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Que m’a appris la Longue Marche ?

2026-09-29 15:48:00 Source: La Chine au présent Auteur: DAVID FERGUSON*
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L’esprit de la Longue Marche n’a jamais eu autant de sens que dans la Chine d’aujourd’hui.

Le site du pont de Luding (Sichuan), au sein du parc national de la culture de la Longue Marche, connaît un pic de fréquentation estival, le 4 juillet 2026. 

Par DAVID FERGUSON*

Récemment, sur les traces de la Longue Marche, j’ai accordé de nombreuses interviews. Les questions qui m’ont le plus souvent été posées sont les suivantes : « Racontez-nous votre expérience », « Comment définiriez-vous l’esprit de la Longue Marche ? » ou encore « En quoi cet esprit résonne-t-il dans la Chine d’aujourd’hui ? »

Pour être honnête, je suis arrivé dans le Jiangxi avec une connaissance très limitée de la Longue Marche. Pour moi, l’histoire ressemblait à un puzzle dont je n’avais que le cadre, la plupart des pièces du milieu manquant à l’appel. Ce voyage m’a permis d’assembler l’image globale.

J’ai pu parcourir la plupart des hauts lieux de cet itinéraire légendaire. Mon périple a d’abord été marqué par le souvenir tragique de la traversée de la rivière Xiangjiang, le théâtre du revers le plus sanglant de l’Armée rouge. Plus loin, dans le Yunnan, le paysage conserve encore la mémoire des quatre traversées de la rivière Chishui, véritable chef-d’œuvre de stratégie où les troupes ont réussi à semer l’ennemi dans un jeu du chat et de la souris. À ces défis militaires se sont ajoutées des épreuves d’une nature impitoyable. Il a fallu affronter l’ascension des cols de Jiajin et de Mengbishan, avant de s’enfoncer dans les marécages herbeux et boueux des grandes zones humides.

Mais ce qui m’a le plus marqué, ce sont les batailles du pont de Luding et du col de Lazikou. Pourquoi ? Parce qu’à ces deux endroits, toute la campagne aurait pu se solder par un échec. Or, le sort de l’ensemble de la mission a reposé sur l’audace d’une poignée d’hommes. Tout tenait au courage individuel et aux choix qu’ils ont faits.

Je ne vois aucun autre exemple dans l’histoire où une force militaire a pu survivre à de telles pertes et continuer d’avancer. Bien des troupes auraient été anéanties. Un tel exploit exige la réunion de deux conditions rares : un leadership d’exception et une foi absolue dans une cause commune. Voilà, pour moi, le cœur même de la Longue Marche.

Une équipe de reportage sino-étrangère explore le sentier historique de la Longue Marche situé au relais de poste de Gelao, dans le district de Ganquan, à Yan’an (Shaanxi), le 22 juillet 2026.

Qu’en reste-t-il dans la Chine contemporaine ? Au cours des vingt années que j’ai passées ici, j’ai été témoin de plusieurs « nouvelles Longues Marches ». La première est la réponse au séisme de Wenchuan en 2008. Face à la catastrophe, la société chinoise s’est mobilisée en un temps record. Sur place, au milieu des répliques, j’ai vu des secouristes s’engager dans une course contre la montre pour extraire des survivants. J’ai également vu des habitants brisés par la perte d’un proche ou de leur maison trouver la force de se soutenir pour traverser l’épreuve ensemble.

La Longue Marche et les opérations de secours à Wenchuan relèvent de contextes très différents, mais partagent la même matrice humaine : la ténacité face à l’incertain, la capacité à prendre ses responsabilités dans le danger et la force du collectif.

Autre grande épopée contemporaine : la lutte contre la pauvreté. Sortir des centaines de millions de personnes de la pauvreté extrême représentait un défi colossal, sans doute l’un des plus ambitieux de l’histoire moderne. Aucun autre pays n’a tenté une telle entreprise, et très peu auraient pu la mener à bien.

Pourquoi la Chine a-t-elle réussi ? Une vision claire au sommet, traduite en stratégies concrètes sur le terrain, puis relayée à tous les échelons administratifs par des dizaines de millions d’acteurs locaux. Face à des disparités régionales immenses, la Chine a su canaliser ses énergies pour former une force collective imparable.

J’ai une chemise qui incarne parfaitement l’esprit de la Longue Marche. Elle a été confectionnée par Gulbostan, une jeune artisane croisée dans une région reculée de l’ouest du Xinjiang. Talentueuse, brillante et ambitieuse, elle ne cherche pas à faire fortune, mais à faire rayonner la culture ouïgoure. Elle revisite les motifs traditionnels pour créer des tenues contemporaines.

Il y a vingt ans, elle n’aurait reçu qu’une éducation très sommaire et n’aurait eu aucune chance de faire valoir ses talents en dehors de son cercle familial. Aujourd’hui, la logistique et la formation professionnelle lui permettent de vendre son savoir-faire bien au-delà de son village.

Gulbostan n’est qu’un exemple parmi d’autres, mais son histoire illustre comment cette politique a permis à des millions de personnes d’exprimer leur potentiel et leurs aspirations – des opportunités impensables il y a deux décennies.

C’est en cela que l’esprit de la Longue Marche reste vivant. Il ne s’agit pas d’une relique figée dans les livres d’histoire, mais d’une dynamique bien réelle. Le courage, l’abnégation, la solidarité et le sens du collectif sont des valeurs universelles. C’est pourquoi cet héritage dépasse les frontières de la Chine et parle à chacun de nous, d’où que l’on vienne.

 

*DAVID FERGUSON est lauréat du Prix de l’amitié du gouvernement chinois et rédacteur en chef honoraire de la section anglaise des Éditions en langues étrangères.

(Texte rédigé à partir d’un entretien avec M. Ferguson et de son intervention à Yan’an dans le cadre du projet « Ensemble sur la Longue Marche » du Groupe de communication internationale de Chine.)

 

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