
Par MA LI, membre de la rédaction
En septembre, à Ordos, dans la région autonome de Mongolie intérieure, le hall d’exposition de 12 000 m2 a vibré au rythme d’une foule dense. Avec la dernière représentation du spectacle Ordos-Nair, la Semaine de promotion des marques de l’industrie culturelle et créative tirait sa révérence après cinq jours d’effervescence. L’événement a parfaitement illustré la manière dont une ville parvient à préserver ses traditions tout en leur insufflant une nouvelle jeunesse.
Une transmission éclairée
Le stand de Zhao Meiling ne désemplissait pas un instant. Assise tranquillement, la septuagénaire laissait ses ciseaux glisser entre ses doigts pendant que des confettis écarlates tourbillonnaient comme une fine neige. En moins de dix minutes, un cheval mongol au galop prenait forme sous ses mains, avec des lignes nettes et une allure fougueuse.
« J’ai appris le découpage auprès de ma grand-mère dès mon enfance, et je n’ai jamais lâché les ciseaux depuis », raconte Zhao Meiling. Même si son ton reste naturel et posé, chacun sait qu’il n’est pas aisé de vouer sa vie à cet art. Il lui a fallu trois ans pour réaliser une fresque découpée de 500 mètres de long.

Zhao Meiling, représentante du patrimoine culturel immatériel du découpage de papier
Le découpage de papier exige de la patience : une œuvre florale ou ornithologique complexe peut demander plusieurs jours de travail, et la posture d’un personnage doit être repensée et retouchée des dizaines de fois avant d’être découpée. Ce travail de précision, qui naît de la lenteur et du soin, fait toute la valeur du patrimoine culturel immatériel.
Cui Jinghan, la petite-fille de Zhao Meiling, poursuit elle aussi ce travail de transmission. Initiée dès l’âge de deux ans auprès de sa grand-mère, elle a hérité, après quinze ans de pratique quotidienne, du geste et de la sensibilité de la vieille génération. Mais elle en est pleinement consciente : pour préserver cet art, la simple reproduction ne suffit pas. « Je voudrais marier le découpage traditionnel avec les tendances modernes prisées des jeunes, pour proposer des créations plus actuelles », explique la jeune fille. Sur le stand, à côté des motifs floraux classiques, ses marque-pages inspirés des signes du zodiaque ravissent de nombreux jeunes visiteurs.
Transmettre ne signifie pas figer. Ces dernières années, Zhao Meiling s’est toujours attachée à transformer les œuvres en produits, les produits en filière, la filière en emplois, et les emplois en levier pour le tourisme, élargissant ainsi le marché du découpage. Elle aspire, à travers tout cela, à sauvegarder ce trésor culturel.

Produits créatifs lors de la Semaine de la création culturelle
Un nouveau mode d’expression
Si le stand de découpage offrait une transmission empreinte de chaleur, celui de l’assemblage à tenon et mortaise réservait d’autres surprises.
Sur la table de l’exposant Li Renjie s’alignaient toutes sortes de pièces en bois. Ici, les visiteurs pouvaient manipuler les structures et apprécier la finesse d’un ajustement parfait, où le bois s’emboîte sans clou ni agrafe. Beaucoup, en particulier parmi les visiteurs étrangers, découvraient cet artisanat avec étonnement : pour eux, ce type d’assemblage évoquait davantage la restauration des monuments anciens que des jeux de manipulation.
L’industrialisation ayant éloigné cette technique du quotidien, Li Renjie et son équipe ont choisi de ne pas l’enfermer dans les vitrines d’un musée. Ils l’ont déclinée en jeux de réflexion et en outils pédagogiques, conservant l’esprit de la structure tout en l’adaptant à la sensibilité esthétique contemporaine. Un visiteur allemand, après une longue manipulation sur place, a dit que cela lui évoquait la menuiserie de précision traditionnelle de son pays natal, et que le bon design n’a pas de frontière.
Les initiatives novatrices ne manquaient pas lors de l’exposition. La réalité augmentée ressuscitait les vestiges antiques sur un écran de téléphone ; la réalité mixte offrait un récit dynamique aux peintures anciennes ; l’utilisation d’avatars numériques facilitait la diffusion du chant manhandiao sur Internet ; et la reconstitution numérique transformait le patrimoine historique en une expérience interactive et immersive.
Côté spectacles, la pièce intitulée La nouvelle ère mariait danse traditionnelle mongole et chorégraphie contemporaine sur un rythme vif. Sofia, une étudiante russe, remarquait combien cette œuvre renouvelait son regard sur la danse mongole : « C’est comme si deux langues dialoguaient à travers un même corps. »
L’essence de l’innovation n’est pas de négliger la tradition, mais de lui trouver un mode d’expression adapté à notre époque. La Semaine de promotion des marques de l’industrie culturelle et créative a démontré que la vitalité du patrimoine culturel immatériel réside dans sa capacité à se réinventer.

Un ambassadeur des échanges culturels sino-africains s’essaie au morin khuur, une vièle traditionnelle mongole à tête de cheval.
Une résonance qui se passe de mots
François Tchiegue, animateur de télévision camerounais, a été captivé par le morin khuur (un instrument à cordes mongol) et le chant khöömii (chant de gorge mongol). Il a immortalisé le spectacle sur son portable pour partager avec ses proches en Afrique les sonorités uniques de la steppe. Lawrence, un étudiant américain, a lui aussi envoyé des vidéos de khöömii à ses parents pour leur faire ressentir l’immensité des paysages mongols. Quant à Margot, venue de France, elle a été saisie par la puissance expressive des interprètes ; selon elle, la sincérité est un langage culturel universel qui se passe de traduction.
S’ouvrir au monde, c’est offrir aux cultures locales un rayonnement plus large. Durant cet événement, la rencontre entre les patrimoines de différentes provinces et le public international a nourri le dialogue interculturel. C’est grâce à ces échanges que la culture cesse d’être un simple « objet exposé » pour devenir un « objet compris », transformant les traditions populaires en symboles culturels contemporains, porteurs de sens et de résonance.
Le dernier jour de la Semaine, une présentation spéciale a été consacrée au « Volleyball de village de la steppe ». Ce projet de volleyball rural, devenu un véritable label culturel, a été développé par la bannière avant d’Otog. Portée par une authenticité populaire, cette initiative a réussi à dépasser son cadre initial pour donner naissance à des produits dérivés. Une spectatrice française confiait que cette atmosphère chaleureuse lui rappelait les tournois de pétanque estivaux dans les petites villes du sud de la France : « Le sport, comme la musique, est le moyen le plus simple de rassembler les gens. »
Au-delà de la mise en valeur des richesses culturelles d’Ordos, la Semaine incarne la démarche concrète d’une ville en matière de transmission et d’innovation. La véritable confiance culturelle consiste à mener ce travail avec pragmatisme : préserver l’héritage, encourager l’innovation et faire rayonner les cultures à travers ce qui fait leur authenticité.