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Le veilleur des plantes du toit du monde

2026-07-03 15:04:00 Source: La Chine au présent Auteur: XIA YUANYUAN, membre de la rédaction
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Depuis vingt ans, Chen Jiahui étudie la flore du plateau de Qiangtang pour mieux la préserver et la faire connaître. 

Meconopsis pseudointegrifolia Prain 

Le respect et l’affection habitent la voix de Chen Jiahui dès qu’il évoque la préfecture de Nagqu (Xizang) et le plateau de Qiangtang. Voilà vingt ans que ce botaniste traque la diversité végétale et collecte des ressources génétiques, mission après mission, sur cette terre à plus de 4 500 m d’altitude. Une quête scientifique, une communion profonde, une veille obstinée.

Une rencontre bouleversante

Tout a commencé en 2006 dans la région du lac Namtso. M. Chen prenait alors la tête d’une expédition sur le plateau de Qiangtang, au cœur du plateau Qinghai-Xizang, dans le cadre d’un programme du ministère des Sciences et des Technologies. Sa mission consistait à recenser, collecter et préserver les ressources génétiques des plantes en milieu extrême. Pour ce botaniste habitué aux basses altitudes, Nagqu allait être un défi permanent.

« Sur le plateau de Qiangtang, l’altitude moyenne dépasse 4 500 m. La plupart des membres de notre équipe viennent de plaines ou de basses altitudes. Beaucoup ont souffert de maux de tête, d’oppression thoracique, d’essoufflement… tous les symptômes du mal aigu des montagnes », raconte-t-il. « À Shuanghu, à près de 5 000 m, même certains de nos coéquipiers originaires de Lhassa ont été affectés. Aujourd’hui, nous ne partons jamais en mission sans emporter des bouteilles d’oxygène et des médicaments. »

Myricaria prostrata

La course contre la montre ne cesse jamais. La saison de croissance des plantes est si brève qu’il faut les collecter avant les premières neiges. Les échantillons doivent ensuite être séchés rapidement sous une hotte ventilée, faute de quoi ils moisissent et perdent une grande partie de leur intérêt scientifique.

« En mission sur le terrain, notre priorité absolue est de disposer d’une alimentation électrique stable pour sécher les spécimens. Parfois, nous devons rouler la nuit pour trouver un endroit où dormir avec du courant. » Les nuits bercées par le ronronnement de la hotte et les réveils fréquents pour vérifier l’état des échantillons sont autant de souvenirs gravés dans sa mémoire.

Au cours de ces pénibles expéditions, des bonheurs inattendus viennent parfois les soutenir, tel ce jour de 2007 sur le glacier Zhadang. L’équipe a quitté la station d’observation du Namtso en véhicule à six heures du matin. À partir d’une pelouse alpine à environ 5 000 m, tous ont poursuivi à pied. Il leur a fallu sept à huit heures pour atteindre les abords du glacier et y étudier la flore. Ils ont grimpé jusqu’à près de 5 800 m, épuisés, la poitrine serrée. Soudain, un spectacle les a submergés et toute souffrance a disparu.

Le glacier Zhadang, telle une nappe blanche, se jetait droit des monts Nyainqentanglha, qui se dressaient majestueux sous un ciel d’azur. Au pied du glacier, des fleurs éclataient en couleurs vives : rhodioles, delphiniums, meconopsis, gentianes, populages et saussurea. Au loin, le lac Namtso s’étendait, immense et bleu. C’était une splendeur foudroyante au cœur d’une rigueur extrême.

« Aucun mot ne peut décrire l’émerveillement de ce moment », confie M. Chen. « Voir une telle force de vie nous fait sentir que tout ce que nous faisons a du sens. »

Meconopsis horridula

Lire la stratégie du végétal

Pendant plus de dix ans à Nagqu, son équipe et lui n’ont pas été de simples collecteurs de plantes, mais de véritables déchiffreurs. Les espèces végétales indigènes, ont-ils découvert, possèdent des techniques de survie étonnantes.

« Regardez les plantes de Nagqu, la plupart sont basses, beaucoup sont couvertes d’un fin duvet. C’est une adaptation aux conditions extrêmes du plateau : vents violents, basses températures, rayonnement ultraviolet intense. La posture rampante leur permet de parer le vent dévastateur. La taille modeste favorise l’absorption de la chaleur du sol. Quant au duvet, véritable doudoune naturelle, il protège du froid, réduit l’évaporation et filtre les ultraviolets. »

La kobresia, plante d’altitude discrète, est aux yeux du botaniste un gardien de la nature. Ses parties aériennes forment un tapis vert et dense tandis que ses racines, extrêmement développées, tissent sous terre un vaste réseau qui retient l’eau et prévient l’érosion.

Sur le terrain, chaque cueillette est un geste de respect envers la vie. Il faut choisir des plantes pourvues de fleurs ou de fruits, conserver leurs organes végétatifs – racines, tiges, feuilles –, prélever du matériel génétique et photographier les caractères distinctifs de la plante, fournissant ainsi des éléments précis pour l’identification et la recherche. Les graines arrivées à maturité sont soigneusement récoltées et envoyées à la Banque de germoplasme du sud-ouest de la Chine. « C’est une arche de Noé pour ces espèces. Si un jour ces plantes disparaissent de la nature, nous aurons encore la chance de les faire revivre. »

Étendue d’Elymus nutans Griseb (PHOTOS FOURNIES PAR CHEN JIAHUI)

De l’étude à la sensibilisation

Au fil des expéditions, Chen Jiahui a réalisé que ses découvertes ne devaient pas rester confinées aux publications savantes. Il s’est donc donné pour vocation de valoriser ces richesses ordinaires auprès d’un plus large public, en particulier des habitants de cette région.

Avec son équipe, il a transformé ces connaissances en livres accessibles à tous, comme Plantes communes du Namtso et Manuel d’identification des plantes des prairies de Qiangtang. Chaque plante y est présentée avec sa photo, son nom scientifique, ses caractéristiques morphologiques, son environnement, sa répartition et ses usages potentiels.

« Nous espérons que ces livres serviront de guide de poche aux agents forestiers, aux éleveurs et aux visiteurs. Reconnaître la plante que l’on a sous les pieds et savoir ce qui la rend unique permet de prendre conscience de la biodiversité, de sa protection et de la valorisation des espèces végétales », soutient M. Chen.

Cette relation à la nature, il l’a également ressentie chez les éleveurs locaux. Au cours des expéditions, il a souvent été touché par leur enthousiasme et leur simplicité. Ils aident volontiers son équipe à collecter des plantes, lui en apprennent les usages alimentaires et médicinaux, et l’invitent à partager leur pique-nique.

« Ils respectent profondément et chérissent cette terre, sa flore et sa faune. Cet état d’harmonie entre l’homme et la nature est le plus précieux trésor de Nagqu. »

 

(Cet article reprend en partie des éléments de l’entretien accordé par Chen Jiahui à l’émission Grandes Conférences sur la culture et l’histoire de Qiangtang.)

 

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