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Maraîchage intelligent dans le Gobi

2026-09-01 15:03:00 Source: La Chine au présent Auteur: GE LIJUN, membre de la rédaction
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Les technologies de culture hors-sol sous serre transforment le désert de Gobi en terre de production. 

Des spécialistes étrangers effectuent une visite sur la base de démonstration agricole du désert de Gobi de Suzhou, le 6 juin 2026. 

Tous les étés offrent le même spectacle dans l’arrondissement de Suzhou, à Jiuquan (Gansu). Des milliers de serres à perte de vue brillent sous un soleil intense, posées sur ce qui fut longtemps un désert de cailloux balayé par le vent. Ici, sur les terres du Gobi, l’agriculture n’a pas remplacé la nature : elle l’a contournée.

Li Junguo, agriculteur du village n°4 de Dongdong, exploite 24 serres solaires, chacune d’environ 1,4 mu (1 mu = 1/15 ha). En pleine saison, quatre à cinq personnes suffisent pour les faire fonctionner. Le reste est pris en charge par des équipements mécanisés et des systèmes automatisés. L’intervention humaine se limite désormais aux gestes essentiels : tailler, éclaircir et récolter.

Ses serres font partie de la base de démonstration agricole du désert de Gobi de Suzhou. Planifié en 2017 et mis en chantier l’année suivante, le site regroupe aujourd’hui près de 3 000 serres modernes, réparties sur une superficie totale construite de 17 300 mu. La base constitue également le cœur du Parc industriel écologique sino-israélien de Jiuquan, conçu par la province du Gansu dans le cadre d’une stratégie provinciale visant à structurer une filière complète : maraîchage intensif, équipements d’irrigation et transformation agroalimentaire.

Cette combinaison « base expérimentale-parc industriel » a profondément transformé l’agriculture locale. Le Gobi, longtemps perçu comme une frontière infranchissable, devient progressivement un espace productif.

Un train de service installé dans les serres pour améliorer l’efficacité de la production

Des serres intelligentes

À première vue, rien ne prédestinait cette vaste étendue du désert de Gobi à devenir une terre agricole. Ici, le sol est difficilement cultivable. L’idée était donc d’exploiter ces terres non arables pour y produire des fruits et légumes, tout en réservant les meilleures terres agricoles à la culture des céréales destinées à assurer la sécurité alimentaire du pays.

Dans une des serres de M. Li, des rangées de tomates vertes poussent dans un environnement entièrement maîtrisé. L’eau, ressource particulièrement précieuse dans cette région aride, est utilisée avec une extrême parcimonie. Les serres sont équipées d’un système combinant irrigation au goutte-à-goutte sous paillage, microaspersion et fertigation. Cette méthode permet ainsi de réduire de plus de 35 % la consommation d’eau par rapport à une culture traditionnelle en plein champ, tout en générant une valeur économique nettement supérieure.

Zhang Guosen, chercheur à l’Institut de bio-ingénierie de l’Université professionnelle et technologique de Jiuquan, explique que la ville a structuré cette transformation autour d’un centre de recherche dédié à l’agriculture du Gobi, réunissant des institutions nationales et provinciales, des universités agricoles et des experts israéliens. Ensemble, ils ont développé plusieurs types de structures de serres, des substrats organiques standardisés et une série de protocoles techniques couvrant la fertilisation, la pollinisation, la lutte contre les maladies et l’irrigation de précision.

L’une des innovations les plus remarquables est précisément la culture hors-sol. En l’absence de terre cultivable, les fruits et légumes sont cultivés sur un substrat spécialement conçu à partir de déchets agricoles (paille, résidus de champignons ou fumier) transformés dans les usines locales. « Cela permet de valoriser des déchets agricoles tout en offrant aux cultures un support parfaitement adapté », explique Jia Qi, directeur adjoint de l’Institut de recherche sur les légumes de l’Académie des sciences agricoles de Jiuquan.

M. Jia présente ensuite la plateforme numérique de gestion des serres. Depuis un ordinateur ou un smartphone, les agriculteurs peuvent piloter à distance l’ensemble des équipements : ouverture et fermeture des couvertures isolantes, réglage de la température, de la luminosité et du taux d’humidité, entre autres.

Les effets sur les revenus sont spectaculaires. Auparavant, la plupart des habitants cultivaient du maïs destiné à la production de semences, pour un revenu annuel d’un peu plus de 3 000 yuans par mu. Aujourd’hui, les serres produisent des fruits et légumes avec généralement deux récoltes par an. Chaque serre génère ainsi un revenu brut compris entre 60 000 et 80 000 yuans.

M. Li a lui-même rejoint une coopérative. « Chacun contribue selon ses compétences et ses moyens : savoir-faire agricole ou main-d’œuvre. Les grandes enseignes exigent aujourd’hui des produits certifiés “verts”. Une commercialisation collective est plus crédible et plus stable. Après déduction des coûts, les membres reçoivent chaque année plusieurs dizaines de milliers de yuans de dividendes », partage-t-il.

Toujours dans une démarche d’innovation, la base a inauguré l’an dernier trois serres pilotes intégrant les technologies les plus avancées. Conçues pour résister aux vents violents et aux hivers rigoureux du Gansu, elles utilisent une structure inédite, qui permet d’augmenter la température intérieure de 5 à 8 °C en hiver sans recourir au chauffage. Elles expérimentent également une technique de culture multicouche améliorant la rétention d’eau et des nutriments.

La construction de chacune de ces trois serres pilotes bénéficie d’une subvention publique d’environ 60 000 yuans, destinée à encourager l’adoption de nouvelles technologies. « Nos équipes accompagnent gratuitement tous les exploitants (entreprises agricoles, coopératives et agriculteurs individuels), afin que chacun puisse bénéficier des technologies les plus avancées », affirme M. Zhang.

Aujourd’hui, environ 16 500 personnes participent à cette filière agricole, dont les retombées profitent désormais à l’ensemble des villages concernés.

Du Gobi aux marchés nationaux

Jiuquan est considérée comme le berceau de l’agriculture du désert de Gobi en Chine. Suzhou ne s’est pas contenté d’expérimenter : il a industrialisé son modèle. La production annuelle atteint aujourd’hui environ 35 000 tonnes de fruits et légumes, distribués dans tout le pays.

Le Parc industriel écologique sino-israélien de Jiuquan, lancé en 2018, joue un rôle structurant. Il rassemble 46 entreprises et coopératives, regroupe 4 140 serres normalisées, et organise toute la chaîne industrielle : production de plants, tri, transformation, stockage et logistique sous chaîne du froid.

Les cultures principales incluent concombres, courgettes, poivrons, haricots grimpants et pastèques. Certaines tomates, comme la variété « Provence », sont destinées aux grandes chaînes de distribution des métropoles chinoises. La production est standardisée afin de garantir des volumes homogènes et des calendriers de récolte synchronisés.

Le parc facilite également l’accès aux marchés, en créant 23 marques d’entreprises sous le label Ganwei (saveurs du Gansu) ainsi que 21 marques de produits de qualité. La traçabilité est assurée de bout en bout grâce à la numérisation des flux de production et de distribution. Avec la logistique frigorifique, les fruits et légumes peuvent atteindre les grandes villes chinoises en moins de 48 heures.

En repensant aux débuts du projet, M. Zhang mesure le chemin parcouru. « Au départ, nous avons construit les premières serres à la main avec les pierres trouvées sur place. Aujourd’hui, c’est devenu un parc agricole moderne de plusieurs milliers d’hectares. Cette évolution résume parfaitement le développement agricole du Gobi à Suzhou. »

Le projet continue de s’étendre. Les autorités locales ambitionnent de faire de Suzhou un centre majeur national de production de fruits et légumes en milieu aride, mais aussi une base d’exportation vers d’autres régions d’Asie centrale et au-delà. Le Gobi, autrefois synonyme de stérilité, devient progressivement un espace agricole stratégique, et contribue à la nouvelle dynamique agricole du pays.

 

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