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Tu Youyou, une prix Nobel exemplaire

2019-08-02 15:24:00 Source:La Chine au présent Auteur:DANG XIAOFEI
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DANG XIAOFEI, membre de la rédaction

 

Il y a quatre ans, Tu Youyou recevait le prestigieux prix Nobel. Chaque jour, de nombreuses vies sont sauvées grâce à ses recherches.

 

Le 17 juin dernier, Tu Youyou (Prix Nobel de Médecine 2015) et son équipe de recherche ont fait la une de nombreux journaux. Après plusieurs années de travail acharné, ils ont finalement mis au point un nouveau traitement contre le paludisme suite à l’apparition d’une résistance à l’artémisinine constatée dans certains pays d’Asie du Sud-Est. Parallèlement, ils ont découvert que l’artémisinine avait un effet curatif dans le traitement du lupus érythémateux, ce qui leur a valu la reconnaissance de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et de la communauté scientifique de Chine et du monde entier.

 

En début d’année, la BBC a publié une liste de candidats au titre de « figures les plus marquantes du XXe siècle ». Tu Youyou était la seule asiatique figurant sur cette liste de 28 candidats.

 

La découverte de l’artémisinine

 

Tu Youyou est née à Ningbo, dans la province du Zhejiang, à la fin de l’année 1930. En 1951, elle est admise à l’université de Beijing où elle étudie la pharmacie et se découvre une passion pour la phytochimie et l’herboristerie. Elle obtient son diplôme en 1955 et entre à l’Institut de Médecine Traditionnelle Chinoise (devenue aujourd’hui l’Académie Chinoise de Sciences Médicales Traditionnelles). Entre temps, elle a étudié la médecine chinoise pendant deux ans.

 

Dans les années 1960, alors que le paludisme fait de plus en plus de victimes, Tu Youyou se voit confier la mission de faire progresser la recherche chinoise sur le paludisme. En 1969, elle est nommée à la direction d’un groupe de recherche. C’est le début d’une lutte acharnée contre le paludisme.

 

Pour commencer, elle se plonge dans les grands classiques de la médecine chinoise, s’entretient avec de grands noms de la médecine traditionnelle et consulte des collaborateurs publics. Puis, en trois mois, elle analyse plus de 2 000 recettes de remèdes à base de plantes, d’animaux et de minéraux, et elle consigne plus de 640 préparations secrètes.

 

À partir de ce moment, Tu Youyou se concentre sur les études portant sur les racines de dichroa febrifuga, de poivre et d’artemisia annua. Au début du mois de septembre 1971, elle effectue avec ses collègues plusieurs tests à partir de plus de 100 extraits de décoctions de médecine traditionnelle chinoise, dont certaines sont à base d’artemisia annua, et plus de 200 échantillons d’extraits d’éthanol, mais les résultats sont décevants : le taux d’inhibition du plasmodium (parasite à l’origine du paludisme) n’est que de 40 %.

 

Le 4 octobre 1971, après de nombreux échecs, la chance finit par tourner. Un test vient confirmer que le taux d’inhibition du parasite de la malaria dans l’extrait neutre d’artemisia annua n° 191 atteint les 100 %.

 

Cependant, des essais cliniques doivent encore être effectués avant la mise en circulation du médicament. Cela nécessite une importante quantité d’extrait d’artemisia annua. À cette époque, aucun fabricant de produits pharmaceutiques n’accepte de coopérer. L’équipe de recherche est donc obligée d’utiliser des carafes d’eau comme conteneurs d’extraction. Ils les remplissent d’éther et y plongent la plante pour en extraire des échantillons.

 

L’éther est un solvant organique. Dans le laboratoire et les couloirs de l’établissement où l’équipe conduit ses recherches, l’odeur âcre de cette substance chimique nocive se répand, provoquant des nausées, des saignements de nez, ou encore des allergies cutanées. Mais personne ne s’en soucie.

 

En juillet 1972, trois chercheurs de l’Hôpital de Dongzhimen de Beijing se portent volontaires pour réaliser eux-mêmes les essais cliniques. Tu Youyou est l’une d’entre eux. Après une semaine d’observation, l’équipe ne constate aucun effet toxique du médicament sur le corps humain. La même année, entre août et octobre, Tu Youyou se rend avec des échantillons dans la région de Changjiang, sur l’île de Hainan, où le paludisme a une incidence élevée. Elle y réalise des observations cliniques sur 21 patients impaludés qui aboutissent à des résultats satisfaisants.

 

En novembre 1972, Tu Youyou et son équipe obtiennent la version la plus pure de l’artémisinine et dans la première moitié de l’année 1973, ils terminent une série de tests de sécurité. En automne, le premier essai clinique de gélules composées d’artémisinine est effectué sur l’île de Hainan. Fin 1975, en coopération avec l’Institut de biophysique de l’Académie chinoise des sciences et l’Institut de chimie organique de Shanghai, Tu Youyou détermine la structure chimique de l’artémisinine.

 

En 1977, le premier article consacré à l’artémisinine est publié dans la revue Chinese Science Bulletin avec le consentement du ministère chinois de la Santé. En octobre 1986, le ministère de la Santé octroie au traitement le Certificat de Nouveau Médicament.

 

En 1992, Tu Youyou réussit à mettre au point un nouveau médicament antipaludique moins coûteux et plus efficace que le précédent.

 

Depuis l’an 2000, l’OMS recommande les médicaments à base d’artémisinine pour le traitement du paludisme dans le monde entier. En 2010, environ 180 millions de personnes à travers le monde ont été traitées par ACT (associations médicamenteuses à base d’artémisinine) avec un taux de guérison atteignant les 97 %. Selon l’OMS, entre 2000 et 2015, la taux de mortalité causé par la malaria a diminué de 60 % dans le monde entier pour l’ensemble des tranches d’âges et de 65 % chez les enfants de moins de cinq ans.

 

Une solution face à la résistance du parasite

 

Depuis la découverte de l’artémisinine, les ACT constituent le traitement antipaludique le plus efficace et le moins toxique. Malheureusement, d’après le dernier Rapport mondial sur le paludisme publié par l’OMS, on estime à 219 millions le nombre de cas de paludisme dans le monde en 2017, contre 217 millions l’année précédente. Le parasite a donc développé une résistance aux médicaments antipaludiques à base d’artémisinine. C’est un nouveau défi pour le monde de la recherche sur le paludisme.

 

À ce moment-là, bien que le paludisme soit à peu près éradiqué en Chine et malgré son âge relativement avancé, Tu Youyou décide de reprendre la direction de son équipe de recherche pour trouver une solution. La scientifique est persuadée que la clé se trouve dans l’étude du mécanisme d’action de l’artémisinine. La durée de vie de l’artémisinine dans le corps humain est très courte, seulement une à deux heures, et la durée recommandée pour les traitements à base d’artémisinine est de trois jours. L’effet insecticide de la substance dure 4 à 8 heures. Ainsi, les souches résistantes aux médicaments ont appris à modifier leur cycle de vie ou à se mettre au repos pendant la courte période d’efficacité de l’artémisinine.

 

Après plus de trois ans de travail laborieux, l’équipe parvient à de nouveaux résultats et réussit à mettre au point un nouveau traitement. À l’occasion de la douzième Journée mondiale de lutte contre le paludisme (le 25 avril 2019), la revue New England Journal of Medicine a attiré l’attention de la communauté scientifique internationale en publiant les principaux résultats des recherches menées par l’équipe de Tu Youyou ainsi que son plan de lutte contre les résistances au traitement à base d’artémisinine.

 

L’artémisinine demeure la substance la plus efficace contre le paludisme et, étant donné le faible coût des médicaments à base d’artémisinine, elle offre l’espoir de voir un jour le paludisme éradiqué dans le monde entier.

 

Le traitement du lupus érythémateux

 

En conduisant ses recherches pour tenter de résoudre le problème de résistance à l’artémisinine, l’équipe de chercheurs a également découvert que la dihydroartémisinine était efficace dans le traitement du lupus érythémateux disséminé. Des essais clinique de première phase sont actuellement en cours.

 

Le lupus érythémateux est une maladie typique du groupe des maladies diffuses du tissu conjonctif. Elle est traditionnellement traitée par des médicaments immunosuppresseurs mais elle est difficile à guérir et présente le risque d’une infection secondaire. D’après les observations préliminaires de l’équipe de Tu Youyou, l’artémisinine s’est montrée efficace à 90 % dans le traitement du lupus érythémateux disséminé et à 80 % dans le traitement du lupus érythémateux systémique.

 

L’Administration des aliments et des médicaments de Chine a dores et déjà approuvé la demande formulée par l’Institut de médecine chinoise de l’Académie chinoise de sciences médicales traditionnelles pour tester des médicaments à base de dihydroartémisinine dans le traitement des deux types de lupus susmentionnés. C’est l’entreprise Kunming Pharmaceutical Group Co., Ltd. qui se charge de mener les essais cliniques.

 

En 2018, la première phase des essais cliniques conduite par l’équipe de recherche a été officiellement lancée. Ils sont effectués à partir de 120 échantillons et le projet réunit 15 grandes institutions de médecine, parmi lesquelles, le Peking Union Medical College Hospital et le Premier Hôpital de l’université de Beijing. Environ 500 patients chinois et étrangers participent aux essais cliniques. À l’heure actuelle, les premiers patients volontaires ont commencé la thérapie et aucun incident indésirable ne s’est produit.

 

Si les essais se déroulent de manière favorable, un médecament à base de dihydroartémisinine devrait voir le jour en 2026.

 

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