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Chen Zonglie : des photos pour immortaliser l’histoire

2019-06-05 10:44:00 Source:La Chine au présent Auteur:LI YUAN et GUO QING
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Chen Zonglie

 

LI YUAN et GUO QING, membres de la rédaction

 

Au début de l’année 2019, nous avons rendu visite à Chen Zonglie, photographe qui a consacré sa carrière au Tibet. Maintenant âgé de 87 ans, Chen Zonglie, qui se rappelle nettement les scènes du passé, nous a raconté avec verve ce qu’il avait vécu là-bas.

 

Chen Zonglie a été photojournaliste pour Tibet Daily et la revue Beijing Review. Il est arrivé au Tibet dès 1956 et a passé 25 années dans cette région en altitude. Comme il nous l’a confié, il chérit toujours cette expérience qui lui a donné l’opportunité d’être un témoin de la réforme démocratique au Tibet. En tant que photographe, armé de son objectif, il a enregistré cette période historique importante et unique.

 

Ses premiers pas sur le plateau tibétain
 
En 1956, Chen Zonglie, 24 ans, partit pour Lhassa dans l’idée de s’installer là-bas et de contribuer à la construction du Tibet. Néanmoins, il connaissait encore mal cette terre mystérieuse.

 

« À l’époque, le Tibet était une terre vierge avec un régime féodal de servage. Alors que j’étais en route vers le Tibet, j’avais l’intention de m’investir dans la transformation de la société tibétaine, une tâche glorieuse et ardue. La future réforme démocratique au Tibet allait s’inscrire dans la révolution de la démocratie nouvelle de la Chine. Je désirais m’installer à long terme dans cette région frontalière pour apporter ma pierre à l’édification du Tibet et servir les travailleurs tibétains », se rappelle-t-il.

 

Chen Zonglie prit d’abord le train jusqu’à Xining (capitale du Qinghai), puis un véhicule pour rejoindre Lhassa via la route Qinghai-Tibet. Lui et une vingtaine d’autres personnes montèrent à l’arrière d’un camion Dodge. À l’origine, ce véhicule appartenait à l’armée américaine et était destiné à transporter des canons. Sans siège ni prise pour se tenir dans ce camion, qui empruntait en plus des chemins cahoteux, ils mirent 21 jours pour atteindre leur destination finale.

 

Une fois arrivé sur le plateau tibétain, tout semblait nouveau aux yeux de Chen Zonglie. Dans la rue, il pouvait croiser des habitants portant des vêtements des ethnies minoritaires, des nobles suivis de serviteurs, des moines vêtus d’une kasaya... Il sortit son appareil et photographia des scènes de la vie courante propres au plateau tibétain, à une époque où le Tibet était encore hors d’atteinte pour la plupart des gens.

 

Au fil de son reportage photo, Chen Zonglie se rendit compte, avec étonnement, de la profonde misère dans laquelle vivait le peuple tibétain. « Avant d’aller au Tibet, je m’étais renseigné sur certains aspects de la vie là-bas. Mais une fois sur place, la réalité m’a bouleversé. Ces habitants vivaient dans un dénuement total. On peut dire que le Tibet, en proie à d’épineux problèmes à l’époque, était la région la plus arriérée, la plus reculée et la plus pauvre au monde. »

 

À travers son objectif, Chen Zonglie prit des clichés de pasteurs habillés de guenilles vivant dans des conditions déplorables au nord du Tibet, de langsheng (appellation des esclaves) logeant sous les toilettes de nobles, d’un serf âgé inapte au travail et moribond qui avait trouvé refuge sous une tente... En contraste, il photographia également le dalaï-lama assis dans un palanquin donné par l’empereur Shunzhi des Qing (1644-1911), des nobles hautains, ainsi que des seigneurs menant une vie de luxe.

 

Chen Zonglie se disait au fond de lui-même : « Le Tibet a besoin de réformes. Il doit changer ! »
 
Les serfs émancipés brûlent les contrats par lesquels ils se vendent.

 

Un mouvement abolitionniste retentissant dans le monde
 
Après 1959, le thème des photos de Chen Zonglie évolua. Il riva son objectif sur les serfs émancipés, qui brûlaient les contrats de vente qui avaient fait d’eux des esclaves, des paysans heureux parce qu’ils venaient d’acquérir des terres et du bétail, le premier conducteur de tracteur au Tibet... Cette année-là, la réforme démocratique du Tibet a eu un fort écho dans le monde : le régime de servage, ancré depuis plus de 1 000 ans au Tibet, fut enfin aboli !

 

En 1951, le gouvernement populaire central de la République populaire de Chine avait signé avec le gouvernement local du Tibet l’Accord en 17 points sur la libération pacifique du Tibet. L’Armée populaire de Libération était stationnée au Tibet en vue de défendre les frontières. En 1959, le Tibet réprima une rébellion visant à diviser la patrie et mit en place la réforme démocratique.

 

Selon Chen Zonglie, cette réforme démocratique a adopté une politique distincte. Les terres et biens des nobles, des seigneurs et des propriétaires des serfs qui avaient participé à cette rébellion furent confisqués et redistribués gratuitement aux serfs et esclaves ; quant à ceux qui n’y avaient pas pris part, qu’ils soient grands seigneurs ou simples propriétaires de serfs, l’État racheta leurs terres et biens et leur confia un emploi.

 

« La répression de la rébellion et la réforme démocratique au Tibet, en tant que mouvements visant à abolir le servage, ont eu des effets retentissants dans le monde. Un tel mouvement abolitionniste a eu lieu partout sur le globe, aux États-Unis, en Europe et en Afrique, commente Chen Zonglie. L’esclavagisme avait existé aussi en Chine dans les temps anciens, sous les dynasties des Xia (XXIe—XVIe av. J.-C.), des Shang (XVIe—XIe av. J.-C.) et des Zhou (XIe—221 av. J.-C.). Mais même à cette époque lointaine, les esclaves ne représentaient que 40 % de la population totale. Au Tibet, à l’époque moderne, les serfs et les esclaves représentent 95 % de la population tibétaine et le système de servage y a perduré pendant plus de 1 000 ans ! »

 

Pour Chen Zonglie, vivre et participer à ce grand tournant historique a été une expérience passionnante : « Avec le Parti et le peuple, ensemble, nous avons transformé le système social et j’ai le sentiment d’avoir accompli une glorieuse mission. J’ai été très chanceux et je reste profondément reconnaissant d’avoir archivé cette grande période au travers de mes photos. »
 
Des serfs émancipés reçoivent du bétail.

 

Des photos retraçant une histoire sans pareille

 

Pendant 25 ans, de 1956 à 1980, Chen Zonglie arpenta tout le Tibet, à l’exception de la préfecture de Ngari. Il fut témoin des grands bouleversements qui ont eu lieu au Tibet : l’abolition du régime de servage, la rébellion, la réforme démocratique, la Révolution culturelle, la 3e session plénière du XIe Comité central du Parti communiste chinois… De par ses clichés, il immortalisa la transition historique entre le « vieux Tibet » et le « nouveau Tibet ».

 

Il compte à son actif entre 20 000 et 30 000 photos du Tibet, dressant le portrait de nobles, seigneurs, pasteurs, serfs, mendiants... Des visages tantôt misérables et indignés, tantôt éclatants et joyeux... Quand nous avons demandé à Chen Zonglie comment il qualifierait le genre de ses œuvres, il a répondu : « Mes photos ne reflètent pas un style particulier et n’ont rien d’innovant. Je suis juste un photojournaliste de terrain. » Et d’ajouter : « Je ne suis pas prêt à sacrifier la réalité des faits au profit de l’art. » Un principe que lui dictèrent les photographes et révolutionnaires de la génération précédente et qu’il s’était promis de suivre.

 

Zhai Fengjian, chercheur spécialisé dans le domaine culturel, est d’avis que les photographes professionnels doivent faire preuve d’empathie et d’humanité à l’égard des sujets de leurs photos. « Nous pouvons voir que Chen Zonglie traite équitablement tous les personnages qui se retrouvent devant son objectif, qu’il s’agisse de hauts dignitaires, de serfs ou de mendiants. Ces hommes et femmes incarnent toutes sortes de revendications... Le Tibet a toujours été diversifié, et n’a jamais été un paradis. Un melting pot où se mélangeaient les civilisations et cultures venant de l’arrière-pays et de l’extérieur du Tibet. Les croyances religieuses pieuses ne pouvaient pas apporter purification de l’âme et affection de ce monde. Il y avait la souffrance, l’oppression et la révolte », a expliqué Zhai Fengjian. À travers ses photos, Chen Zonglie nous a présenté un Tibet appartenant au peuple, une contrée simple au passé chargé d’histoire.

 

En mars 2009, Chen Zonglie a fait don au Musée national de Chine de 100 œuvres photographiques illustrant le Tibet. C’est la première fois que ce musée accueillait une collection spéciale consacrée au Tibet. Le musée a organisé une exposition des clichés du Tibet pris par Chen Zonglie entre 1959 et 1980. Sur le livre d’or installé dans la salle, un visiteur a commenté : « Les photos de Chen Zonglie ouvrent pour nous une fenêtre sur le passé du Tibet. Ces clichés reflétant l’histoire touchent directement quiconque les contemple. »

 

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