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Contre le déclin, mieux vaut des amis que des ennemis

2018-05-02 15:41:00 Source: Author:ZHENG RUOLIN*
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Ces derniers jours, j’ai découvert un curieux phénomène : certains médias français mettent la Chine, la Russie et la Turquie dans le même sac pour en faire une seule et même analyse. C dans l’air, un programme de débat très connu sur France 5, a consacré une émission spéciale autour de ces trois pays pour discuter autour d’arguments relativement absurdes, tels que « l’autoritarisme vainc la démocratie ». À la faveur de cette tendance générale, Bernard-Henri Lévy a également publié un livre L’Empire et les cinq rois. Selon le livre, l’empire représente les États-Unis, et les cinq rois désignent les dirigeants de l’Iran, de la Turquie, de la Chine, de la Russie et de l’Arabie Saoudite. Les cinq rois souhaitent tous rétablir leur ancien empire, alors que le président américain Donald Trump reste sans rien faire. Je n’ai pas encore lu ce livre, mais j’ai vu le titre d’un chapitre qui semble être : « Ce qui manque à la Chine pour devenir la première puissance du monde ». Que manque-t-il réellement à la Chine ? Certainement pas l’armement de pointe, peut-être est-ce quelque chose dans « le domaine philosophique » ? Parce que j’ai également vu le titre d’un autre chapitre « Géopolitique ou géophilosophie ». Plus précisément, je devine qu’ici, il voudrait dire que la Chine manque de « démocratie » de sorte qu’elle ne peut pas devenir la première puissance du monde. Je ne suis pas sûr que cette conjecture soit correcte, mais en réalité, cela est un sujet rebattu depuis longtemps, au lieu d’un nouvel avis.

Dans les journaux et périodiques français, il existe aussi beaucoup de sujets de ce genre. Par exemple, La République des Pyrénées et Le Point ont publié des articles en la matière. Mais par rapport aux articles qui étaient publiés par le passé, un élément nouveau est apparu : les articles actuels critiquent également l’Occident, à travers des titres comme « Les dictatures ont-elles vaincu ? », « L’Occident est-il fichu ? » et « L’Occident, un empire pour rien ». Pourtant, il semble que les médias français, qui ne veulent pas faire de distinction entre la Chine, la Russie, la Turquie, l’Iran et des pays non-occidentaux, souhaitent convaincre les lecteurs et les spectateurs occidentaux que deux camps se forment progressivement dans le monde, celui de la démocratie et celui de l’autocratie, rappelant la conjoncture avant la Seconde Guerre mondiale ou pendant la guerre froide.

Cette description est tout à fait différente du monde d’aujourd’hui ! Les médias transposent mécaniquement des concepts anciens qui sont apparus il y a un demi-siècle dans le monde actuel qui, lui, est caractérisé par la mondialisation et l’informatisation et inclut désormais l’intelligence artificielle. Si je devais faire une comparaison, ce serait comme utiliser « la pomme » de Newton (la loi de la gravitation universelle) pour expliquer la théorie de la relativité d’Einstein ou la théorie des quantas chez Stephen Hawking !

Lorsqu’ils parlent des dirigeants des pays non-occidentaux, certains intellectuels français les relient intentionnellement aux « guerres ». Mais en réalité, ils ne font qu’effrayer la population occidentale. Je voudrais véritablement inviter les intellectuels « ayant peur de la Chine » à répondre à une question : depuis quatre décennies de réforme et d’ouverture, quelle guerre dans le monde a été déclenchée par la Chine ? De 1980 jusqu’à présent, la Chine n’a jamais commencé ou participé à une guerre. Quelques médias français veulent imposer une image belliqueuse de la Chine, mais de fait, celle-ci a envoyé le plus grand contingent de casques bleus aux Nations Unies, « l’emblème de la paix » par excellence.

La plupart des gens ont cette tendance de craindre les personnes différentes d’eux-mêmes, tendance qui surfe sur une montée des incompréhensions liées à un niveau de connaissances, d’intelligence et de compétences souvent faibles. Pour l’Occident, il semble insupportable que la leçon vienne d’une personne et d’un pays auxquels il n’avait jamais prêté une grande attention. Depuis 500 ans, l’Occident s’est habitué à prendre, seul, la parole sur la scène internationale.

Par conséquent, quand la Chine est brusquement devenue la deuxième puissance économique du monde en dépit des prévisions étrangères telles que « la Chine va s’écrouler » ou « la Chine avance certainement vers la démocratisation occidentale », les intellectuels occidentaux ont été quelque peu désarçonnés. Ils croient donc que la Chine « va retrouver son ancien empire ». Leurs preuves ? Simplement que les Chinois parlent eux-mêmes du renouveau du pays et de la réalisation du « rêve chinois ».

En réalité, « le renouveau de la Chine » et « le rêve chinois » qui est poursuivi, consistent à tourner définitivement les sombres pages du passé de la Chine qui a été opprimée depuis plus de 100 ans par les puissances occidentales, obligée de céder des territoires, de payer des indemnités et de signer des traités inégaux, l’empêchant de devenir un pays indépendant et autonome. Mais des intellectuels occidentaux considèrent que la Chine compte « regagner son honneur dû à son statut d’empire » avec le sous-entendu suivant : la Chine a l’intention d’asservir d’autres pays, surtout les pays occidentaux.

En outre, après l’élection du président américain Donald Trump, qui préconise la politique « America first » et qui ne veut plus payer de dollars pour maintenir un ordre mondial libre, les intellectuels occidentaux sont beaucoup plus inquiets, parce qu’ils pensent que si les États-Unis ne défendent plus l’ordre mondial dominé par les puissances occidentales, la Chine va finalement s’imposer au fur et à mesure du développement de la mondialisation et de la concurrence pacifique. Il suffit de se souvenir de la visite officielle de Donald Trump en Chine en 2017, tandis que le magazine Time publiait un numéro du magazine dont la couverture était « La Chine a gagné » en chinois et « China Won » en anglais.

Alain Peyrefitte, penseur et homme politique français, a intitulé son livre par un dicton de Napoléon Bonaparte Quand la Chine s’éveillera, le monde tremblera. La phrase rend compte d’une inquiétude envers la Chine, ce grand pays avec une grande population et une civilisation à la longue histoire. Mais à mon avis, il ne fait que juger les autres à sa propre mesure.

La Chine n’a jamais eu l’ambition de conquérir les autres pays. On pourrait dire que cette attitude coule dans le sang du peuple chinois. Quand j’étais en France, j’ai rencontré Chenva Tieu, jeune homme politique français d’origine chinoise, qui a écrit le livre Manuel de chinoiserie-à l’usage de mes amis cartésiens. Dans son livre, un paragraphe explique bien mon point de vue :

« Beaucoup d’Européens semblent avoir peur, en un mot, d’être écrasés par les Chinois. N’est-ce pas justement parce qu’en Occident la puissance est souvent allée de pair avec l’asservissement d’autrui ? ‘‘Le monde tremblera…’’ N’est-il pas significatif que la formule ait été attribuée à Napoléon ? S’il avait disposé d’une masse humaine aussi grande que la population chinoise, lui l’aurait sans doute lancée à l’assaut du monde…La Chine n’accroît pas sa puissance pour déferler soudain sur le monde, le dominer, voire l’écraser. Pour le dire en bref : elle ne veut pas nous faire la guerre. »

Je suis assuré que Chenva Tieu, qui a grandi en France, n’a déclaré que la vérité de l’histoire : la civilisation chinoise, qui attache de l’importance à la paix, n’a jamais été une civilisation conquérante et ne sera jamais une civilisation conquérante. Pour le confirmer, comparons les deux grands navigateurs chinois et italien Zheng He et Christophe Colomb : le résultat de la découverte de l’Amérique par Christophe Colomb est connu de tous ; tandis que Zheng He, navigateur de la dynastie des Ming, a conduit plus de 240 vaisseaux et plus de 27 000 personnes à effectuer sept longs voyages maritimes vers l’Occident un demi-siècle plus tôt que Christophe Colomb, sans occuper aucune colonie. Ce n’était pas parce que la puissance des flottes de Zheng He était faible, au contraire, les flottes étaient très fortes à l’époque, mais juste parce que la Chine ne désirait pas envahir d’autres pays.

La question clé la plus débattue par les intellectuels occidentaux, est que la Chine n’a pas établi le même système électoral démocratique que celui des pays occidentaux. Comme la Chine ne donne pas libre cours à la pratique de l’élection directe par toute la population, aux yeux des observateurs et des médias occidentaux, elle a tort et se montre immature. Certes, le régime chinois est différent de celui de l’Occident, mais il s’agit quand même d’un mode de fonctionnement démocratique à la chinoise. D’une part, je ne peux pas trouver un mot français convenable pour décrire le régime chinois, d’autre part, en raison des différences historiques et culturelles entre les civilisations orientale et occidentale, il est difficile de comprendre l’un par rapport à l’autre sans un esprit sincère et impartial.

Il ne faut donc pas mettre les pays non-occidentaux, dont la Chine, en opposition à l’Occident. Je veux souligner encore une fois que la Chine n’est pas un « ennemi » de l’Occident. Aujourd’hui, il existe des concepts et des intérêts opposés dans le monde, à savoir « la mondialisation » et « l’anti-mondialisation », la bonne gouvernance et la mauvaise gouvernance. Je crois que tout cela cause en fait « le déclin de l’Occident ». Voici donc un récit réel du monde actuel.

L’Occident doit procéder à un examen de conscience approfondi ! En 1918, Oswald Spengler, historien allemand, a publié le livre Le Déclin de l’Occident à l’issue de la Première Guerre mondiale, et en 1922, il a également publié le deuxième volume de ce livre qui a laissé un impact profond jusqu’à nos jours. Aujourd’hui, l’Occident s’entiche encore de discuter s’il décline ou non, afin de savoir fondamentalement comment éviter son déclin. Mais en réalité, pour résoudre ce problème, il ne lui faut pas se faire un ou des ennemis. L’histoire en donne une preuve éclatante : l’opposition entre bloc ou la guerre accéléreront « le déclin » de l’Occident, voire du monde entier. Pour conclure : il vaut mieux que l’Occident prenne en compte l’initiative de « la communauté de destin pour l’humanité » proposée par le président chinois Xi Jinping, car la coopération gagnant-gagnant est la seule voie faisable.

﹡ZHENG RUOLIN est un ancien correspondant à Paris du quotidien Wen Hui Bao de Shanghai et l’auteur du livre Les Chinois sont des hommes comme les autres aux éditions Denoël.

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