommeil les investissements et en contrôlant de manière draconienne les dépenses opérationnelles et les besoins en fonds de roulement. Ainsi, dans son rapport financier publié le 6 mai, Saint-Gobain faisait état d’une baisse de 12,7 % de ses ventes dans la région Asie-Pacifique, soit la plus importante des cinq zones géographiques que compte le groupe. Si certains secteurs continuent de souffrir aujourd’hui, comme l’automobile, les premiers signes de la reprise sont apparus très tôt dès la mi-mars pour ensuite prendre une ampleur fulgurante dès la mi-avril dans la plupart des autres métiers de l’entreprise qui ont retrouvé leur niveau de 2019. Certains métiers comme le gypse où les sciences de la vie ont même réussi la prouesse de dépasser leur niveau par rapport à la même période en 2019. Depuis, la tendance ne fait que se confirmer en mai et en juin, ce qui fait dire à Javier Gimeno que « très franchement, la crise est derrière nous que ce soit sur le plan sanitaire ou sur le plan de l’activité. Aujourd’hui, je suis extrêmement positif par rapport à notre capacité à faire une année plus que correcte ».

 

L’apparition des cas de COVID-19 en juin dernier à Beijing n’est d’ailleurs pas de nature à remettre en cause la confiance de Javier Gimeno dans les facteurs internes du rétablissement de l’économie chinoise et de Saint-Gobain Asie-Pacifique. À vrai dire, la crainte qui subsiste chez le directeur général de Saint-Gobain ne vient pas de la Chine mais plutôt des répercussions de la sévérité de la crise économique en Europe et aux États-Unis et « de quelle manière tout cela va impacter la Chine, dans quelle mesure cela va ralentir notre activité dans ce pays ». À ce jour, la réponse reste en suspens mais il y a des raisons d’être optimiste quand on note l’impatience des investisseurs français et étrangers de retourner en Chine le plus vite possible. Prudentes, les autorités chinoises font déjà preuve d’une grande réactivité en ayant mis en place, par exemple, une procédure de fast-track pour le retour des personnels indispensables à la reprise économique des entreprises étrangères.
 
Centre de recherche de Saint-Gobain à Shanghai

 

Le plan de relance ambitieux et réaliste de la Chine
 
Cette attractivité de la Chine prend sa source dans la crise même du COVID-19. « Vous savez, je pense que cette crise a accéléré certains phénomènes qui mettent au centre du débat la question de l’environnement, la question de la santé. La crise va aussi accélérer la digitalisation de la société. » De fait, le plan de relance de 1 000 milliards de yuans annoncé par le premier ministre Li Keqiang à l’occasion des « deux sessions » (APN et CCPCC) va dans le bon sens, selon Javier Gimeno, car il concilie les urgences du court terme avec une vision stratégique à moyen et long terme.

 

À court terme, les tensions commerciales sino-américaines et la crise sanitaire du COVID-19 ont donné une nouvelle grande impulsion à la transformation de l’économie chinoise vers un modèle tiré par la consommation intérieure en lieu et place d’un modèle auparavant dominé par les exportations. L’attention du gouvernement chinois portée à la situation de l’emploi est donc analysée par Javier Gimeno comme un signal positif qui va encourager la consommation intérieure : « Il faut donner la priorité à l’emploi pour pousser à la consommation qui est vraiment la machine qui fait tourner aujourd’hui l’économie chinoise. Je salue donc l’objectif du gouvernement chinois de créer neuf millions d’emplois en 2020. » Les entreprises tournées exclusivement vers l’exportation vont connaître, par contre, une période difficile si elles ne s’adaptent pas aux nouvelles réalités socio-économiques de la Chine.

 

À moyen et long terme, le plan de relance va encore accentuer la montée en gamme des produits chinois qui seront toujours plus compétitifs et innovants avec des investissements dans l’environnement, les infrastructures et surtout la 5G avec l’Internet des objets. Le rapport des Conseillers du commerce extérieur de la France dans la zone Asie-Pacifique dénombre en Chine pas moins de 80 innovations entre le début de la crise et le 18 mars 2020 dans les domaines de la gestion épidémiologique et de la santé pour 47 %, puis très largement dans celui du bien-être et des loisirs en raison du confinement. Javier Gimeno perçoit cette tendance comme une véritable aubaine pour Saint-Gobain : « C’est probablement la première fois, depuis 1985, où il y a un alignement presque parfait entre la proposition de valeur de Saint-Gobain et ce que la majorité de la société chinoise demande en termes de produits qui apportent du confort, du bien-être, de la santé et des solutions environnementales. »

 

Dans ces conditions, l’objectif de déficit de 3,6 % du PIB apparaît « raisonnable » selon M. Gimeno, d’autant plus qu’une fois ce chiffre mis en rapport avec l’objectif d’inflation fixé à 3,5 %, cela conduit à une prévision de croissance pour la Chine en 2020 que le directeur général de Saint-Gobain évalue à 2 %. Un chiffre qui, vu l’évolution des choses en Chine et dans le reste du monde au premier trimestre, apparaît à la fois « ambitieux et réaliste » selon M. Gimeno. C’est donc la confiance qui domine au sein de Saint-Gobain Asie-Pacifique où aucune suppression d’emploi n’est envisagée pour cette année et où l’objectif du déploiement de la stratégie de croissance rentable reste inchangé, contribuant ainsi, à son niveau, à la stabilité socio-économique de la Chine.

 

Garder le bon cap

 

Pour autant, la reprise actuelle de l’économie n’est pas une véritable surprise parmi les Chinois. Selon notre enquête menée à la fin février 2020, certains grands groupes économiques d’État et d’autres observateurs sur place considéraient que les capacités d’entraide des entreprises locales, malgré des faillites inévitables, associées aux mesures d’urgence décidées par le gouvernement central et les provinces permettraient de retrouver une situation économique normale au niveau national dès le mois de mai et de stabiliser l’année 2020 grâce au rebond de la consommation. Les facteurs d’optimisme et de confiance manifestés par la population à l’égard du gouvernement central au fil des mois ont joué un rôle déterminant dans cette reprise rapide. Par ailleurs, alors que des experts jouaient les Cassandre en agitant le spectre des conséquences d’une possible rupture des chaînes d’approvisionnement en Chine sur l’activité des entreprises occidentales qui y sont implantées, une note de BNP Paribas publiée le 7 février soulignait que la focalisation sur cette question, notamment dans le cas de Saint-Gobain, pouvait « conduire à une surestimation du véritable impact macroéconomique de l’épidémie ».

 

Aujourd’hui, cette surestimation du risque s’est muée en un discours politique qui appelle, en Europe et aux États-Unis, à la souveraineté industrielle via des relocalisations, c’est-à-dire précisément la rupture de cette chaîne de production en Chine qui était considérée pourtant, quatre mois auparavant, comme le plus grand danger. Face à cette volte-face, l’incrédulité domine chez Javier Gimeno, car si des rééquilibrages sont légitimes dans le domaine de la santé ou encore au niveau de la construction de nouvelles capacités industrielles, la relocalisation massive des industries occidentales est un mirage dont il convient de se détourner. « Dans l’ensemble, ce que je crois est qu’il est tout simplement impossible de revenir en arrière. Pour relocaliser en Europe ou aux États-Unis, cela demanderait de ressources colossales et elles ne sont pas à la portée de ceux qui prétendent le faire. Cela rend impossible la mise en œuvre d’une telle idée. » L’idée confine d’autant plus à l’absurde que la Chine représente le parc industriel le plus moderne et le plus grand du monde comme le souligne Javier Gimeno.

 

En outre, cette idée détruirait justement ce qui a permis à Saint-Gobain Asie-Pacifique de traverser habilement la plus grave crise économique internationale depuis la Seconde guerre mondiale sans que sa cotation boursière n’en ressorte affaiblie par rapport à la valeur réelle de ses activités. En Europe comme en Chine, il reste important de protéger les secteurs d’activités affaiblis et considérés comme stratégiques, mais la période post-épidémique ne préfigure en rien, selon Javier Gimeno, un durcissement des relations entre l’Union européenne et la Chine au vu des investissements massifs que la Chine consent actuellement dans les technologies et l’innovation. Ce qui est vrai en économie l’est d’ailleurs aussi en politique, Emmanuel Macron plaidant maintes fois pour une UE capable de définir une position équidistante entre les États-Unis et la Chine. C’est d’ailleurs grâce aux visites régulières du président français en Chine que le Club50 de Shanghai, fondé par Javier Gimeno en mai 2019 et réunissant 50 hommes d’affaires français et chinois, a vu le jour. Rapidement, le Club50 s’est distingué par son esprit d’entrepreneur avec l’émergence de projets qui n’attendent plus qu’un retour définitif à une vie normale pour redémarrer de plus belle.

 

Plus que jamais, « nous croyons fermement dans la Chine, ce n’est pas du tout le moment de changer de cap », conclut Javier Gimeno avec son allant habituel. 
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