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Des BRICS au CyberBRICS : nouvelle coopération en matière de cybersécurité

2019-11-02 15:40:00 Source:La Chine au présent Auteur:LUCA BELLI
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La 5e réunion des ministres de la Communication des pays BRICS, le 14 août dans la capitale brésilienne Brasilia  

 

À l’issue d’une réunion ministérielle très fructueuse qui a eu lieu à Brasilia en août 2019, les ministres de la Communication des pays BRICS ont publié une importante déclaration commune soulignant l’intérêt stratégique derrière les partenariats des BRICS portant sur les nouvelles infrastructures numériques, les technologies 5G, l’Internet des objets (IdO) et la cybersécurité.

 

Mettre en place des infrastructures modernes, assurer une gouvernance efficace de la cybersécurité et, plus particulièrement, élaborer des réglementations saines garantissant la protection des données, sont autant de questions cruciales pour le développement inclusif et durable des pays BRICS, notamment parce que ceux-ci misent massivement sur la conversion au numérique et sur le potentiel des technologies interconnectées et interdépendantes, telles que la 5G et l’IdO.

 

La transformation numérique est un élément essentiel pour l’avenir des économies et des sociétés du groupe BRICS, et c’est précisément la raison pour laquelle les pays membres élaborent (et mettent déjà en œuvre pour certains) des stratégies de passage au numérique.

 

La Chine est de loin le pays présentant l’approche la plus systémique. En effet, elle a déjà tant investi dans les technologies 5G qu’elle s’est hissée aujourd’hui en tête de la course mondiale à la 5G, ainsi que parmi les leaders en matière de cybersécurité. La Chine a récemment adopté une législation bien coordonnée en matière de cybersécurité, des lois régissant le commerce électronique et des normes relatives à la protection des données.

 

Le Brésil, en revanche, n’a commencé que récemment à mettre en œuvre la « Stratégie de transformation numérique » élaborée un an plus tôt. Et alors que la nouvelle Loi générale sur la protection des données y entrera en vigueur en 2020, il reste encore à créer l’organe qui devra la faire appliquer. Il a fallu attendre juin 2019 pour que le gouvernement brésilien élabore un plan national pour l’IdO, mais celui-ci doit encore définir une stratégie en matière de cybersécurité, bien que le Cabinet de la sécurité institutionnelle de la présidence y travaille actuellement.

 

Dans un tel contexte, la transformation numérique peut apporter de grands avantages, mais également de grands risques. Les milliards d’appareils interconnectés contrôlés via les réseaux 5G ont le potentiel d’améliorer considérablement la robotique, l’automatisation industrielle, l’agriculture intelligente ; parallèlement, ils procurent des gains d’efficacité incroyables grâce à leur vaste gamme de fonctionnalités pour la collecte et le traitement de données. Dans le même temps, l’interconnexion de chaque « chose » nécessite le plus haut niveau de sécurité pour déjouer les piratages, contrer les fuites de données et éviter que les rêves du groupe BRICS dans sa marche vers le numérique ne se transforment en cauchemars potentiels. Comme le disent les experts en cybersécurité, seuls trois types d’utilisateurs d’Internet existent dans le monde : ceux qui ont déjà été piratés, ceux qui le seront, et ceux qui se font pirater en ce moment même.
 

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Assis sur une mine d’or

 

La moitié de la population des pays BRICS utilisent déjà Internet, générant une quantité phénoménale de données, donnant lieu à de nouveaux produits innovants et contribuant aux achats quotidiens d’appareils connectés par défaut. Ces avancées révolutionnent notre vie virtuelle mais aussi réelle, et bien qu’elles fassent apparaître toutes sortes de nouvelles menaces, elles ouvrent également des opportunités sans précédent.

 

Les prévisions indiquent qu’au cours de ces cinq prochaines années, la connexion à Internet devrait connaître une croissance massive dans les grands pays qui composent la région BRICS, notamment la Chine, l’Inde et le Brésil. Dans ce contexte, il convient de clarifier les raisons pour lesquelles les pays BRICS tiennent tout particulièrement à accueillir les opportunités offertes par la conversion au numérique. Les 3,2 milliards d’habitants qui vivent dans la région BRICS ne sont pas simplement des consommateurs ou des développeurs potentiels de services numériques. Ils représentent les producteurs potentiels de ce qui est actuellement considéré comme l’actif le plus précieux au monde : les données à caractère personnel.

 

Vu sous cet angle, l’on comprend plus spontanément pourquoi le gouvernement indien défend avec tant de ténacité le contrôle souverain des données, pourquoi la Russie vient d’adopter une législation pour sauvegarder sa souveraineté numérique et pourquoi tous les pays BRICS adoptent ou mettent en œuvre des réglementations concernant les données à caractère personnel.

 

Les pays BRICS, qui abritent 42 % de la population mondiale, détiennent également 42 % de cette ressource la plus précieuse au monde : les données à caractère personnel de leurs citoyens. Ainsi, l’élaboration de politiques régissant le domaine du numérique, en particulier en matière de cybersécurité et de protection des données, devient une priorité hautement stratégique pour le développement économique et social, ainsi que pour la sécurité des individus, des données qu’ils produisent et des infrastructures essentielles qu’ils utilisent au quotidien.

 

À plus forte raison, ces 3,2 milliards d’habitants des pays BRICS exigent toujours plus l’application de normes de protection des données plus strictes, pour que les abondants volumes de données à caractère personnel que les technologies numériques sont capables de recueillir soient utilisés pour améliorer la vie des individus.

 

Notons que ces cinq dernières années, tous les membres du groupe BRICS ont adopté ou proposé d’adopter des cadres réglementaires pour la protection des données à caractère personnel. Il s’agit d’un signal clair de l’importance stratégique que revêtent le contrôle et la sécurité des données, à la fois pour les gouvernements et pour les populations des pays BRICS.

 

Les énormes possibilités offertes par les progrès technologiques ne pourront être saisies sans la définition de cadres institutionnels stables pour la cybersécurité et la réglementation des données à caractère personnel.

 

Ce point est d’autant plus pertinent lorsque l’on sait que les pays BRICS sont la principale cible des cyberattaques, de même que leur principale source. Pour faire évoluer cette situation, des stratégies approfondies et des politiques bien informées doivent être élaborées et mises en œuvre, pour que se crée une synergie entre les membres du groupe BRICS.

 

Le besoin d’apprentissage mutuel et de coopération
 
Dans un contexte où l’accès aux technologies numériques devient essentiel pour la communication, l’apprentissage, la conduite des affaires et l’interaction sociale, et où toutes les « choses » sont connectées via des systèmes d’IdO, les BRICS ont besoin de politiques numériques non seulement efficaces, mais également convergentes.

 

Les premiers résultats des recherches menées dans le cadre du projet CyberBRICS démontrent que les BRICS sont confrontés à des défis communs et que bon nombre de politiques près d’être adoptées ou déjà en place présentent plusieurs similitudes. En ce sens, les BRICS devraient utiliser la transformation numérique comme un levier pour renforcer leur coopération et développer des solutions communes ou, tout du moins, compatibles.

 

Les membres du groupe BRICS peuvent apprendre beaucoup de leurs expériences respectives et se trouvent actuellement dans une phase particulièrement propice à l’harmonisation de leurs cadres réglementaires. Selon les ministres de la Communication des pays BRICS, il est complexe d’étudier et de comprendre leurs politiques numériques collectives. Ils ont réaffirmé leur engagement à rehausser la coopération au travers de recherches conjointes et à relever les défis posés par la cybersécurité.

 

À cette fin, il est indispensable d’adopter une attitude coopérative et une perspective comparative, non seulement pour cultiver la compréhension mutuelle et le respect des différences culturelles, mais aussi pour permettre le développement de technologies et de réglementations interopérables aptes à favoriser l’accès à des produits et services innovants, tout en assurant la protection des droits des utilisateurs.

 

Il serait judicieux de mettre en place une grande initiative de coopération multipartite, dans le cadre de laquelle les gouvernements des BRICS pourraient dialoguer avec les cercles universitaires, le secteur privé et les représentants de la société civile, afin d’obtenir des avis et commentaires sur les divers aspects de leurs politiques en matière de cybersécurité.

 

Pour commencer, les gouvernements des BRICS, qui n’ont cessé d’insister ces dernières années sur l’intérêt d’une coopération renforcée, pourraient soutenir la mise en place d’un mécanisme de coopération dédié de type think tank sur la cybersécurité. Comme le prouve l’expérience pionnière du projet CyberBRICS, l’analyse des politiques numériques existantes est d’une importance capitale pour identifier les bonnes pratiques, comme pour proposer des solutions justes et durables.

 

Le Brésil assume actuellement la présidence tournante des BRICS. Il se doit de saisir cette opportunité unique pour formuler un ordre du jour constructif et proactif, mettant en évidence les avantages d’une meilleure coopération sur les politiques numériques en général, et plus particulièrement sur la cybersécurité.

 

*LUCA BELLI est professeur en gouvernance et régulation de l’Internet à l’école de droit Fundação Getulio Vargas (FGV) de Rio de Janeiro, où il dirige le projet CyberBRICS.

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