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Un partenariat à réinventer

2026-09-29 17:21:00 Source: La Chine au présent Auteur: DING CHUN et WU JIWEI*
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Malgré la montée des tensions commerciales et industrielles, les relations sino-européennes restent structurées par une profonde complémentarité et un intérêt mutuel.

Des visiteurs dégustent des produits régionaux sur les stands des pays membres de l’UE lors de l’événement « Rue européenne » à Hangzhou (Zhejiang), le 18 avril 2026. 

Par DING CHUN et WU JIWEI*

Ces dernières années, les relations économiques et commerciales entre la Chine et l’Europe ont affiché une dualité complexe. D’un côté, le volume des échanges commerciaux et des investissements entre les deux parties est colossal, soutenu par une intégration poussée des chaînes industrielles et d’approvisionnement. De l’autre, à mesure que l’Union européenne (UE) renforce ses outils de défense commerciale et de sécurité économique, les préoccupations européennes sur le déséquilibre commercial et la sécurité des chaînes d’approvisionnement se font plus vives. L’approfondissement de la coopération et des ajustements structurels majeurs progressent de concert, définissant la dynamique actuelle.

Cette évolution tient à des facteurs externes tels que le ralentissement économique mondial et la recomposition des chaînes industrielles, mais elle reflète également la transformation des structures industrielles et des avantages comparatifs des deux parties. À mesure que l’industrie manufacturière chinoise monte en gamme, le modèle initial, fondé sur une division verticale du travail principalement complémentaire, cède la place à une phase inédite où la complémentarité côtoie la concurrence directe.

Une concurrence porteuse de synergies

La dynamique industrielle sino-européenne a changé de nature. Historiquement, le schéma était simple : la Chine fournissait les biens de consommation et les pièces détachées, tandis que l’Europe conservait le monopole des équipements avancés, de l’automobile, de la chimie, de la pharmacie et des services. Aujourd’hui, cette séparation s’estompe. Si la rivalité s’affirme dans les véhicules à énergie nouvelle ou les technologies vertes, elle côtoie une coopération nécessaire dans l’intelligence artificielle et la robotique avancée. La concurrence n’exclut pas le partenariat : elle redéfinit simplement les règles du jeu.

L’Europe conserve de solides atouts dans la recherche fondamentale, les logiciels industriels, la fabrication de précision, la R&D biomédicale et l’élaboration des normes. La Chine, pour sa part, dispose d’un écosystème industriel complet, de vastes scénarios d’application, de fortes capacités d’ingénierie et d’un immense marché intérieur. L’absence de superposition parfaite entre leurs domaines d’excellence fait de la convergence des avantages – via la R&D conjointe, l’investissement industriel et la synergie de marché – un choix réaliste et rationnel.

L’évaluation des fondamentaux économiques sino-européens doit donc s’affranchir des fluctuations conjoncturelles pour privilégier les tendances à long terme. La concurrence est le fruit naturel de l’ajustement industriel ; la complémentarité et le bénéfice mutuel demeurent le socle d’une coopération pérenne. Pour peu que les deux parties s’abstiennent d’ériger des rivalités sectorielles en confrontation globale et règlent leurs différends par le dialogue et dans le respect des règles, le partenariat bilatéral saura préserver toute sa résilience.

La première voiture de sport de Porsche exposée dans une boutique éphémère de la marque, au bord de la rivière Liangma, à Beijing, le 6 juillet 2026

Une coopération pragmatique aux fondations solides

La résilience de la coopération économique et commerciale sino-européenne puise ses racines dans des bases solides, illustrées par la réussite des partenariats locaux. La région du delta du fleuve Changjiang en offre un exemple parlant : Suzhou, Kunshan, Taicang et Wuxi ont forgé avec l’Europe des écosystèmes de coopération aux identités affirmées.

S’appuyant sur la demande du marché et une coopération à long terme, Kunshan a édifié un réseau industriel complet autour des composants automobiles et des équipements intelligents, tout en intensifiant son partenariat avec l’Allemagne à travers des plateformes dédiées aux PME.

Taicang abrite quant à elle plus de 560 entreprises à capitaux allemands et a introduit le modèle allemand de formation professionnelle duale, donnant naissance à quinze centres de formation ainsi qu’au premier parc industriel sino-allemand dédié à ce type d’apprentissage. Une réussite qui garantit une articulation fluide entre implantation industrielle, logistique et qualification de la main-d’œuvre.

Enfin, la zone de haute technologie de Wuxi rassemble 170 entreprises issues de l’UE, et explore de nouveaux modèles d’intégration industrielle multinationale grâce à la création d’une zone d’innovation conjointe.

Le point commun de ces initiatives réside dans la co-construction d’un écosystème articulé autour de quatre piliers : parc industriel, chaîne d’approvisionnement, vivier de talents et services publics. Les entreprises européennes tirent parti des infrastructures, de la main-d’œuvre qualifiée et de la taille du marché chinois pour optimiser leurs coûts de production et d’innovation. En retour, les entreprises chinoises assimilent des technologies de pointe et des méthodes de gestion tout en accélérant leur internationalisation.

Forte de cette assise, la coopération sino-européenne progresse vers une synergie industrielle plus profonde. Qu’il s’agisse de bâtir conjointement des centres de R&D, des plateformes d’essais ou des pôles de formation dans la décarbonation, la robotique avancée et les médicaments innovants, la coopération s’affranchit du simple échange de marchandises pour irriguer l’ensemble de la chaîne de valeur. Sur les marchés tiers, l’association des technologies, des standards et de l’ingénierie de gestion européens aux capacités d’exécution et à l’agilité logistique de la Chine ouvre la voie à des modèles novateurs.

Des employés de l’usine Siemens Energy de Hangzhou fabriquent des interrupteurs-sectionneurs destinés au réseau électrique chinois, le 28 février 2026.

Une concurrence saine pour une croissance partagée

La montée en puissance des entreprises chinoises exerce une pression d’ajustement sur certains secteurs industriels européens, alimentant au sein de l’UE les craintes d’un prétendu « choc chinois 2.0 ». Ce récit simplifie toutefois à l’extrême la complexité des défis de l’industrie, ce qui nuit tant au diagnostic qu’à la recherche de solutions durables. Les difficultés de certaines branches européennes découlent de facteurs multiples, à commencer par l’évolution de la demande mondiale, le coût de la transition énergétique et la lenteur des réformes structurelles internes. Réduire ces tensions à la seule présence chinoise relève d’une vision réductrice.

L’histoire industrielle l’enseigne : le leadership technologique et manufacturier est par nature évolutif. Si l’essor industriel de l’Europe s’est appuyé sur son marché unifié, son capital technologique et la division mondiale du travail, les progrès de la Chine procèdent quant à eux d’une politique constante d’ouverture, d’approfondissement de la coopération internationale et d’exposition aux lois du marché. L’intensification de la rivalité actuelle traduit naturellement le passage d’une division verticale du travail à une cohabitation horizontale. Pour autant, cette configuration n’a rien d’un jeu à somme nulle. Si la pression des entreprises chinoises pousse les acteurs européens à innover et à réinventer leurs modèles d’affaires, cette transition engendre des coûts légitimes qu’il faut accompagner.

Les inquiétudes de l’Europe quant à sa compétitivité sont légitimes. L’UE possède son propre agenda de réformes, qu’il s’agisse de la transition écologique, des capacités d’innovation, de l’approfondissement des marchés de capitaux ou du parachèvement du marché unique, des progrès que la Chine ne peut que saluer. Par ailleurs, si les instruments de défense commerciale maniés avec discernement dans le strict cadre de l’OMC peuvent garantir une saine émulation, un recours excessif alourdirait inutilement la facture économique, d’où la nécessité impérative de concilier ouverture et protection. En écho, les entreprises chinoises doivent renforcer leur conformité réglementaire, la protection de la propriété intellectuelle et leur ancrage local pour mieux s’aligner sur les standards du marché et du tissu social européens.

Une approche constructive exige de replacer les différends sur le terrain des règles et du marché, en traitant les questions de politique industrielle, d’accès aux marchés, de commandes publiques et de normalisation dans le cadre multilatéral de l’OMC. L’objectif est clair : éviter qu’un différend commercial technique ne dégénère en confrontation géopolitique. Parallèlement, la Chine et l’Europe ont tout intérêt à cultiver de nouveaux relais de croissance, qu’il s’agisse d’harmoniser les standards verts et numériques, de mener des projets conjoints de R&D, de fluidifier les investissements croisés, de prospecter des marchés tiers ou de soutenir les PME.

En somme, la Chine et l’Europe n’ont pas à redouter la concurrence. Tout l’enjeu réside dans la capacité à l’encadrer par des règles et à la dépasser par la coopération afin de façonner, ensemble, un avenir équilibré et mutuellement bénéfique.

 

*DING CHUN est vice-doyen exécutif du Fudan Institute of Belt and Road & Global Governance et directeur du Centre d’études européennes de l’Université Fudan.

WU JIWEI est chercheur postdoctoral au Fudan Institute of Belt and Road & Global Governance.

 

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