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L’étincelle du football chinois prête à jaillir

2018-07-04 10:44:00 Source:La Chine au présent Author:JULIEN BUFFET
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Le 25 mai 2017 a lieu à Hong Kong une activité marquant la coopération entre un groupe hongkongais et l’équipe Tottenham Hotspur.

 

 

JULIEN BUFFET, membre de la rédaction

 

Tous sports confondus, le football est sans conteste la discipline reine dont la popularité dépasse largement les frontières de sa pratique. Malgré des résultats décevants, la sélection masculine de la Chine n’a pas réussi à obtenir son billet de 2018 pour la Russie, la passion des Chinois pour le football est là et ne cesse de grandir. Au sein même de la rédaction de La Chine au présent, les collègues auscultent les chances des différentes équipes ou déplorent l’absence de l’Italie.

 

Le football est devenu un relais de croissance autant qu’une image de marque dont la Chine ne peut pas faire l’économie. En effet, depuis la crise financière, le marché du sport est l’un des rares secteurs à croître plus vite que l’économie mondiale. Selon l’OCDE, la filière sport génère 2 % du PIB mondial, soit environ 1 200 milliards d’euros. Le football en représente à lui seul 400 milliards, un chiffre en constante progression grâce au dynamisme des droits télévisuels et du secteur de la billetterie en pleine mutation avec l’introduction de nouvelles options : accueil premium, places VIP, etc.

 

Un lobbying chinois efficace

 

Depuis les Jeux olympiques de Beijing 2008, la Chine s’affirme comme une grande nation sportive avec un sens du lobbying exceptionnel. L’intérêt pour le football a gagné les plus hautes sphères de l’État chinois, à commencer par Xi Jinping lui-même qui n’hésite pas à montrer l’exemple, ballon au pied.

 

Dès février 2015, les paroles et les démonstrations publiques ont été suivies des actes. Le conglomérat chinois Wanda Group a racheté pour 1,05 milliard d’euros la société suisse de marketing sportif Infront. L’opération permet de détenir les droits pour des événements sportifs majeurs comme la Coupe du monde 2019 de basket et les Jeux olympiques d’hiver 2022 qui se tiendront en Chine. Surtout, ces droits englobent ceux de la Coupe du monde de football 2018 et celle de 2022 au Qatar. La Chine conforte ainsi son rôle d’acteur incontournable du football mondial. Ce coup d’éclat s’inscrit en effet dans un plan d’action à long terme et d’une grande cohérence. Il repose notamment sur le sponsoring de la FIFA par les fleurons industriels chinois comme Alibaba et Hisense (téléviseur). L’année 2017, aura donné un coup d’accélérateur avec l’arrivée du sponsor chinois Vivo (smartphone), déclarant vouloir investir 400 millions d’euros, et la nomination de Zhang Jian, vice-président et secrétaire général de la Fédération chinoise de football, au conseil de la FIFA. Mais la promotion du football chinois ne se joue pas uniquement sur tapis vert.

 

En mars 2018, sous l’impulsion de son président Gianni Infantino qui avait été reçu officiellement par Xi Jinping un an auparavant, la FIFA a fait son entrée dans le monde numérique chinois pour communiquer directement avec les supporters et leur faire vivre au plus près le Mondial 2018. La FIFA possède désormais des comptes Weibo et WeChat et a créé un microsite en mandarin FIFAofficial.cn.

 

Les grandes lignes du lobbying de la Chine pour organiser une coupe du monde à l’horizon 2030 ou 2034 sont en place et permettront, à l’avenir, de faire jeu égal avec les nations historiques de la plus grande compétition sportive au monde.

 

Le 31 octobre 2016, une conférence de sponsors se tient à Manchester, en Angleterre, pour lancer la coopération entre le club Manchester United et des entreprises chinoises.

 

Sponsoring et fair-play financier

 

Ce positionnement de la Chine n’étonnera personne. Depuis quelques années, les clubs européens peuvent compter sur les investisseurs chinois. Si la première motivation de ces clubs était de trouver une solution aux difficultés financières, les données ont aujourd’hui en partie évolué. En cause, l’introduction en 2010 par l’UEFA de la règle du fair-play financier qui stipule qu’un club ne peut pas dépenser plus qu’il ne gagne. Bien que la Chine investisse dans des clubs français, son rôle n’a jamais mis en péril l’équilibre sportif du football à l’inverse du fonds souverain qatari. Au contraire, elle participe dans les faits au respect du fair-play financier. Le PSG, qui devait trouver environ 50 millions d’euros avant le 30 juin 2018, se tourne en priorité vers les sponsors chinois pour augmenter ses revenus sous peine d’être sanctionné. La compagnie Desports, fondée par Jiang Lizhang, est, par exemple, devenue le gestionnaire exclusif des droits de sponsoring et de licence du PSG en Chine et à Hong Kong pour une durée de trois ans et demi à partir de janvier 2018.

 

Ainsi, que ce soient les plus grandes instances du football ou les clubs étrangers, tous considèrent que l’avenir se situe en Asie et singulièrement en Chine. Certains indicateurs ne trompent pas : un match attire en moyenne 20 000 spectateurs, 75 % des entraîneurs sont étrangers, la moyenne d’âge des joueurs étrangers (31 % sont Brésiliens) est environ de 30 ans, et certains footballeurs français commencent à faire le voyage : lors du mercato d’hiver 2017, l’attaquant Cédric Bakambu a quitté Villarreal à 26 ans pour le Beijing Guoan.

 

La particularité de la France réside dans l’implication de la Fédération française de football (FFF) et de la Ligue de football professionnel (LFP). Le groupe chinois Vatti est devenu le partenaire officiel de l’équipe de France, sous l’égide de la FFF, dans la partie continentale de la Chine, à Hong Kong, Taiwan et Macao. La LFP et le chinois Kaisa Culture Sports and Tourism Group ont renouvelé l’accord de diffusion des matchs de la ligue 1 Conforama par le premier groupe télévisuel chinois CCTV et ont créé l’organisation d’un Trophée des champions en 2018 et 2019 à Shenzhen.

 

Le 8 mars 2018, le joueur de football uruguayen Diego Martin Forlan Corazo est invité par Hisense à participer à la conférence de presse qui présente son téléviseur officiel pour la Coupe du monde 2018.

 

Foot chinois et filière sport française

 

Mais au fond, ce regain d’intérêt des acteurs internationaux du football puise sa source non pas dans les chiffres économiques mais bien dans la volonté politique d’atteindre des objectifs bien identifiés. En Chine, il faut citer les récents changements de la législation sportive et la lutte contre la corruption menée dans la sphère du football. Ces actions ont conduit à la limitation des joueurs étrangers sur le terrain, à la stabilisation des propriétaires des clubs chinois, et à la condamnation des deux ex-présidents de la Fédération chinoise de football à 10 ans de prison ferme. Autant de succès qui ont assaini le paysage footballistique local et contribué à sa future stabilisation.

 

En France, ces succès ont contribué à faire de la Chine l’un des pays cibles prioritaires de la filière française sport créée en 2017, une filière qui se structure autour de l’innovation dans les services et l’industrie mais se concentre aussi sur les nouveaux modes de financement. Romuald Nguyen explique à La Chine au présent que le bureau conjoint de la FFF et de la LFP, qu’il dirige à Beijing depuis février 2017 avec son homologue chinoise Angela Sun, ne s’occupe pas seulement du football mais donne aussi une impulsion majeure à la filière sport en général. Très structurée, possédant une grande expérience de l’internationalisation de ses activités en raison de sa collaboration avec le numéro un mondial de l’événementiel sportif, le lyonnais GL Events, la FFF remplit de facto la fonction d’expert référent pour les industriels du sport au vu de ses réseaux locaux et de son savoir-faire reconnu par la Chine. Depuis 2016, la Direction Générale du Trésor, Business France et la FFF réfléchissent ainsi à la mise en place d’un « pavillon France » afin d’optimiser la visibilité des entreprises françaises du sport auprès des prospects mais aussi des soutiens institutionnels comme l’ambassade de France. La ministre des Sports Laura Flessel n’a d’ailleurs pas manqué de saluer le rôle de la FFF lors de son déplacement à Beijing en octobre 2017.

 

Au milieu de toutes ces considérations, le football n’est jamais oublié. La formation de la nouvelle génération est même la préoccupation commune de la France et de la Chine car elle est, finalement, étroitement liée au visage de la Chine nouvelle et au succès des entreprises françaises du sport dans ce pays. De nombreux centres de formation accueillent ainsi des délégations chinoises, jeunes espoirs ou talents confirmés. Le centre de formation du FC Metz organise des entraînements pour les adolescents chinois depuis 2004, et plus près de nous, Romuald Nguyen a emmené l’équipe féminine BG Phoenix à Clairfontaine en 2017.

 

Malgré tout, il est vrai que la nonchalance de l’équipe masculine exaspère ouvertement les plus fervents des supporters chinois. La Chine peut toutefois compter sur la détermination sans faille des « Roses d’Acier », l’équipe féminine, dont nous pourrons goûter les effets en France lors de la Coupe du monde féminine 2019.

 

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