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De la promesse verte à l’action globale

2026-09-02 10:59:00 Source: La Chine au présent Auteur: BRUNO GUIGUE*
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Face à l’urgence climatique, la Chine abandonne la croissance à tout prix pour s’imposer en chef de file de la transition verte. 

 

Après deux siècles d’industrialisation, la préservation de la nature est désormais inscrite à l’agenda planétaire. Aucun pays n’échappe aux conséquences de la pression exercée sur la biosphère, et la Chine moins que tout autre. Le 15 août 2026, le Code de l’environnement écologique de la République populaire de Chine est entré en vigueur, scellant une base juridique encore plus solide en faveur d’une coexistence harmonieuse entre l’homme et la nature. Le même jour, la 4e Journée nationale de l’écologie, placée sous le thème « Construire une base verte pour la modernisation chinoise », a réaffirmé la ferme détermination de cette nation millénaire sur la voie de la civilisation écologique.

Cependant, au regard du chemin parcouru, la transition de la Chine n’a pas été un fleuve tranquille. Pays industrialisé de 1,4 milliard d’habitants, la Chine émet une partie non négligeable du CO2 mondial, et depuis 1990 elle a multiplié par quatre ses émissions de gaz à effet de serre. Même si ses émissions par habitant restent inférieures à celles des États-Unis, du Canada ou de l’Allemagne, la Chine porte une responsabilité environnementale à la hauteur de son poids démographique et économique.

Le pays a connu une urbanisation accélérée qui reste sans précédent dans l’histoire de l’humanité : 300 millions de ruraux sont venus s’installer dans les villes en moins de vingt ans. Depuis 1990, la consommation d’électricité par habitant a été multipliée par dix. Faut-il en blâmer les Chinois ? Cette envolée de la consommation énergétique réitère un phénomène qui s’est déjà produit ailleurs. En trois ou quatre décennies, le pays a connu des problèmes environnementaux analogues à ceux générés par deux siècles d’industrialisation en Occident et au Japon.

En Chine comme ailleurs, le milieu naturel a été mis à rude épreuve par une modernisation menée au pas de charge. Mais à la différence d’autres pays, l’ensemble de la société a accordé une attention sans précédent aux questions écologiques. La Chine ne pouvait en effet plus ignorer les dommages causés par son développement industriel. Il y a une quinzaine d’années, de nombreux indicateurs étaient encore dans le rouge : la détérioration de la qualité de l’air, la pollution de l’eau et des sols, l’érosion, les pluies acides, l’accumulation des déchets constituaient autant de problèmes en partie non résolus.

Aujourd’hui, le ciel est bleu à Beijing, à Shanghai et à Guangzhou, la qualité de l’air est bonne, voire excellente, sur la majeure partie du territoire, et la pollution a considérablement diminué. Prenant leurs responsabilités, les autorités ont résolu la plupart des problèmes qui accablaient les grandes agglomérations. Comment ? En réglementant les activités polluantes par la mise en œuvre de normes d’émission de plus en plus strictes, mais aussi en favorisant l’électrification accélérée des moyens de transport.

La pratique de la transition verte chinoise

La façon dont la Chine relève le défi écologique marque, en réalité, un véritable tournant civilisationnel. Pour les planificateurs chinois, l’industrialisation à tout prix appartient désormais au passé. Sous la direction du président Xi Jinping, la Chine applique une stratégie de développement axée sur la qualité de vie et la protection de la nature. La lutte acharnée contre toutes les formes de pollution, la réduction drastique des émissions de gaz à effet de serre, la revitalisation des espaces ruraux et le reboisement massif des régions du Nord s’inscrivent dans cette perspective.

En novembre 2021, la Résolution du Comité central du Parti communiste chinois sur les réalisations majeures et le bilan historique des cent années de lutte du Parti décrivait ainsi ce changement fondamental de paradigme : « Le modèle de développement que nous avons connu n’est plus soutenable. La nouvelle vision du développement constitue une transformation profonde qui touche l’ensemble du développement de la Chine. Il ne faut plus tout évaluer à l’aune du taux de croissance du PIB [...] Nous devons prendre pour axe principal la promotion d’un développement centré sur la qualité. »

Il est vrai que, dès 2012, le président Xi Jinping soulignait vouloir établir fermement une civilisation écologique et développer une relation harmonieuse entre l’homme et la nature. Un objectif à la hauteur des enjeux : responsable de 30 % des émissions mondiales de carbone, vulnérable aux catastrophes climatiques, la Chine était fortement attendue dans la lutte contre le réchauffement climatique. Cette attente n’a pas été déçue. En 2009, à l’occasion de la COP15 de Copenhague, la Chine s’est engagée à réduire de 45 % son intensité carbone – c’est-à-dire les émissions de CO2 par unité de PIB – pour 2020 par rapport au niveau de 2005.

Cet objectif a été atteint dès 2018, mais la Chine a voulu poursuivre le mouvement. Signataire du fameux Accord de Paris (2015), elle a pris de nouveaux engagements dans la lutte contre le réchauffement climatique : elle s’est engagée à atteindre le pic carbone en 2030 et la neutralité carbone en 2060. Depuis cet engagement, les résultats sont probants : dans le secteur des énergies vertes, la Chine réalise aujourd’hui à elle seule les deux tiers des nouvelles capacités mondiales.

Dans le pays, les énergies renouvelables représentent plus de 60% de la capacité installée, et plus d’un tiers de l’électricité consommée provient désormais de sources renouvelables. Aujourd’hui, la Chine est numéro un mondial pour la production domestique d’électricité solaire, éolienne et hydroélectrique, tout en s’imposant comme le plus grand fabricant de l’ensemble des équipements associés (chauffe-eau solaires, panneaux photovoltaïques, éoliennes, entre autres).

Une protection écologique élargie

Relever le défi écologique implique d’agir sur tous les fronts : moderniser les agglomérations urbaines, mais aussi transformer le monde rural et préserver les espaces naturels.

Du côté des campagnes, le Comité central du Parti communiste chinois et le Conseil des Affaires d’État ont publié le Plan de revitalisation rurale intégrale (2024-2027) en janvier 2025. Ce projet vise à renforcer la sécurité alimentaire et l’activité agricole tout en réduisant les inégalités de revenus et d’infrastructures entre villes et campagnes. En promouvant des pratiques agricoles durables et la restauration de l’environnement, le plan aligne le développement rural sur les objectifs nationaux en matière d’émissions de carbone et de transition verte.

Du côté des espaces naturels, la désertification constitue une autre préoccupation écologique majeure. Si elle suivait son cours naturel, l’avancée du désert de Gobi au nord du pays avalerait chaque année des milliers de kilomètres carrés de terres arables. Pour conjurer cette menace vitale et freiner les tempêtes de sable en provenance du désert, le gouvernement chinois a lancé dès 1978 un vaste programme national de reforestation, qui contribue également, aujourd’hui, à lutter contre le réchauffement climatique.

Ce projet colossal, baptisé la « Grande muraille verte », s’étend sur 4 800 km de long et plusieurs dizaines de kilomètres de large le long du désert, avec une échéance prévue en 2050. En 2025, le taux de couverture forestière du pays atteignait déjà 24 %. D’une superficie de 35 millions d’hectares, cette opération de reboisement est la plus vaste de l’histoire de l’humanité. En près de cinquante ans, 66 milliards d’arbres ont été plantés, et la Chine prévoit d’en ajouter encore 34 milliards d’ici le milieu du siècle.

Ce programme est particulièrement bénéfique pour l’équilibre écologique. À partir d’observations satellitaires mesurant la densité de la canopée (l’indice de surface foliaire), des chercheurs ont révélé que la surface foliaire des forêts artificielles augmente 66 % plus vite que celle des forêts naturelles. Cet écart s’explique par l’âge des arbres : les forêts créées par l’homme sont, en moyenne, beaucoup plus jeunes que les forêts naturelles, et les jeunes arbres connaissent une phase de croissance particulièrement rapide.

Si ces résultats confirment l’intérêt des programmes de reboisement pour la capture rapide du CO2, ils ne remettent pas en cause l’importance des forêts naturelles, dont la croissance plus lente garantit un stockage de carbone plus durable et une meilleure résistance climatique.

Lors d’un voyage d’études dans la région de Chengdu, dans le Sichuan, j’ai été frappé de voir que cette grande capitale provinciale était entourée d’immenses forêts riches en ressources végétales et animales. C’est non loin de là que se trouve, notamment, un magnifique espace forestier de plusieurs centaines d’hectares dédié à la reproduction des pandas géants.

En préservant ou en reconstituant ces espaces naturels où l’homme vit en harmonie avec la faune et la flore, la Chine démontre que le progrès scientifique et technique peut répondre efficacement aux problèmes environnementaux.

Avec sa politique de préservation des forêts naturelles et de reboisement des territoires menacés par le désert, la Chine a créé un gigantesque « poumon vert » bénéfique à l’ensemble de l’humanité. Des grandes agglomérations aux étendues désertiques en passant par les régions rurales, la protection de l’environnement a franchi un cap décisif : chef de file des nations déterminées à accomplir la transition écologique, la Chine promeut désormais un nouvel équilibre entre l’homme et la nature.

 

*BRUNO GUIGUE est ancien haut fonctionnaire, chercheur en philosophie politique et analyste politique français.

 

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