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Sommet des BRICS 2019 : ce qu’il faut en attendre

2019-11-02 16:15:00 Source:La Chine au présent Auteur:EVANDRO MENEZES DE CARVALHO
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*EVANDRO MENEZES DE CARVALHO est rédacteur en chef de l’édition portugaise de La Chine au présent, professeur de droit international et directeur du Centre d’études Brésil-Chine de l’école de droit Fundação Getulio Vargas (FGV) de Rio de Janeiro, au Brésil.

 

La fin de la première décennie du groupe BRICS se déroule dans un contexte international différent de celui de ses premières années, pendant lesquelles, les pays BRICS maintenaient des taux de croissance élevés et bénéficiaient d’une plus grande stabilité politique et sociale. La crise économique de 2008, avec les États-Unis comme épicentre, a rendu nécessaire la participation accrue des économies émergentes au processus de direction de l’économie mondiale. Aujourd’hui, dix ans après son premier sommet, les BRICS sont confrontés à des circonstances nationales différentes et à un contexte international défavorable.

 

L’économie mondiale est exposée au risque d’une nouvelle crise en raison du renforcement actuel du protectionnisme. Un rapport de la Banque mondiale indique que l’économie mondiale devrait ralentir pour atteindre 2,9 % en 2019 en raison de la faiblesse des échanges et de la réduction des investissements. La politique étrangère protectionniste et unilatéraliste des États-Unis du président Donald Trump - soumise au principe de « l’Amérique d’abord » - conjuguée aux tensions politiques avec la Russie et à la guerre commerciale contre la Chine, suscite encore plus d’incertitude quant à l’avenir de l’économie mondiale et à l’ordre international lui-même. Sur le plan intérieur, seules la Chine et l’Inde maintiennent un taux de croissance du PIB élevé, même par rapport aux économies développées. En outre, les cinq pays du groupe BRICS sont confrontés à des problèmes nationaux de différentes natures. Compte tenu de ce scénario, que peut-on attendre du Sommet des BRICS au Brésil?

 

Le sommet de cette année est le premier grand événement international du président brésilien Jair Bolsonaro, pour sa première année en fonction. Des attentes voient le jour quant au niveau d’engagement et d’activité du Brésil au sein du groupe. Certains indices de la politique étrangère du nouveau gouvernement brésilien justifient ces attentes. Au cours des premiers mois de sa présidence, Bolsonaro s’est rendu aux États-Unis et a demandé le soutien de Trump pour que le Brésil puisse intégrer l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), connue sous le nom de « club des riches ». Et, plus récemment, les États-Unis ont désigné le Brésil comme allié militaire préférentiel en dehors de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN). Ces deux faits peuvent être interprétés comme le choix du Brésil pour une politique étrangère plus orientée vers l’Ouest et moins vers l’Est, ou plus vers l’Atlantique et moins vers le Pacifique.

 

Cependant, une telle conclusion semble encore hâtive. Selon les données du ministère brésilien de l’Économie, entre janvier et août 2019, les échanges commerciaux du Brésil avec les États-Unis s’élevaient à 39,7 milliards de dollars, tandis que les échanges bilatéraux avec la Chine atteignaient 65,2 milliards de dollars. Dans la balance commerciale avec les États-Unis, le Brésil avait un déficit de 351,5 millions de dollars. Avec la Chine, il disposait d’un excédent de 17,7 milliards de dollars. La différence est gigantesque. Dans le cadre des BRICS, la balance commerciale du Brésil avec l’Afrique du Sud affichait un excédent de 281,9 millions de dollars et un déficit avec l’Inde et la Russie de 805,5 millions et de 1,3 milliard respectivement. Le poids des échanges commerciaux avec la Chine contraste avec le faible volume des échanges que le Brésil a avec les autres pays BRICS. Cette tendance reste identique lorsque l’on examine le commerce intra-BRICS : la Chine est le principal partenaire de tous les autres pays du groupe.

 

Les produits brésiliens trouvent principalement leurs débouchés dans l’océan Pacifique. Et avec la Chine comme principal partenaire commercial, il est raisonnable de supposer que le gouvernement brésilien accorde toute l’importance voulue aux espaces de dialogue et aux initiatives qu’il entretient avec la Chine. À cet égard, le groupe BRICS est le plus important, non seulement pour sa dimension économique, mais également pour sa valeur stratégique.
 
Niu Genyuan (2e à dr.) donne des directives aux ouvriers sur le site de construction de la 2e phase du projet de transmission « ultra-haute tension » pour le barrage de Belo Monte au Brésil.

 

Il convient de se pencher sur ses composantes. L’Asie est devenue la région qui offre les plus grandes perspectives d’avenir pour l’économie mondiale. Le Brésil a développé une diplomatie sur le continent asiatique capable de dépasser l’approche bilatérale en devenant membre des BRICS, fondateur de la Nouvelle Banque de développement (NBD) et membre fondateur de la Banque asiatique d’investissement pour les infrastructures (AIIB). Cela donne au Brésil la possibilité d’élargir non seulement son commerce, mais également de développer l’intelligence diplomatique et commerciale sur les pays asiatiques et les cultures commerciales qui peuvent être décisives pour l’avenir du pays.

 

En outre, l’AIIB est un excellent exemple de la force d’attraction de l’Asie. Cette banque compte déjà parmi ses membres l’Allemagne, le Canada, la Belgique, la France, l’Italie, le Portugal, l’Espagne et le Royaume-Uni, entre autres. L’une de leurs motivations principales est que la banque financera des projets d’infrastructure liés à l’initiative « la Ceinture et la Route » lancée par le président chinois Xi Jinping en 2013. L’initiative a atteint le continent européen par le biais de Duisburg, en Allemagne et Rotterdam aux Pays-Bas. Grâce aux BRICS, le Brésil pourrait jouer un rôle plus important dans la compréhension et le partage des avantages de cette initiative. D’un point de vue stratégique, compte tenu du différend commercial et technologique initié par les États-Unis contre la Chine, le Brésil pourrait à l’avenir jouer un rôle de médiation en raison de sa position privilégiée en tant que membre des BRICS. Mais malgré les avantages et les opportunités, le Brésil est susceptible de réduire son engagement dans certains agendas des BRICS, en particulier ceux de nature plus politique, tels que le FMI, la Banque mondiale et, surtout, les réformes de l’ONU. En raison de la crise de son économie nationale et de l’inauguration du siège régional de la NBD à São Paulo, il est probable qu’il accordera la priorité à l’aspect économique de son programme.

 

Cependant, il est à noter que des secteurs de la société brésilienne, qui tirent profit des relations commerciales avec la Chine, font pression sur leur gouvernement pour qu’il adopte une politique étrangère pragmatique et flexible, en renonçant à un parti pris idéologique qui réinstalle la logique binaire de la guerre froide en faveur des États-Unis et au détriment des relations avec la Chine et les BRICS.

 

Dans une interview accordée à BBC News Brazil, l’économiste Jim O’Neill, créateur de l’acronyme « BRIC », s’est prononcé sur la stratégie d’alignement du Brésil sur les États-Unis. «  D’un point de vue économique, le choix serait insensé pour de nombreux pays s’ils ne choisissaient pas la Chine et je pense que cela s’applique également au Brésil. »

 

Les chiffres susmentionnés semblent confirmer cet avis. Cependant, il ne s’agirait pas de choisir entre la Chine et les États-Unis, les BRICS ou l’OCDE, mais bien d’avoir une politique étrangère cohérente pour la défense du multilatéralisme et du développement des peuples. en 2019, au début de la deuxième décennie d’existence des BRICS, accorder une attention particulière à ce groupe est un signe de bonne diplomatie. Et une bonne diplomatie valorise le dialogue sur l’usage de la force en tant qu’instrument de négociation, respecte les différences et, par-dessus tout, favorise l’épanouissement du peuple.

 

*EVANDRO MENEZES DE CARVALHO est rédacteur en chef de l’édition portugaise de La Chine au présent, professeur de droit international et directeur du Centre d’études Brésil-Chine de l’école de droit Fundação Getulio Vargas (FGV) de Rio de Janeiro, au Brésil.

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