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Le tri sélectif s’installe à Beijing

2020-07-30 18:11:00 Source:La Chine au présent Auteur:Jacques Fourrier
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Le 30 mai 2020, dans le local à poubelles d’une résidence de Zhongguancun, à Beijing, la classification détaillée est affichée pour faciliter le tri des ordures ménagères.

  
Depuis le 1er mai 2020, le tri sélectif est obligatoire à Beijing. Ainsi, après l’expérience pionnière de Xiamen en septembre 2017, étendue à Shanghai en juillet 2019, puis progressivement à Hangzhou, Zhengzhou, Beijing, et depuis le 1er juillet à Wuhan, le tri sélectif sera obligatoire dans 46 villes chinoises avant la fin 2020.

 

S’inspirant des initiatives européennes et japonaises en vigueur depuis la prise de conscience des questions environnementales dans les années 1970, le tri sélectif n’est pas une nouveauté en Chine. Dans toutes les villes, des stations de récupération sont depuis longtemps installées aux abords des quartiers résidentiels, où des éboueurs en tricycle viennent déverser les ordures ménagères. Ces ordures sont ensuite triées avant d’être expédiées dans les décharges et les stations d’incinération en banlieue. Jusqu’à récemment, les ordures ménagères étaient placées dans des sacs plastiques ordinaires et jetées dans des poubelles ou des bennes aux quatre coins de quartiers résidentiels. Un premier tri avait alors lieu dans les stations de récupération avant que les ordures ne subissent un traitement final par enfouissement, incinération ou recyclage.

 

Depuis trois mois, avec la mise en place officielle du tri des ordures ménagères à Beijing, un premier tri se fait en premier lieu au domicile. Une grande campagne de sensibilisation a été organisée aussi bien dans les établissements scolaires que dans les entreprises et les communautés résidentielles pour informer sur les modalités de tri, mais aussi sur les enjeux de citoyenneté et les avantages et bénéfices en termes environnementaux et économiques. Il s’agit dorénavant de trier les déchets ménagers en quatre catégories : les ordures ménagères humides (cuisine), les déchets recyclables, les déchets dangereux et les autres déchets. Des couleurs ont été associées à chaque type de déchets afin de faciliter le tri et le rendre plus efficace. Pour aider les résidents, des volontaires et des membres de comités de quartier distribuent brochures et fournissent toutes les explications nécessaires en cas de doute.

 

Après quelques semaines de mise en place, les résultats sont déjà visibles. Le ramassage des ordures ménagères avait diminué de 21 800 tonnes à Beijing pour le seul mois de mai, soit 14 % de moins que la même période de l’an passé. Les services municipaux de Beijing procèdent par ailleurs à des inspections depuis la mise en place du tri pour vérifier que les mesures soient bien respectées et au bout d’un mois, avaient déjà répertorié près de 9 000 problèmes, principalement liés à la signalétique et aux emplacements des poubelles.

 

Bien que Beijing ait été parmi les premières villes à préconiser le tri des ordures ménagères dans les années 1990, la capitale chinoise était restée loin derrière Shanghai, car il n’y avait pas de consensus public sur le tri des déchets et les violations n’étaient que peu sanctionnées. Ainsi, même si certains résidents voulaient trier leurs déchets ménagers à la maison, ils perdaient toute motivation car leurs efforts minutieux étaient rendus vains par l’attitude attentiste de la majorité qui ne s’en souciait guère. De nombreuses campagnes ont cependant préparé le terrain à Beijing, notamment lors des Jeux olympiques d’été de 2008, mais aussi lors de la tenue du Sommet de l’APEC en 2015. Par ailleurs, le président Xi Jinping a fait de la « belle Chine » un enjeu primordial de la gouvernance du pays, qui transparait dans ses allocutions.
 

 

La dynamique du tri des déchets 2.0 a déjà été enclenchée avec des initiatives municipales « zéro déchet » comme à San Francisco ou Genève, et elle commence à prendre pied en Chine avec le concept de « ville durable », plus englobant, comme par exemple le projet de ville durable franco-chinoise de Wuhan. Les mégadonnées et l’Internet des objets, qui connaissent un développement phénoménal en Chine, vont contribuer à faciliter et rationaliser le tri en améliorant la traçabilité et la gestion d’ensemble en amont et en aval. Le système de crédit social qui va se généraliser en Chine pourra aussi permettre de sanctionner les infractions ou de récompenser les comportements citoyens.

 

Mais ce sont principalement les initiatives individuelles « zéro déchet » pour encourager l’économie circulaire qui rencontrent un franc succès en Chine, notamment auprès des jeunes urbains, comme The Bulk House à Beijing. C’est désormais un mode de vie qui prend forme, résultant des changements radicaux dans le comportement des consommateurs et de la prise de conscience de la responsabilité sociale de chaque personne. On peut citer à titre d’exemple le problème du suremballage, généré par le développement du e-commerce et des livraisons express, qui rend obligatoire des mesures strictes de tri. De même, le fait de trier les ordures ménagères et de voir au quotidien ce que l’on jette permet d’éviter le gaspillage alimentaire et de procéder à des choix plus éthiques ou respectueux de l’environnement. C’est la société toute entière qui bénéficie ainsi de la somme des comportements individuels vertueux.

 

La Chine est un pays en développement qui s’oriente résolument dans la voie de la croissance durable et de qualité. à la différence des gouvernements des pays occidentaux qui n’ont réellement pris conscience du fait écologique qu’après avoir atteint un niveau de développement avancé, la Chine a fait le pari audacieux de la transition écologique. Le tri des déchets dans les métropoles peut donc être considéré comme une des multiples stratégies dans cette direction.

 

*Jacques Fourrier est journaliste et commentateur français basé à Beijing.

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