
Le forum principal de la 3e édition de la Conférence sino-européenne sur les meilleures pratiques ESG des entreprises, à Mayence (Allemagne), le 26 juin 2026
Les relations économiques et commerciales entre la Chine et l’Union européenne (UE) étaient au centre des dossiers abordés lors d’un sommet européen tenu à Bruxelles en juin dernier. Les relations sino-européennes reposent essentiellement sur la complémentarité des atouts et le bénéfice mutuel. La partie européenne devrait considérer la coopération bilatérale de manière objective au lieu d’entraver la concurrence loyale sur le marché par de nouvelles barrières commerciales, et d’imputer ses problèmes structurels à la Chine.
La hausse du protectionnisme
Les tendances protectionnistes de l’UE à l’égard de la Chine se sont accentuées, reflétant ses préoccupations face à la transformation industrielle, à la croissance économique et à la concurrence internationale.
D’abord, le déséquilibre commercial Chine-UE a été grandement exagéré. Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, a déclaré lors du sommet européen que le déficit commercial en marchandises de l’UE avec la Chine s’est élevé à 360 milliards d’euros en 2025, soit environ un milliard d’euros par jour. Selon elle, cela constituerait un record historique et marquerait la première fois que tous les États membres de l’UE affichent un déficit commercial vis-à-vis de la Chine. António Costa, président du Conseil européen, a jugé ce déficit commercial d’un milliard d’euros par jour « intenable ». Le chancelier fédéral autrichien Christian Stocker a quant à lui confirmé que l’UE devrait agir face à cette situation.
Néanmoins, les dirigeants européens ne mentionnent pas l’excédent commercial dont l’UE bénéficie depuis longtemps vis-à-vis de la Chine dans les services. En 2025, le déficit commercial de la Chine avec l’UE dans ce secteur s’est élevé à 48,3 milliards de dollars. L’UE est la première source de déficit commercial de la Chine dans les services, avec une part de 41,6 %. Rien qu’en redevances de propriété intellectuelle, la Chine a versé à l’UE plusieurs dizaines de milliards de dollars.
En matière de commerce de marchandises, la partie européenne a longtemps enregistré un excédent commercial avec la Chine grâce à ses atouts industriels. Pourtant, la Chine n’a pas pour autant fermé son marché, elle a au contraire continué à intensifier ses efforts d’ouverture. Une grande partie des échanges commerciaux sino-européens est réalisée par des entreprises européennes implantées en Chine, dont la majorité des bénéfices générés reviennent à leurs maisons mères. De plus, environ la moitié des exportations chinoises vers l’Europe sont des produits intermédiaires, ce qui a permis aux entreprises européennes de réduire leurs coûts de production et de renforcer leur compétitivité à l’export, tout en contribuant à atténuer l’inflation et à faire baisser le coût de la vie des habitants de l’UE.
La Chine n’a jamais cherché à dégager un excédent commercial à tout prix, et elle a pris des mesures concrètes pour accroître ses importations en provenance de l’Europe tout en régulant activement ses propres exportations. Le commerce sino-européen est influencé par de multiples facteurs, tels que la division internationale du travail ainsi que l’offre et la demande sur les marchés. Par conséquent, la résolution des déséquilibres commerciaux ne peut pas reposer uniquement sur les efforts de la Chine. Si l’UE souhaite véritablement améliorer la structure de ses échanges, elle devrait, au lieu de politiser les questions économiques et commerciales, assouplir les restrictions sur les exportations de technologies vers la Chine, réduire les obstacles aux investissements des entreprises chinoises et résoudre les divergences par le dialogue et la concertation.
Ensuite, les mesures européennes de défense commerciale à l’encontre de la Chine sont susceptibles d’être durcies. Les sujets du sommet européen, notamment les déséquilibres macroéconomiques mondiaux, l’approvisionnement en minerais critiques et stratégiques ainsi que la réduction des risques liés aux chaînes d’approvisionnement, ne mentionnent pas explicitement la Chine, mais ils font clairement référence à elle.
Mme von der Leyen a déclaré qu’elle proposerait une nouvelle législation obligeant les entreprises de l’UE à diversifier leurs sources d’approvisionnement stratégiques. Le président français Emmanuel Macron a également proposé la mise en place d’un instrument inspiré de la « section 301 américaine », permettant à l’UE d’imposer des droits de douane supplémentaires à des pays ciblés. Selon un rapport du Handelsblatt, la Commission européenne avait achevé, avant le sommet, les préparatifs nécessaires à l’imposition des droits de douane compensateurs contre les véhicules hybrides rechargeables chinois, dont la mise en œuvre n’attendrait plus que le vote favorable d’une majorité d’États membres. Ces signaux indiquent que certaines forces au sein de l’UE tentent d’étendre et de pérenniser les mesures de défense commerciale à l’encontre de la Chine.
La compétitivité de la Chine dans la chaîne d’approvisionnement résulte d’une accumulation technologique à long terme et d’un marché hautement concurrentiel. Le choix des entreprises européennes en faveur des produits chinois repose sur une analyse de marché et non sur une dépendance forcée. Si l’UE persistait à intervenir de manière coercitive dans les choix opérationnels normaux des entreprises, ou à imiter les instruments unilatéraux américains au détriment des règles commerciales multilatérales, les conséquences seraient lourdes. Une telle politique ne ferait qu’alourdir les coûts de production des entreprises européennes et la charge pesant sur les consommateurs, tout en freinant la transition écologique et la modernisation industrielle en Europe.

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Des problèmes endogènes
Les pressions industrielles auxquelles l’UE est actuellement confrontée ne trouvent pas leur origine en Chine, mais dans la montée des risques géopolitiques mondiaux et la résurgence du protectionnisme en matière de ressources. Le coût élevé de l’énergie, qui affaiblit la compétitivité de l’industrie manufacturière européenne, le vieillissement de la population qui entraîne une pénurie de main-d’œuvre, et les divergences d’intérêts entre les États membres de l’UE qui entravent l’élaboration d’une politique industrielle commune sont autant de problèmes qui ne sont pas causés par la Chine et qui ne peuvent en aucun cas être résolus par des mesures protectionnistes.
L’industrie automobile en est un parfait exemple : les constructeurs européens ont longtemps conservé leur avantage à l’ère des véhicules à moteur thermique, mais ils ont réagi avec une certaine lenteur face à la transition vers l’électrification et l’intelligence connectée. Les mesures tarifaires, capables de protéger les constructeurs européens à court terme, ne feront que freiner la dynamique d’innovation des entreprises locales et retarder la montée en gamme industrielle à long terme.
Certaines propositions commerciales de l’UE concernant la Chine, fortement teintées de considérations politiques, visent davantage à faire du bruit et à détourner l’attention des pressions internes qu’à résoudre le problème de compétitivité européen. Les tentatives telles que le fait d’adopter une attitude plus ferme envers la Chine, de vouloir réduire le déficit commercial avec la Chine ou de diminuer la dépendance vis-à-vis des chaînes d’approvisionnement chinoises répondent facilement aux revendications à court terme de certaines forces politiques et de certains groupes industriels, mais ne proposent guère de solutions économiques viables. Ces instruments protectionnistes ne font qu’accroître les craintes du marché face à l’incertitude politique et détournent l’attention des acteurs économiques de l’innovation technologique, de la modernisation des produits et de la conquête de nouveaux marchés. À long terme, cela affaiblira davantage la compétitivité industrielle de l’UE.

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Néanmoins, la capacité à faire face aux tensions commerciales n’est pas la même au sein de l’UE. Le Premier ministre belge Bart De Wever a souligné à l’issue du sommet européen que l’UE resterait unie si un pays tiers prenait des mesures de rétorsion. Il a toutefois reconnu que les répercussions de ces mesures ne seraient pas les mêmes pour toutes les parties et que le degré de vulnérabilité variait d’un pays à l’autre. En raison de leurs différences en matière de structure industrielle, de relations commerciales et d’intérêts de marché avec la Chine, les États membres ont des points de vue divergents sur l’escalade des tensions commerciales entre l’UE et la Chine. C’est pourquoi le sommet n’est finalement pas parvenu à un consensus sur un nouveau durcissement des politiques à l’égard de la Chine.
La Chine est disposée à discuter avec la partie européenne de la mise en place de mécanismes institutionnels afin de répondre aux préoccupations économiques et commerciales respectives, tout en s’opposant fermement au protectionnisme exercé sous prétexte de renforcer la compétitivité et de préserver la sécurité économique de l’UE. Si l’UE persiste à adopter des mesures restrictives à l’encontre de la Chine, cette dernière se verra contrainte de prendre des mesures de rétorsion afin de défendre fermement ses droits et ses intérêts légitimes.
*LIU YITONG est chercheur adjoint à l’Institut chinois d’études internationales.