
Voie verte du Parc culturel national du Changjiang à Jiujiang (Jiangxi), le 1er août 2026
Du haut du quatrième étage du pavillon Pipa dans le Parc culturel national du Changjiang, à Jiujiang (Jiangxi), la vue offre le spectacle grandiose du fleuve. Le pont suspendu le traverse avec majesté, tandis qu’une passerelle piétonne serpente désormais le long des berges. Il est difficile d’imaginer qu’il y a encore quelques années, ce panorama était masqué par des quais industriels et des entrepôts chaotiques. L’activité de production coupait alors la ville de son fleuve.
Lors de sa visite sur place le 10 octobre 2023, Xi Jinping, secrétaire général du Comité central du Parti communiste chinois, avait souligné que, quel que soit le niveau de développement futur de la ceinture économique du Changjiang, la région ne pourra jamais se passer des bienfaits du fleuve. Il avait alors appelé à concevoir une communauté de vie pour l’homme et la nature, en plaçant la préservation du fleuve au cœur d’un développement pérenne pour la nation.
Forte de cette orientation axée sur la protection plutôt que le surdéveloppement, Jiujiang a engagé une restructuration majeure de sa frange littorale sur onze kilomètres. Les quais industriels se sont effacés devant une voie verte, reliant les vestiges historiques pour transformer l’ancienne ceinture industrielle en une promenade culturelle. Un changement historique qui permet à l’arrondissement de Xunyang de retrouver un accès direct à l’eau.
Moteur de la reconfiguration de l’espace urbain
Habitant de Jiujiang, Pan Li a vécu ces mutations au quotidien. Il se remémore le paysage d’autrefois, encombré de petits quais, de dépôts de sable et d’ateliers. Les ruelles étroites et les bâtiments vétustes bloquaient la vue et empêchaient les habitants d’accéder aux berges. Les ressources du littoral étaient alors monopolisées par des activités industrielles peu efficientes.
Une vaste opération d’assainissement a inversé la tendance avec la fermeture de 74 quais, le retrait de 37 usines chimiques situées à moins d’un kilomètre du fleuve et le traitement de 876 points de rejet d’eaux usées. Les espaces de production ont été reconvertis en zones humides et en parcours piétons.
C’est sur ces espaces libérés qu’a émergé le Parc culturel national du Changjiang. Selon Zhang Weiguang, directeur général du groupe de développement touristique de Jiujiang, le projet s’articule autour d’un axe majeur reliant les trois monuments historiques du pavillon Pipa, de la Tour Xunyang et de la Tour Suojiang, auparavant isolés. Aujourd’hui, une passerelle suspendue intègre des haltes culturelles, la bibliothèque Pipa, des stations d’accueil et des belvédères. L’ensemble demeure gratuit et ouvert à tous, sans clôtures ni billetterie, restituant pleinement le fleuve et ses berges aux citoyens.

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La valorisation du patrimoine au service de la culture
Une fois les espaces libérés, il s’agissait de faire revivre l’histoire. La municipalité a écarté le modèle de conservation figé au profit d’interventions légères. Les trois monuments phares ont ainsi été revitalisés pour devenir de véritables lieux d’expérience.
Le pavillon Pipa constitue le cœur poétique de la ville, rendu célèbre par Le Chant du pipa du poète Bai Juyi. Zhang Weiguang explique que l’équipe d’aménagement a fait le choix de préserver l’architecture d’origine sans démolition majeure. L’intérieur héberge désormais un pavillon numérique immersif dédié à Bai Juyi, s’appuyant sur l’holographie pour recréer la scène classique des adieux nocturnes au bord du fleuve. À la nuit tombée, le spectacle son et lumière Songe de pipa au pavillon est projeté sur l’édifice. La musique portée par la brise fluviale redonne vie à la rencontre entre le poète et la joueuse de pipa, transformant la poésie écrite en une expérience visuelle et sonore captivante.
Le parc culturel s’anime toute l’année d’activités culturelles gratuites, allant des spectacles de style traditionnel aux concerts d’instruments anciens et aux cercles de poésie. Les édifices historiques ouvrent régulièrement leurs portes pour des événements publics, tandis que la bibliothèque Pipa met ses livres gratuitement à disposition. Les monuments ne sont plus des étapes touristiques isolées, mais des espaces vivants intégrés au quotidien des habitants.
Afin de préserver ce patrimoine sur le long terme, des règles strictes ont été établies. « Nous appliquons rigoureusement le principe de la priorité à la protection et d’une exploitation raisonnable », précise Zhang Weiguang. Il indique que toute activité commerciale est soumise à une zone tampon stricte limitant la nature des commerces pour éviter d’altérer les monuments et le paysage environnant. Un suivi régulier permet de contrôler la santé des édifices, excluant toute commercialisation excessive pour garantir la transmission pérenne de cet héritage.
Cette approche combinant numérisation, scénographie et ouverture au public affiche des résultats probants. Depuis son ouverture progressive, la zone touristique a accueilli plus de 6,2 millions de visiteurs, franchissant le seuil des deux millions pour la seule année 2025.

La librairie Pipa au sein du Parc culturel national du Changjiang à Jiujiang (Jiangxi)
L’empreinte culturelle d’un développement durable
L’aménagement du parc culturel national du Changjiang à Jiujiang repose sur une vision profonde de coexistence entre la ville et le fleuve. En alliant protection écologique, transmission culturelle et renouvellement urbain, la ville invente une nouvelle forme d’urbanisation qui ne dépend plus de l’expansion industrielle, mais s’appuie sur la dynamique de l’écologie et de la culture, proposant ainsi une référence pour l’avenir du bassin du Changjiang.
Les retombées touristiques générées par la promenade littorale irriguent en retour le développement de la vieille ville. Le flux ininterrompu de visiteurs qui emprunte la voie verte s’aventure au cœur du quartier historique de la rue Dazhong, incitant à la montée en gamme des restaurants, des créations culturelles et des commerces spécialisés. Les croisières nocturnes sur le fleuve et les illuminations de la berge stimulent l’économie du soir, tandis que fleurissent les boutiques de souvenirs poétiques, les objets inspirés du style traditionnel et les ateliers du patrimoine immatériel. L’économie fluviale autrefois centrée sur la manutention portuaire cède la place à une économie verte alliant tourisme écologique, services culturels et loisirs urbains, réorientant la structure industrielle locale dans le sens de la préservation du Changjiang.
Au-delà de l’aspect économique, la véritable valeur réside dans ce cercle vertueux où la transmission culturelle nourrit la protection du fleuve. Sur la section du Changjiang à Jiujiang, l’eau maintient la qualité excellente de catégorie II depuis sept années consécutives, offrant le cadre apaisé où l’on voit réapparaître des marsouins aptères jouant dans les vagues, concrétisant l’harmonie entre l’homme et la nature.
En tant que carrefour stratégique du fleuve Changjiang, Jiujiang apporte une réponse concrète au défi majeur des villes du bassin, à savoir réussir l’équilibre entre écologie, patrimoine et expansion urbaine. Sans sacrifier l’environnement au profit de l’industrie, sans couper la ville de son fleuve et sans épuiser ses monuments historiques pour un gain commercial immédiat, la ville a fait du parc culturel le lien qui transforme les réussites écologiques en espaces culturels. En érigeant sa mémoire historique en force d’attractivité majeure, Jiujiang met le rayonnement culturel au service d’un urbanisme de qualité, faisant du fleuve bien plus qu’une voie navigable stratégique ou un couloir écologique : un grand corridor de civilisation pérenne.