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Le miracle économique de la Chine

2018-06-07 11:12:00 Source:La Chine au présent Author:LIN YIFU*
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La politique préférentielle de l’agriculture soutient le développement agricole et élève le niveau des revenus et de vie des paysans.

 

L’année 2018 marque le 40e anniversaire de la réforme et de l’ouverture de la Chine. Au cours des 40 dernières années, le taux moyen de croissance économique annuelle de la Chine a atteint 9,6 %, un chiffre sans précédent dans l’histoire du développement économique mondial et qui dépasse les attentes de tous.

Quelle était la situation de la Chine il y a 40 ans ? Selon le taux de change du marché à l’époque, le produit intérieur brut (PIB) par habitant de la Chine en 1978 était de 155 dollars, alors que celui des pays d’Afrique subsaharienne, qui étaient généralement considérés comme les pays les plus pauvres du monde, atteignait 499 dollars. À en juger par les classements mondiaux, sur plus de 200 pays, la Chine avait le troisième plus petit PIB par habitant. Telle était la situation de la Chine lorsque Deng Xiaoping, architecte en chef de la réforme et de l’ouverture de la Chine, a proposé ce projet il y a 40 ans.

Aujourd’hui, l’objectif fixé par M. Deng au début de la réforme et de l’ouverture, qui consistait à « quadrupler » la valeur de production de la Chine en 20 ans, et garantir ainsi une croissance économique annuelle d’environ 7,2 %, a été atteint. Pourtant, à l’époque, je n’aurais jamais cru que ce taux de croissance élevé puisse un jour être atteint.

La contribution de la Chine au monde

J’ai eu la chance d’être le témoin du miracle chinois : en 40 ans, la Chine a connu des changements spectaculaires. Si l’on regarde le PIB par habitant, la Chine est parvenue au chiffre de 155 dollars en 1978 et à celui de 8 836 dollars en 2017, devenant un pays à revenu moyen supérieur ; en ce qui concerne l’agrégat économique, la Chine a dépassé le Japon en 2009, devenant la deuxième plus grande économie du monde ; en 2010, elle a dépassé l’Allemagne, devenant le plus grand exportateur du monde ; en 2013, elle est devenue la première puissance commerciale du monde, les volumes du commerce chinois dépassant ceux des États-Unis... Pendant cette même période, plus de 700 millions de Chinois sont sortis de la pauvreté.

J’ai été vice-président et économiste en chef de la Banque mondiale, un poste parmi les plus importants au monde pour les économistes. J’ai été le 9e économiste en chef de la Banque mondiale. Mes prédécesseurs sont tous des économistes expérimentés qui ont apporté une grande contribution dans le domaine économique, et qui, pour la plupart, ont également une riche expérience politique. Si j’ai pu être qualifié pour ce poste, c’est principalement grâce à la réussite du développement économique de la Chine et à son énorme contribution à la réduction de la pauvreté dans le monde.

Selon moi, la plus grande contribution que la Chine apporte au monde est le développement régulier et rapide de son économie. Au cours de ces 40 dernières années, la situation économique mondiale a été généralement instable. Par exemple, l’Asie de l’Est, région qui a connu le meilleur développement économique depuis la Seconde Guerre mondiale, a été frappée par une crise financière soudaine en 1997. À cette époque, de nombreux membres de la communauté internationale ont estimé que l’Asie de l’Est avait essuyé une défaite définitive et qu’il faudrait attendre dix ou vingt ans pour qu’elle se relève. Mais depuis 2000, l’économie de la région se redresse et continue de croître rapidement. Pourquoi ce décalage entre la réalité et les attentes de la communauté internationale ? Parce que la communauté internationale n’avait pas prévu la réponse de la Chine. Premièrement, la Chine a pris ses responsabilités en faisant en sorte d’éviter la dévaluation du yuan, ce qui a permis aux pays touchés par la crise financière de ne pas être affectés par la dévaluation compétitive. Grâce à cela, l’économie de l’Asie de l’Est est restée stable. Ensuite, la Chine a maintenu à l’époque un taux de croissance économique de 8 %, ce qui a favorisé la reprise économique de la région.

La crise financière de 2008 a été la première crise financière à grande échelle depuis la Seconde Guerre mondiale et la crise financière mondiale la plus sévère depuis le krach de 1929. Beaucoup de gens ont estimé que cette crise aurait un impact sur le long terme. Aujourd’hui, dix ans après, certains pays développés ne se sont pas encore complètement relevés, alors que d’autres économies ont retrouvé la stabilité entre 2009 et 2010. La Chine a joué un rôle clé. En 2009, elle a lancé des politiques financières proactives qui ont stimulé sa reprise économique au cours du premier trimestre. Le pays n’a donc connu qu’un seul trimestre de récession économique : le 4e trimestre de 2008. Impulsées par l’économie chinoise, d’autres économies émergentes ont commencé à se relever à partir du 2e trimestre de 2009. De 2008 à aujourd’hui, la contribution annuelle de la Chine à la croissance économique mondiale dépasse 30 %.

 

Le 3 octobre 2017, le troisième jour des vacances de la Fête nationale, la rue Nanjing était bondée à Shanghai.

 

Un miracle économique qui découle de la réforme et l’ouverture

Au cours des 40 dernières années, la Chine a maintenu une croissance économique annuelle moyenne de 9,6 %, un phénomène nouveau dans l’histoire de l’économie mondiale. L’augmentation du revenu ne se traduit pas seulement par une augmentation de la masse monétaire, mais aussi par une augmentation du pouvoir d’achat, soit une croissance réelle. Or pour parvenir à une croissance réelle, il faut augmenter continuellement le niveau de productivité du travail, ce qui implique que les industries technologiques innovent continuellement et que chaque travailleur produise plus, des produits de meilleure qualité. C’est la première stratégie qui permet d’augmenter le revenu. La seconde permet de favoriser l’émergence continuelle de nouvelles industries à plus haute valeur ajoutée. Pour maintenir une augmentation continuelle et à long terme des revenus, il est essentiel de redistribuer les ressources en main-d’œuvre des industries à faible valeur ajoutée vers les industries à plus forte valeur ajoutée. Pour résumer, il s’agit de mettre en place un modèle de croissance économique entraînée par le développement rapide de la science et de la technologie. Que ce soit dans les pays développés ou dans les pays en développement, cette stratégie est la clé pour parvenir à une augmentation durable et à long terme du revenu.

Cependant, il faut tenir compte des différences entre les pays développés et les pays en voie de développement. Depuis la révolution industrielle, les pays développés enregistrent les niveaux de revenu les plus élevés au monde, ce qui signifie aussi qu’ils possèdent la meilleure main-d’œuvre et les meilleures technologies industrielles du monde. Dans ce contexte, l’innovation technologique et la modernisation industrielle reposent sur leurs propres inventions, dont le taux de réussite est très faible. La croissance de revenu en glissement annuel des pays développés est de 2 %. Considérant le facteur de la croissance démographique, elle pourrait s’élever à environ 3 %. Quant aux pays en développement, ils sont également tenus de réaliser des innovations technologiques et des mises à niveau industrielles. Néanmoins, ils bénéficient de l’« avantage du développement tardif » : ils peuvent s’inspirer des avancées technologiques réalisées dans le monde entier pour développer leurs propres industries d’innovation technologique. Le niveau de revenu des pays au développement tardif est faible et leurs économies sont sous-développées. C’est un désavantage. Mais en ce qui concerne l’innovation technologique et la modernisation industrielle, ces pays peuvent importer les expériences étrangères et s’en inspirer, ce qui coûte moins cher et présente un moindre risque par rapport à la mise en pratique d’inventions entièrement nouvelles. Dans ce sens-là, ils sont avantagés.

En théorie, l’avantage du moindre coût et du moindre risque doit permettre un développement rapide. En pratique, sur plus de 200 économies en développement après la Seconde Guerre mondiale, 13 pays ont réussi à tirer profit de cet avantage et à impulser leur propre innovation technologique et leur modernisation industrielle, parvenant à une croissance économique annuelle moyenne de 7 % ou plus, susceptible de durer 25 ans ou plus. Le taux d’augmentation de 7 % est deux fois supérieur à celui des pays développés ; ce développement continu sur 25 ans ou plus favorise considérablement la réduction de l’écart entre les pays en développement et les pays développés. Après la réforme et l’ouverture, la Chine est devenue l’une de ces 13 économies et est parvenue à un rythme de croissance trois fois supérieur à celui des pays développés qu’elle a maintenu jusqu’à aujourd’hui. Et c’est justement parce que la Chine a exploité l’avantage du développement tardif pour améliorer son niveau de production à travers l’innovation technologique et la modernisation industrielle qu’elle est parvenue à un tel rythme de croissance.

Un exemple pour le monde

Qu’est-ce que la réforme et l’ouverture de la Chine au cours des 40 dernières années a apporté au monde ? Si l’on considère le succès économique chinois de ces quarante dernières années, on devrait tirer quelques principes. En tant qu’économiste, je porte la responsabilité de mettre à jour les mécanismes du miracle chinois car cela peut servir d’exemple et de référence pour les autres pays en développement.

Jusqu’à présent, aucun pays en développement n’a réussi en suivant l’exemple des principes des pays développés. En m’appuyant sur les expériences chinoises de la réforme et de l’ouverture, en dressant le bilan des expériences réussies et des échecs de la Chine et d’autres pays en développement, j’ai développé une théorie intitulée « la science économique de nouvelle structure », différente de celles des pays développés. Cette théorie met l’accent sur la différence structurelle entre les pays développés et ceux en voie de développement, qui entraîne des différences dans les industries, dans l’organisation des institutions, dans l’arrangement financier et les demandes de ressources humaines et de capitaux.

L’Éthiopie, par exemple, était autrefois un des pays les plus pauvres d’Afrique. Ces dernières années, ce pays s’est inspiré de l’expérience chinoise de la réforme et de l’ouverture, a créé un environnement favorable à la croissance économique et a redoublé d’efforts pour parvenir à une réussite économique. Malgré des infrastructures médiocres, le pays a construit des parcs industriels pour attirer les investissements et a fourni un service à guichet unique. Tous ces efforts ont eu des résultats remarquables. L’Éthiopie a maintenu une croissance économique de 10 % pendant dix années consécutives. Elle est actuellement le plus grand pays africain à absorber les investissements directs des commerçants étrangers. La théorie que j’ai développée a permis à ce pays de changer son destin.

En dehors des pays africains, certains pays européens comme la Pologne ont également bénéficié de cette théorie. Il y a quelques années, la Pologne, en pleine transition économique, qui affichait de meilleurs résultats que ses voisins également dans un processus de transition économique, a connu un exode de sa main-d’œuvre vers l’Irlande, l’Espagne, la France, etc., car le pays ne parvenait pas à créer de nouvelles industries et de nouveaux emplois. En 2015, le parti au pouvoir en Pologne a annoncé l’élaboration d’un plan de développement national, ce qui n’a pas manqué d’inquiéter la communauté internationale qui a craint de voir la Pologne s’orienter vers un modèle d’économie planifiée. L’administration polonaise a déclaré qu’elle voulait élaborer un plan de développement sur le modèle de la théorie de « la science économique de nouvelle structure »  

de Lin Yifu. C’est la première fois depuis la Guerre de l’opium qu’une théorie d’un intellectuel chinois est utilisée par un autre pays comme base théorique de son développement économique. Le responsable polonais de l’élaboration des politiques de développement à l’époque était le vice-premier ministre et ministre des Finances et du Développement, Mateusz Morawiecki. Je l’admire d’avoir eu le courage d’utiliser publiquement une théorie économique née dans un pays en voie de développement. Il a été élu premier ministre en décembre 2017 et je l’ai rencontré en janvier 2018 lors du Forum économique mondial à Davos. Dans son discours, il a indiqué qu’en 2017, alors que la population polonaise ne représentait que 1/10e de la population de l’Union européenne, le pays avait produit 70 % des emplois de l’UE. Ce sont les résultats immédiats du changement de politique du gouvernement. D’une part, la Pologne bénéficie d’un marché efficace, d’autre part, elle est menée par un gouvernement prometteur. Le pays a adopté des politiques industrielles conjointes ciblant les industries ayant des avantages comparatifs potentiels et mobilisé des ressources efficaces.

La Chine a connu des changements spectaculaires au cours des 40 ans de réforme et d’ouverture. La réussite de la Chine, au-delà du fait qu’elle a permis à sa population d’améliorer considérablement son niveau de vie, est de pouvoir offrir à des gens du monde entier la possibilité de changer la vie. Aujourd’hui, 85 % de la population mondiale vit dans un pays en voie de développement, y compris la Chine. Et même si la Chine parvient à se hisser parmi les pays à niveau de revenu élevé d’ici 2025, 66 % de la population mondiale vivra toujours dans un pays en voie de développement. Tous ces gens nourrissent aussi le rêve d’une vie heureuse. Comme je l’ai déjà dit, il n’ y a jusqu’à présent aucun exemple de transformation réussie de pays en développement qui ait suivi les principes des pays développés. En tant que pays en voie de développement, la Chine peut aider les autres pays en développement en proposant des théories qui s’inspirent de ses pratiques réussies. L’applicabilité d’une théorie ne réside pas dans sa logique interne, mais dans l’existence de certaines conditions préalables. Les théories des pays développés s’inspirent de leurs expériences et reposent sur des prémisses économiques qui n’existent pas dans les pays en voie de développement. En outre, le contexte dans les pays développés évolue, ce qui influe les théories. « Autres temps, autres théories ». Les théories des pays développés n’ont pas valeur universelle et ne sont donc pas applicables dans les pays en développement. Par conséquent, ce qui, selon moi, est le plus important dans ces 40 ans de réforme et d’ouverture de la Chine, ce sont les théories extraites des pratiques, qui non seulement nous permettent de comprendre le passé et le présent mais aussi de mieux appréhender l’avenir, et d’aider les autres pays en développement à entrevoir de meilleures perspectives, comme en Chine.

 

* LIN YIFU est professeur et doyen honoraire de l’école nationale de développement de l’université de Beijing.

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