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Zhu Xianmo : une vie consacrée à l’aménagement du fleuve Jaune

2019-05-06 13:04:00 Source:La Chine au présent Auteur:DANG XIAOFEI
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La cascade de Hukou sur le fleuve Jaune

 

DANG XIAOFEI, membre de la rédaction

 

Le fleuve Jaune est le deuxième fleuve en Chine. On le surnomme le « fleuve mère ». S’étendant sur 5 464 km, il traverse d’ouest en est neuf provinces et régions autonomes. Il réunit de nombreuses rivières avant de se jeter dans la mer Bohai. Avec une superficie de 750 000 km2, le bassin du fleuve Jaune est l’un des berceaux de la civilisation chinoise, témoignant des changements de dynasties et de la culture plusieurs fois millénaires de la nation chinoise. On peut dire que le Yangtsé et le fleuve Jaune sont indissociables de la grandeur de la nation chinoise.

 

Après le VIIIe siècle, à cause des pertes d’eau et de sol sur le plateau de Lœss, le lit du cours inférieur du fleuve Jaune fut bouché. Il arrivait souvent que le fleuve Jaune débordât et que la digue cédât. Le lit du fleuve Jaune changeait beaucoup. Les inondations étaient fréquentes. Sur une période de 2 000 ans, on a enregistré 1 500 ruptures de digues et débordements sur le cours inférieur du fleuve et 26 déplacements majeurs du lit du fleuve. À cause des inondations, des milliers de personnes étaient obligées de quitter leur région natale et d’abandonner leurs maisons. Les gouvernements de toutes les dynasties ont donc toujours accordé beaucoup d’importance à l’aménagement du fleuve. Depuis la fondation de la République populaire de Chine (RPC) en 1949, le gouvernement central attache lui aussi de l’importance à l’aménagement du fleuve Jaune et a intensifié ses efforts pour renforcer les digues du fleuve. Mais les inondations menacent souvent la vie et l’activité des populations des deux rives, surtout des cours moyen et inférieur du fleuve. Certaines ruptures de digues ont entraîné de lourdes pertes économiques pour le pays.  

 

Des efforts inlassables

 

« Rendre le fleuve Jaune plus clair » a toujours été le rêve de Zhu Xianmo, membre de l’Académie des sciences de Chine, pédologue et expert dans la conservation de l’eau et du sol. Si le fleuve Jaune devient clair, le lit du fleuve ne se bouchera plus et le fleuve ne débordera plus. Pour y parvenir, Zhu Xianmo a travaillé sur le plateau de Lœss pendant plus de 50 ans.

 

Né en 1915, Zhu Xianmo a grandi dans la campagne du district de Chongming près de la ville de Shanghai. Très jeune, il a fait l’expérience de la pénibilité des travaux agricoles. Après avoir terminé ses études dans un lycée de Shanghai, il a passé l’examen et a été admis au Département d’agriculture-chimie de l’Université centrale nationale (actuelle université de Nanjing). Par la suite, il s’est réorienté vers la discipline sol-engrais. Après avoir terminé ses études universitaires en 1940, il a été admis par l’Institut géologique central situé à Beibei de Chongqing où il a étudié auprès du célèbre pédologue Hou Guangjiong.

 

Au début de la fondation de la RPC, Zhu Xianmo travaillait à l’Institut du sol de Nanjing relevant de l’Académie des sciences de Chine. Pourtant, en 1959, pour répondre à l’appel à la construction du Nord-Ouest, il a abandonné sa vie confortable et ses conditions de travail avantageuses à Nanjing et a déménagé avec sa famille dans la campagne du Nord-Ouest pour travailler à l’Institut de biologie et du sol du Nord-Ouest (actuel Institut de la conservation de l’eau et du sol) relevant de l’Académie des sciences de Chine. Il s’est enraciné sur le plateau de Lœss et a commencé ses recherches sur le sol. Dès lors, il n’a plus quitté le plateau de Lœss.

 

Malgré la pénurie d’objets d’usage courant et les conditions médicales rudimentaires, Zhu Xianmo a continué d’étudier l’aménagement du sol et la conservation de l’eau et du sol sur le plateau de Lœss. Il s’est très vite rendu sur le cours moyen du fleuve Jaune pour entamer des recherches sur le terrain.

 

Après avoir conduit des recherches dans plusieurs endroits, il a proposé d’établir un observatoire de l’érosion du sol dans la montagne Ziwuling, aux confins des provinces du Shaanxi et du Gansu, car c’est une région qui possède une particularité : sa végétation s’est régénérée après avoir été détruite pendant les guerres qui ont eu lieu sous les dynasties des Ming (1368-1644) et des Qing (1644-1911). C’était donc un lieu idéal pour étudier l’évolution et le rétablissement de la végétation, ainsi que l’érosion du sol sur le plateau de Lœss.

 

« Ces recherches pouvaient être utiles pour trouver des solutions à l’érosion du sol sur le plateau de Lœss, à la lutte contre le débordement du fleuve Jaune et à l’ensablement du réservoir de Sanmenxia », a expliqué Zhu Xianmo. La montagne Ziwuling est pour lui un exemple réussi d’aménagement du plateau de Lœss. Cela lui a redonné l’espoir de voir un jour le fleuve Jaune retrouver ses eaux limpides.

 

À l’époque, la montagne Ziwuling était très difficile d’accès et la circulation y était dangereuse. Mais Zhu Xianmo n’a pas reculé devant les difficultés. Avec les trente membres de son équipe, il a continué ses recherches inlassablement. Il a effectué des enquêtes sur le terrain, dans des vallées du plateau de Lœss, et a écouté les expériences des paysans. Malgré l’étendue du plateau de Lœss, il est parvenu, en l’espace de 50 ans, à parcourir 20 fois toutes les vallées du plateau, à traverser trois fois les monts Kunlun et à aller deux fois dans le Xinjiang.
 

 Le premier des neuf méandres du fleuve Jaune

 

Sa théorie sur l’aménagement du plateau de Lœss

 

Grâce à toutes ses recherches et aux connaissances qu’il a accumulées pendant plus de 40 ans sur l’érosion du sol sur le plateau de Lœss et en se fondant sur les résultats de recherches scientifiques sur la conservation de l’eau et du sol et de l’aménagement du territoire, Zhu Xianmo a proposé dans les années 1980 le principe fondamental de l’aménagement du territoire sur le plateau de Lœss qui consistait à faire en sorte que la plus grande partie des précipitations pénètrent dans les sous-sols et à cultiver les sols en fonction du classement des terres.

 

D’après Zhu Xianmo, si les pertes d’eau et de terre sont si importantes sur le plateau de Lœss, c’est qu’il pleut tellement que les terres ne parviennent plus à absorber toutes les pluies.

 

Les terres doivent être classées selon les besoins en eau des cultures. Les plaines et les terrasses conviennent à la culture des céréales, car elles absorbent bien les précipitations qui pénètrent ainsi dans les sous-sols. Les rendements sont donc élevés. Les arbres fruitiers qui exigent beaucoup d’eau ne peuvent être plantés que dans des vallées où les ruissellements s’accumulent. Sur les pentes raides qui souffrent de l’érosion du sol, les conditions naturelles ne sont pas bonnes pour les cultures, il vaut donc mieux y planter des herbes et des arbustes pour rétablir la végétation et conserver le sol.

 

Ce principe a d’abord été mis en pratique dans onze zones pilotes du plateau de Lœss et les résultats observés ont été très positifs.

 

En 1997, Jiang Chunyun, alors vice-premier ministre du Conseil des affaires d’État, a reçu Zhu Xianmo et l’a écouté présenter sa théorie. Il a approuvé Zhu Xianmo et a proposé d’appliquer ses méthodes.

 

À plus de 80 ans, Zhu Xianmo, déterminé à consacrer le reste de sa vie à l’aménagement du fleuve Jaune, a continué ses recherches pour trouver comment appliquer efficacement ses méthodes dans l’aménagement du plateau de Lœss.

 

Grâce aux projets de reboisement des terres agricoles mis en place par le gouvernement, le plateau de Lœss est depuis 2015 largement recouvert de végétation ; les pertes de sols dans le bassin du fleuve Jaune sont passées de 1,3 milliard de tonnes autrefois à 300 millions de tonnes. Selon les indices de recherches, menées à l’intérieur du pays et à l’étranger , le fleuve Jaune est devenu clair.

 

En 2017, une enquête publiée par un hebdomadaire relevant de l’agence Xinhua a montré que, hors des périodes d’inondations saisonnières, plus de 80 % du cours du fleuve Jaune était clair et que le taux de teneur en sable du fleuve était inférieur à 0,8 kg/m3.

 

À l’annonce de cette nouvelle, Zhu Xianmo a exprimé sa satisfaction : « Le fleuve Jaune est redevenu clair, je n’ai donc aucun regret. » Il s’est éteint l’esprit en paix, à l’âge de 102 ans.

 

Réfléchir en toute indépendance

 

Zhu Xianmo avait l’esprit d’indépendance. Il ne se contentait jamais des théories publiées dans les livres et menait toujours des recherches sur le terrain pour comprendre.

 

En 1948, il a proposé une nouvelle théorie pour expliquer la présence d’un sol rouge dans la province du Jiangxi. Très différente de la théorie traditionnelle, elle a été vivement contestée et considérée comme « iconoclaste ». Mais il est demeuré inflexible. Une quarantaine d’année plus tard, en 1983, des expérimentations menées par l’Institut du sol de Nanjing ont prouvé que sa théorie était juste.

 

Issu d’une famille paysanne, Zhu Xianmo était profondément attaché à la vie à la campagne et à la terre. C’est cela qui l’a poussé à abandonner les conditions avantageuses de sa vie en ville pour se consacrer à la recherche scientifique sur le plateau de Lœss. Lorsqu’il est parti dans le Nord-Ouest avec sa famille, Zhu Xianmo s’est installé dans une maison qui ne comprenait que deux pièces et qui n’était équipée ni des toilettes, ni d’une cuisine. Il n’y avait qu’un robinet commun et pas d’électricité. Il devait s’éclairer à la bougie ou à la lampe à pétrole. Il n’avait pas d’endroit pour entreposer les livres, documents et échantillons qu’il avait recueillis à Nanjing. Il était obligé de les laisser dans le couloir. Mais jamais il ne s’est plaint de ces mauvaises conditions de vie et de travail.

 

Lorsqu’il évoque le déménagement de la famille de Zhu Xianmo, Li Zhensheng, membre de l’Académie des sciences de Chine, raconte avec émotion : « M. Zhu a installé sa famille dans le bourg reculé de Yangling, dans le district de Wugong du Shaanxi, pour se consacrer à ses recherches sur le sol du plateau de Lœss. À l’époque, cela m’a profondément ému. J’étais encore jeune mais je pensais, avec une conviction raffermie, que le fait de s’enraciner dans le bourg de Yangling n’empêcherait pas d’obtenir des résultats scientifiques de premier ordre mondial. » C’est à ces scientifiques dévoués que la Chine actuelle doit son essor.

 

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