Face au changement climatique, la Chine et l’UE construisent ensemble une nouvelle approche : placer le droit à un environnement sain au cœur des droits humains.
En Chine, on ne veut plus seulement manger à sa faim, mais vivre dans un environnement sain. Un air pur, une eau préservée et un approvisionnement énergétique stable – autrefois considérés comme secondaires – sont désormais des impératifs incontournables. Cette exigence pose les bases d’un véritable « droit à la survie verte ». Ce droit n’est pas un nouvel article de loi, mais le prolongement écologique du droit à la santé, du droit au développement et de la justice sociale.
Parce que le changement climatique ignore les frontières, aucun État ne peut relever ce défi de manière isolée. Dans ce contexte, la Chine et l’Europe, deux grandes civilisations et économies, explorent une voie de mise en œuvre des droits humains par-delà leurs différences de systèmes, à travers une coopération climatique pragmatique. Cette approche, résolument tournée vers les problèmes réels, offre une réponse concrète et efficace à la gouvernance mondiale des droits humains.
Mise en œuvre chinoise du droit à la survie verte
Sur le plan institutionnel, la Chine n’a pas inscrit le droit à l’environnement dans sa Constitution comme un droit fondamental isolé. Elle a plutôt intégré la gouvernance écologique au cœur même de son modèle de développement et de sa protection sociale, jetant ainsi des bases solides pour le droit à la survie verte.
En 2005, alors secrétaire du comité provincial du Parti communiste chinois pour le Zhejiang, Xi Jinping a formulé, lors d’une visite dans le village de Yucun, le célèbre concept « les eaux limpides et les montagnes verdoyantes valent leur pesant d’or ». En deux décennies, un nombre croissant de Chinois ont compris que l’environnement n’est pas seulement une ressource à exploiter, mais une composante essentielle de la qualité de vie. En 2013, une nouvelle orientation officielle affirmant qu’« un environnement sain procure le plus grand bien-être au peuple » est venue parachever cette mutation. Le bien-être ne se mesure plus seulement au progrès matériel, mais englobe désormais la pureté de l’air, la salubrité de l’eau et la qualité de l’habitat, indissociables d’une vie digne.
Les données confirment cette évolution. En 2024, la concentration moyenne de PM2,5 dans les villes s’est établie à 29,3 µg/m³, soit une baisse de 16,3 % par rapport à 2020. La proportion des sections d’eaux de surface d’excellente qualité a atteint 90,4 %, dépassant pour la première fois les 90 %. Dans le village de Wangtun (Qinghai), la restauration du bassin de la rivière Dela s’est accompagnée de la création de postes de gardes écologiques. Ce projet a transformé les habitants en acteurs de la protection de l’environnement, illustrant une alliance réussie entre droit au développement en milieu rural et sauvegarde écologique.
L’impact à long terme de la transition énergétique est tout aussi important. Durant le 14e Plan quinquennal (2021-2025), la Chine a construit le plus grand système d’énergies renouvelables au monde : fin 2025, la capacité installée atteignait 2,34 milliards de kilowatts, soit 60 % du mix électrique total du pays, contre 40 % cinq ans plus tôt. À travers cet effort, le pays entend assumer sa responsabilité envers les générations futures en refusant de leur léguer une dette écologique.
Sur le plan juridique, le Code écologique et environnemental intègre participation citoyenne et transparence, posant les bases du droit à un recours environnemental. En pratique, la justice environnementale reste confrontée à des obstacles tels que le seuil élevé pour les actions d’intérêt public ou la lenteur des indemnisations. Mais au-delà de ces ajustements nationaux, seule une coopération internationale peut protéger efficacement la dignité de chaque être humain face au changement climatique.
Une coopération climatique au service du développement et des droits humains
Plutôt que de s’en tenir aux débats théoriques, la Chine et l’UE ont choisi d’agir sur le terrain concret de l’innovation, des conditions de vie et des droits humains. En juillet 2025, elles ont publié une déclaration commune sur le changement climatique, réaffirmant le rôle central de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques et de l’Accord de Paris. À l’heure où les États-Unis se sont de nouveau retirés de ce dernier, l’axe sino-européen s’impose comme principal rempart pour la défense de l’intérêt public mondial.
Cette coopération ne se limite pas aux déclarations politiques ; elle s’ancre dans des partenariats technologiques et industriels concrets. Dans le secteur de l’énergie, la compétitivité de la Chine dans la fabrication d’équipements éoliens complète idéalement l’expertise européenne en matière de gestion des réseaux électriques. Sur le plan industriel, les investissements chinois dans les énergies vertes en Europe se multiplient. L’usine géante de batteries construite par CATL en Hongrie contribue à la fois à la filière européenne des véhicules électriques et à la transition énergétique du continent. En faisant baisser le coût mondial d’accès aux technologies vertes, cette coopération permet à davantage de personnes de bénéficier des fruits du développement écologique, renforçant ainsi l’égalité face au droit au développement.
Par ailleurs, les discussions sino-européennes sur la reconnaissance mutuelle des normes du marché carbone réduisent les coûts de mise en conformité pour les entreprises tout en évitant que les « barrières vertes » ne pénalisent les chaînes de valeur des pays en développement, protégeant ainsi le niveau de vie des travailleurs locaux. Cette ambition s’exporte aussi vers des marchés tiers. À l’image du complexe solaire Noor au Maroc, auquel la Chine et la France ont apporté leur contribution, les transferts technologiques sino-européens traversent la Méditerranée pour bénéficier directement aux économies en développement.
L’enseignement de la coopération climatique entre la Chine et l’UE tient en un constat : lorsque deux puissances s’attaquent ensemble à la question fondamentale de la survie de l’humanité, les divergences sur ce qu’est une vie meilleure cessent d’être des obstacles insurmontables. Certes, les approches diffèrent : la Chine privilégie le bien-être collectif et la sécurité sociale, tandis que l’Europe met l’accent sur les droits individuels et les recours judiciaires. Mais sur le climat, elles ont trouvé leur plus grand dénominateur commun : assurer la survie et le développement. Les droits humains ne se limitent pas à la rhétorique des prétoires : ils se mesurent à des indicateurs concrets tels que l’accès à une énergie propre et à une eau de qualité. Cette approche, qui consiste à « promouvoir la coopération pour stimuler le développement, et par le développement promouvoir les droits de l’homme », permet de sortir de l’impasse qui voudrait tout définir sur le papier avant d’oser agir.
Construire un système mondial juste et partagé pour le droit à la survie verte
Après la tenue de la COP30 à Belém en 2025, les engagements climatiques conjoints de la Chine et de l’UE s’efforcent de traduire le droit à la survie verte en règles contraignantes de la gouvernance climatique mondiale.
À l’échelle planétaire, la transition bas-carbone impose de placer la « transition juste » au cœur des priorités. Il est aujourd’hui crucial de mettre en place des mécanismes d’anticipation sociale : des systèmes de veille sur l’emploi, des compensations sociales adéquates et des programmes de reconversion professionnelle ambitieux. L’objectif est d’éviter que les travailleurs des secteurs énergétiques traditionnels ne soient les laissés-pour-compte de la vague verte, et de préserver la dignité des groupes vulnérables.
Plus fondamentalement, les fruits de la transition verte doivent bénéficier davantage au Sud global. Le droit à la survie verte est un droit universel qui appartient à l’humanité tout entière. Il ne saurait devenir un privilège réservé à quelques pays développés. Alors que la crise climatique menace notre toit commun, la Chine et l’UE démontrent par leur action que s’accuser mutuellement ne mène à rien, tandis qu’avancer ensemble ouvre des perspectives. Cette action commune, par-delà les clivages géopolitiques, protège le droit à la survie verte pour toutes les générations à venir.
*YUAN HAORAN est chercheur au Centre de recherche sur les droits de l’homme de l’Université de sciences politiques et de droit du Nord-Ouest.