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Les 27 registres d’une école primaire

2019-08-02 15:18:00 Source:La Chine au présent Auteur:XU OULU
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Un camp d’été organisé pour les élèves de la Dandelion School
 
XU OULU*

 

Comparé au campus spacieux et lumineux, ce bureau semble petit, quant à l’armoire à archives en métal gris dans un coin, elle semble encore plus modeste. Sans s’approcher, il est difficile de voir les 27 boîtes bleues remplies de fichiers.

 

En fait, ces 27 boîtes renferment les dossiers de plus de 1 900 enfants en âge d’être scolarisés et répartis dans 12 villages relevant du secteur scolaire de l’école primaire centrale du bourg de Zengkou, situé dans l’arrondissement Bazhou (ville de Bazhong, province du Sichuan).

 

Sur chaque boîte est collée une étiquette rose. La première moitié indique en caractères gras « Archives sur la lutte contre le décrochage scolaire et pour la garantie de l’accès à l’éducation obligatoire de l’école primaire centrale du bourg de Zengkou ». Quant à la seconde moitié, elle se divise en catégories, qui incluent, entre autres, les « Messages adressés aux parents », les « Bulletins de responsabilité », les  

 

« Statistiques des circonstances spéciales », les « Vérifications des foyers du village de Fangshanzhai » et les « Témoignages d’enfants de 6 à 12 ans (2017-2018) ».

C’est en 2017 que ces registres ont été créés. Au fur et à mesure de la mise en œuvre de l’assistance ciblée aux démunis, ces dernières années, des enquêtes ciblées concernant l’accès à l’enseignement obligatoire de tous les enfants ont été lancées partout dans le pays.

 

« Vous pouvez évoquer n’importe quel ménage, qu’il soit pauvre ou non, vous trouverez immédiatement l’endroit où l’enfant étudie », déclare Feng Delu, directeur adjoint de l’école, tenant la boîte de fichiers à deux mains.

 

Chacun des enfants en âge d’être scolarisé possède sa propre ligne sur la liste. Le papier A4 est divisé en 20 colonnes : s’agit-il d’un enfant handicapé ? Quel est son état de scolarisation ? Est-il un élève issu d’une famille défavorisée inscrite et fichée ? Quels sont le nom et le numéro de téléphone du cadre qui apporte de l’aide ? Vit-il ou non avec ses parents ? Quelle est l’école qu’il fréquente ? ...

 

« Tous les numéros de téléphone sont joignables », répète à plusieurs reprises Huang Yuting, directrice adjointe de l’école.

 

Connaître la situation réelle dans les moindres détails
 
Au moment où Li Xiao a entendu parler des enquêtes ciblées, sa première réaction fut de se demander : comment est-ce possible ?

 

Réussir à inclure tout le monde nécessite de l’énergie et du temps.

 

En février et en août, Li Xiao, chargée du village de Chunshu dans le bourg de Zengkou, a dû, avec ses collègues et les cadres locaux, sensibiliser toutes les familles ayant des membres âgés de 0 à 22 ans à la Loi de la République populaire de Chine sur l’enseignement et prendre note de leur situation de scolarisation.

 

Si elle ne trouvait personne à la maison, elle se rendait dans les champs. Profitant d’une pause, des villageois s’essuyaient les mains sur leur pantalon et signaient l’accusé de réception des « Messages adressés aux parents ». Quand elle se trouvait face à un illettré, elle lui lisait mot par mot les messages, avant de lui demander de poser son empreinte avec de l’encre à tampon.

 

La situation des élèves de l’école a été relativement facile à analyser. La vraie difficulté résidait dans les familles migrantes. En effet, il faut rechercher les parents pour savoir si leurs enfants fréquentent l’école et si la politique d’aide à leur égard est bien appliquée.

 

Dans ce contexte, fournir une preuve d’études est le meilleur moyen. Dans le cas où les parents étaient dépourvus de smartphones, les enseignants étaient obligés de prier leurs collègues de chantier de les aider à prendre une photo de la preuve d’études. Quand il y avait des écoles qui ne pouvaient pas collaborer, ils proposaient d’autres solutions. Ils demandaient aux élèves, soit de poser pour une photo avec un diplôme d’honneur ou un certificat de mérite portant le sceau officiel de leur école, soit de prendre une capture d’écran des SMS échangés avec leurs parents ou de conserver l’enregistrement téléphonique. Tout cela pouvait servir de preuves.

 

Au bout du compte, les enseignants ont réussi à collecter les informations relatives à la scolarisation de chaque enfant :  au printemps 2019, le secteur scolaire de l’école primaire centrale du bourg de Zengkou comptait 1 929 enfants, dont 578 étudiaient à l’école même, 950 à l’extérieur de cette école mais dans la ville de Bazhong, 54 en dehors de cette ville mais dans la province du Sichuan, 346 hors de la province et enfin, un décédé suite à une maladie.
 
« Aucun enfant déscolarisé ! »

 

Lorsque He Jing et ses collègues se sont rendus dans la campagne pendant l’été 2017 pour réaliser les enquêtes ciblées, Feng Fenglin, 13 ans, qui venait de quitter le centre de formation spécialisée pour rentrer chez lui, a attiré leur attention. Souffrant d’un déficit mental congénital grave, il ne savait quasiment pas parler, encore moins se débrouiller seul. Mais il avait dépassé l’âge d’accueil du centre et ne pouvait que retourner chez lui.

 

Pour appliquer la règle « aucun enfant déscolarisé ! », l’école a décidé d’envoyer des enseignants chez lui. He Jing et ses collègues sont donc allés le voir à son domicile toutes les deux semaines pour lui donner des cours.

 

« Chaque enfant a droit à l’éducation. Nous espérons qu’il sera en mesure de se prendre en charge lui-même, peu importe la quantité de connaissances qu’il aura acquises », raconte He Jing. Ce souhait se concrétise peu à peu grâce à la répétition des pratiques enseignées. Pour preuve, à présent, Feng Fenglin sait que les déchets doivent être jetés dans la poubelle. Lorsqu’un invité vient, il sait qu’il doit lui donner un tabouret et lui serrer la main ; et quand celui-là s’apprête à partir, il lui dit « Au revoir ». Ces derniers jours, l’enfant a fait un nouveau progrès : il a appris à dire « Non ».

 

« Ils déploient tous les efforts pour que mon petit-fis puisse rester avec moi. Sans eux, de tels changements ne seraient pas possibles », s’exclame son grand-père Feng Dechun.

 

La situation des enfants handicapés, notamment des enfants lourdement handicapés, a toujours été difficile à suivre. Au cours des enquêtes, des mesures spécifiques ont été adoptées en fonction des particularités de chacun. Par exemple, l’éducation à domicile en cours particuliers s’applique aux élèves gravement handicapés, quant aux enfants moyennement ou légèrement handicapés, ils sont encouragés à fréquenter les écoles normales ou celles qui offrent un enseignement spécialisé. Grâce aux mesures globales, cette année dans l’arrondissement Bazhou, aucun des 423 enfants handicapés n’a interrompu ses études et aucun enfant n’a été déscolarisé ou n’a quitté l’école en raison de la pauvreté.

 

Lors d’une étude menée dans le Sichuan et à Chongqing, nous avons constaté que les enquêtes ciblées avaient servi d’assise pour la couverture complète dans la lutte contre le décrochage scolaire et pour la garantie de l’accès à l’éducation obligatoire. Chaque crochet, chaque note et chaque chiffre sur les registres sont pour les enfants la garantie d’un avenir meilleur.

 

Zhang Yuqi, élève de primaire, est originaire du village de Zhaizi, dans le canton de Zheshui, dans le district de Cangxi (Sichuan). En 2018, elle a reçu, à Zhongshan, dans le Guang-dong, les arriérés d’une subvention d’études (500 yuans pour le printemps et 500 yuans pour l’automne) du district de Cangxi, laquelle est destinée aux familles démunies inscrites et fichées. Grâce aux enquêtes ciblées sur la mise en œuvre des subventions en matière d’éducation, en 2018, le service des finances du district a alloué une subvention de 1,956 million de yuans en faveur des élèves scolarisés en dehors du district mais issus des familles défavorisées inscrites et fichées, ce qui a profité aux 3 583 élèves de cette catégorie.

 

« À l’heure actuelle, nous pouvons garantir intégralement le financement de tous les élèves issus des familles démunies inscrites et fichées », affirme Zhang Xingbin, directeur adjoint du Bureau de l’éducation, de la science et de la technologie du district de Cangxi.
 

 

Le système de responsabilité

 

« Les enquêtes ciblées ne sont pas particulièrement difficiles sur le plan technique. Ce qui est difficile, c’est leur mise en œuvre », fait remarquer Zhou Yonghong, directeur adjoint du Bureau du gouvernement de l’arrondissement Bazhou et directeur du Bureau de la lutte contre la pauvreté et pour le développement de l’arrondissement.

 

À peine les enseignants ont-ils commencé les enquêtes à domicile, que He Haijiang, chef adjoint du bourg de Zengkou, a démarré son inspection dans les villages. Il a choisi au hasard 20 % des villageois qui avaient fait l’objet d’enquêtes et les a interrogés : « Les enseignants et les cadres du village sont-ils venus vous voir ? Quelles sont les questions qu’ils vous ont posées ? »

 

Les enquêtes menées par Li Xiao et ses collègues ont été incluses dans l’évaluation annuelle des objectifs de travail de l’école, et ces gros registres ont été placés sur les tables de travail du directeur de l’école primaire, du Bureau de l’éducation et du Bureau de la lutte contre la pauvreté, avant d’être soumis à plusieurs vérifications et à des sondages effectués trois à quatre fois par an.

 

En ce qui concerne la lutte contre le décrochage scolaire et pour la garantie de l’accès à l’éducation obligatoire, l’arrondissement Bazhou a établi un système de responsabilité à six niveaux : le chef de l’arrondissement, le directeur du Bureau de l’éducation, le chef du canton, le chef du village, le directeur de l’école et les parents. La signature d’un bulletin de responsabilité s’impose à chaque niveau, lequel précise le responsable, le contenu spécifique, le mode d’exécution, les résultats à atteindre, etc. Si des problèmes se posent, le recours en responsabilité sera exercé.

 

« Les ménages pauvres ont-ils de quoi se nourrir et se vêtir ? L’assurance maladie et la garantie de l’éducation laissent-elles à désirer ? Le logement est-il sûr ? À quel niveau se situe le développement industriel ? … Tout cela compose le contenu des registres, qui consacrent une page à chaque foyer et un dossier à chaque village », explique Zhou Yonghong.

 

Zhou Yonghong suit rigoureusement tous les ménages pauvres qui sont partis travailler ailleurs : lieu et type de travail, nom de l’usine, salaire, collègues, formation, etc.

 

« La bataille décisive pour éradiquer la pauvreté nous a poussés à améliorer nos méthodes de travail. Nous devons rendre les comptes à la population, au Parti et à la société », poursuit Zhou Yonghong.

 

Zhang Pingyang, secrétaire du Comité du Parti pour l’arrondissement Bazhou, commente : « Il importe de matérialiser chaque affaire de chaque foyer. Nous accordons beaucoup d’attention au travail concret et aux moindres détails. »

 

Recourant à une métaphore agricole, Zhou Yonghong explique que la méthode de travail a été modifiée non seulement pour l’éducation, mais aussi pour l’ensemble du travail de la lutte contre la pauvreté, passant de l’ « irrigation par inondation » à l’ « irrigation au goutte-à-goutte ». « Aujourd’hui, tout le monde cultive de bonnes habitudes. Dès l’instant où le travail est planifié, il sera exécuté conformément aux registres », confie Zhou Yonghong.

 

« Nous sommes en train d’élaborer un mécanisme en vue d’appliquer les résultats de la lutte contre la pauvreté à la revitalisation des zones rurales », conclut Zhang Pingyang.

 

À l’examen d’entrée au lycée, Xie Changqing, élève du collège de Nanyang, dans le canton de Siling de l’arrondissement Bazhou, s’est classée parmi les premiers sur la liste de son année. Dans quelques mois, ses informations enregistrées dans les registres la suivront jusqu’au lycée.

 

*XU OULU est journaliste de l’hebdomadaire Outlook Weekly.

 

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