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Pour un multilatéralisme « compétitif »

2020-06-10 15:42:00 Source:La Chine au présent Auteur:Pierre-Noël Giraud
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Le stand du groupe Essilor lors de la 2e CIIE organisée à Shanghai, 9 novembre 2019
 
Suite à l’épidémie du COVID-19, la question de la « démondialisation » est davantage débattue en Europe, même si à mon sens, la mondialisation va se poursuivre. Il faut distinguer trois mondialisations interconnectées et interdépendantes.
 
Premièrement, la mondialisation numérique, fondée sur la révolution numérique, elle-même par essence globale. Durant la crise du COVID-19, le télétravail, national mais aussi international, a pris de l’importance. La prochaine étape, c’est la 5G, qui connectera des milliards d’humains, et l’Internet des objets qui connectera des dizaines de milliards d’objets dans le monde à travers l’intelligence artificielle. La question est de savoir quelle place prendra la Chine dans cette mondialisation : les BATX (Baidu, Alibaba, Tencent, Xiaomi) sortiront-ils de Chine pour concurrencer les GAFAM (Google, Amazon, Facebook, Apple, Microsoft) ? Comment s’organisera la compétition entre ces géants ?
 
Vient ensuite la mondialisation financière. La finance est intrinsèquement globale avec la quasi libre circulation des capitaux. Seule la Chine est relativement isolée grâce ou à cause de la non-convertibilité du yuan et grâce à ses immenses réserves de change. La crise économique actuelle risque d’entraîner une énorme crise financière. En cause, la production de monnaie par les Occidentaux, dont une partie va alimenter la spéculation sur les marchés financiers.
 
Troisièmement, la mondialisation des firmes, des emplois et des localisations. Ce dernier terme couvre plutôt la localisation dans le monde des « emplois nomades », c’est-à-dire des emplois qui, dans un territoire, sont en compétition directe avec d’autres emplois dans d’autres territoires. Les emplois de l’industrie manufacturière sont nomades, mais les emplois des services (comme le tourisme) le sont de plus en plus. L’enjeu fondamental est de développer davantage d’emplois nomades en Afrique.
 
Mais il n’y aura pas, à mon sens, de relocalisation. Le seul infléchissement concernera les « pôles technologiques stratégiques ». Si l’Europe ne veut pas être spectatrice du duopole entre les États-Unis et la Chine, elle doit localiser sur son territoire un certain nombre de pôles d’excellence technologique.
 
Nous sortons d’un monde dans lequel le multilatéralisme était sous hégémonie américaine pour entrer dans un monde véritablement multipolaire et qui le restera, le déclin de l’empire américain étant irréversible. Le multilatéralisme, s’il est absolument indispensable compte tenu des interdépendances développées plus haut, doit être réformé radicalement. Il faut un multilatéralisme « compétitif », car nous sommes dans un monde de compétition. L’intégration de l’initiative « la Ceinture et la Route », proposée par le gouvernement chinois dans le futur multilatéralisme, sera l’une des grandes questions à traiter.
 
 
*Pierre-Noël Giraud est professeur à Mines ParisTech Paris Sciences et Lettres, et à l’Université Mohamed VI Polytechnique, Maroc.
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