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La modernisation à la chinoise : penser une autre voie vers l’avenir

2026-09-30 11:49:00 Source: La Chine au présent Auteur: SONIA BRESSLER*
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Au-delà de sa portée politique, l’ouvrage rassemble des réponses concrètes aux grands défis mondiaux du XXIe siècle.

L’espace dédié aux fournisseurs de services « GoGlobal Connect », lors du 11e Sommet de « la Ceinture et la Route », à Hong Kong, le 9 septembre 2026 

Par SONIA BRESSLER*

Le cinquième volume de Xi Jinping : La Gouvernance de la Chine rassemble 91 textes prononcés ou rédigés entre mai 2022 et décembre 2024. Au-delà de sa portée politique, l’ouvrage expose une conception systémique de la modernisation chinoise, articulant développement économique, innovation technologique, cohésion sociale, continuité culturelle et transition écologique. Il invite ainsi à rouvrir une question essentielle pour le dialogue entre la France et la Chine : existe-t-il une voie unique vers la modernité ?

Parler de modernisation, ce n’est pas seulement parler de croissance, d’infrastructures, d’industrialisation ou de puissance technologique. C’est aussi poser une question philosophique et politique : quelle société voulons-nous construire, selon quelles valeurs et pour quel modèle d’humanité ?

Ce cinquième volume permet d’examiner la réponse formulée par la Chine contemporaine. Structurés en 18 sections thématiques, les textes abordent la réforme et l’ouverture, le développement de haute qualité, les sciences et les technologies, l’éducation, la culture, l’écologie, le droit, la sécurité et les relations internationales. L’ensemble dessine moins l’image d’un état définitivement atteint que la cartographie d’un processus en cours.

Cette nuance est essentielle. La modernisation n’y apparaît pas comme un seuil que l’on franchit une fois pour toutes, mais comme une transformation continue, faite d’expérimentations, d’ajustements et de réformes. Elle s’inscrit pleinement dans le temps long : celui de la planification politique, mais également celui d’une civilisation cherchant à se transformer sans devenir étrangère à elle-même.

Pluralité des voies et développement de haute qualité

Depuis le XIXe siècle, la modernité a souvent été présentée comme une trajectoire universelle dont les sociétés occidentales incarnaient le modèle absolu. Se moderniser imposait d’en reproduire les étapes économiques, d’en adopter les institutions et parfois de rompre avec ses propres traditions.

La notion de « modernisation à la chinoise » remet en cause cette vision linéaire. Elle ne récuse pas les aspirations communes associées à la modernité : amélioration des conditions de vie, progrès scientifique, développement de l’éducation, transformation économique ou innovation. Elle affirme que ces objectifs peuvent s’appuyer sur des histoires, des institutions et des ancrages culturels distincts.

La singularité chinoise réside également dans l’échelle de la transformation engagée. Moderniser un pays de plus de 1,4 milliard d’habitants exige de concilier simultanément équilibres territoriaux, dynamiques villes-campagnes, réseaux d’infrastructures, services publics et coordination des politiques publiques.

C’est dans ce cadre qu’intervient la notion clé de « développement de haute qualité ». Le glissement de paradigme est majeur : là où la croissance quantitative se demande combien nous produisons, le développement de haute qualité s’interroge sur ce qui est produit, comment, pour qui, et avec quelles répercussions sociales et environnementales.

Cette approche associe la transformation des industries traditionnelles, la recherche scientifique, la formation des talents, la transition écologique et l’émergence des « forces productives de nouvelle qualité ». Elle accorde une importance particulière aux technologies numériques, à l’intelligence artificielle et aux secteurs stratégiques.

Mais la puissance technologique ne constitue pas, à elle seule, un projet de civilisation. L’innovation ne prend véritablement sens que lorsqu’elle contribue à l’amélioration des conditions de vie et s’accompagne d’une réflexion sur ses finalités. Une société peut être technologiquement avancée tout en demeurant socialement fragmentée ou humainement appauvrie.

Le principe d’adaptation aux réalités locales vient nuancer le volontarisme technologique. Une politique de modernisation ne peut être appliquée uniformément à des territoires dont les situations économiques, sociales, géographiques et culturelles diffèrent. L’innovation doit être située, évaluée et orientée.

Le 50 millionième passager du chemin de fer Chine-Laos reçoit un certificat commémoratif, le 28 mars 2025.

Cohésion sociale, héritage culturel et écologie

Le développement centré sur le peuple est au cœur de l’ouvrage. Il repose sur une conviction : le développement ne peut être durable s’il produit de la richesse sans produire de la cohésion.

Cette orientation entre en résonance avec la formule 民惟邦本 (mín wéi bāng běn) : « le peuple est le fondement du pays ». Sans raccourci anachronique faisant de ce précepte l’origine directe des politiques actuelles, cette référence rappelle qu’en Chine, la réflexion sur la légitimité du pouvoir a longtemps été liée à sa capacité à préserver l’ordre collectif et les conditions d’existence de la population.

Ce cinquième volume insiste également sur le développement coordonné de la civilisation matérielle et de la civilisation spirituelle. Cette articulation mérite l’attention. La culture, l’éducation, les arts et les livres ne sont pas présentés comme les ornements d’une prospérité déjà acquise, mais comme des dimensions constitutives du développement humain. La tradition n’est donc pas nécessairement l’opposé de la modernité. Une tradition consiste à relire un héritage afin d’y trouver des ressources pour affronter les problèmes du présent.

Cette vision intégrée s’étend naturellement à l’environnement. La construction d’une « Belle Chine » représente un autre pilier du projet. Protection des écosystèmes, lutte contre les pollutions, transition énergétique et développement bas carbone sont désormais intégrés à la définition même de la modernisation.

La notion philosophique de 天人合一 (tiānrén héyī), qui pense l’être humain dans une relation d’interdépendance avec le Ciel et le monde naturel, apporte ici une résonance particulière. S’il convient d’éviter les analogies simplistes entre sagesse ancienne et écologie moderne, cette notion rappelle toutefois que l’humanité ne peut s’affranchir de son environnement.

Au XXIe siècle, plus aucune modernisation ne peut reposer sur le modèle industriel d’épuisement des ressources. Le progrès doit être technologique, mais aussi social, écologique et responsable envers les générations futures.

Des habitants regardent un film en plein air à Xi’an (Shaanxi), le 4 septembre 2026.

Une expérience à comprendre, non un modèle à reproduire

À travers les Initiatives pour le développement mondial, la sécurité mondiale et la civilisation mondiale, le volume inscrit la modernisation chinoise dans une réflexion internationale. La Chine y présente son expérience moins comme un modèle destiné à être reproduit à l’identique que comme une voie susceptible d’être observée et discutée.

Dans cette optique, le dialogue franco-chinois s’avère précieux. La France et la Chine n’ont ni la même histoire, ni les mêmes institutions, ni le même système politique. Comprendre les catégories à partir desquelles la Chine pense son développement ne relève ni de l’alignement ni de la complaisance critique, mais du refus des simplifications réductrices.

Face aux bouleversements climatiques, à l’intelligence artificielle et aux tensions géopolitiques, les deux pays ont intérêt à maintenir ouverts les espaces de coopération scientifique, éducative, culturelle et intellectuelle. Dialoguer ne consiste pas à devenir semblables, mais à rendre les différences intelligibles.

Le cinquième volume de Xi Jinping : La Gouvernance de la Chine nous invite ainsi à dépasser plusieurs oppositions trop simples : entre tradition et modernité, développement économique et accomplissement humain, singularité nationale et responsabilité universelle.

Comprendre la modernisation à la chinoise, ce n’est pas seulement chercher à comprendre la Chine contemporaine. C’est accepter de poser à nouveau une question qui nous concerne tous : quel progrès voulons-nous, pour quelle société et pour quel avenir commun ?

 

*SONIA BRESSLER est philosophe et fondatrice de la Route de la Soie – Éditions.

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