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Les Tankas, un peuple heureux

2018-07-02 15:23:00 Source:La Chine au présent Author:
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Liu Rongquan dans sa maison sur la terre ferme  (PHOTO : YU JIE)
 
 
MA LI, membre de la rédaction

 

Tous les jours, à 3 h du matin, Liu Rongquan, qui habite dans le village de Xipi à Fu’an (une ville au niveau du district sous la juridiction de la ville de Ningde, dans la province du Fujian), part en moto pour acheter des fruits de mer sur la plage à quelques kilomètres de la maison qui seront envoyés le jour même dans différentes villes. Il a pris l’habitude de se lever très tôt. Son travail est difficile mais lui rapporte plus de 100 000 yuans par an.

 

Liu Rongquan est satisfait de sa vie actuelle, et il est très optimiste quant à l’avenir. Avec son installation sur la terre ferme en 2008, la vie de sa famille a connu des changements fondamentaux.

 

Ses parents et ses grands-parents habitaient sur l’eau, vivant de la pêche. « Un bateau délabré avec un filet usé, sur lequel vivaient ensemble trois générations qui échangaient poissons et crevettes contre du son de blé et des légumes », voici à quoi ressemblent les souvenirs d’enfance de Liu Rongquan. Cela donne une idée de la misère dans laquelle vivaient les Tankas à cette époque-là.

 

Les Tankas, ou « peuple des bateaux », sont une population minoritaire du Sud de la Chine. Ils vivent traditionnellement dans des jonques, sur les côtes des provinces du Guangdong, du Fujian, de Hainan et du Zhejiang, de la région autonome zhuang du Guangxi, ainsi qu’à Hong Kong et Macao. On considère qu’ils font partie de l’ethnie han. Leur langue maternelle dérive du dialecte de Fuzhou (capitale du Fujian). Les Tankas forment un peuple relativement indépendant et continuent d’observer de nombreuses coutumes particulières.

 

À partir des années 1960, les Tankas ont commencé à quitter leurs bateaux petit à petit pour venir s’installer sur l’estran, transformant le paysage du village de Linjiang. Entre 1960 et la fin des années 1980, on dénombrait 146 foyers représentant 612 personnes qui sont venus s’installer sur la terre ferme, donnant naissance au village de Xipi. S’installer sur terre est alors devenu le plus grand rêve de la famille de Liu Rongquan.
 
 
Le 22 mai 2018, des touristes chinois et étrangers peuvent voir un
ancien bateau de pêche sur la place du village de Xipi. (PHOTO : YU JIE)

 

Quand le rêve devient réalité

 

« Mes parents travaillaient très dur à ce moment-là, pourtant, nous arrivions tout juste à subsister à nos besoins. Pour les pauvres, s’installer sur terre et construire une maison était un rêve hors de portée », raconte Liu Rongquan. Lui-même dut interrompre sa scolarité après sa quatrième année d’école primaire pour travailler sur le bateau avec les autres membres de sa famille.

 

À 18 ans, Liu Rongquan, tout comme ses camarades du même âge, a pu quitter sa famille pour aller travailler à l’extérieur. En 1996, alors que sa famille était encore très pauvre, sa femme a donné naissance à leur premier fils sur le bateau délabré. « Nous n’avions pas assez d’argent pour que mon épouse puisse accoucher dans un hôpital dans de bonnes conditions médicales et d’hygiène », explique Liu Rongquan. En 1998 et 1999, son père et sa mère sont décédés. « Mes parents ont aspiré toute leur vie à s’installer sur terre, mais ce rêve n’a pas pu se réaliser avant leur mort », ajoute-t-il.

 

En décembre 1998, Xi Jinping, alors secrétaire adjoint du comité du Parti pour la province du Fujian, a déclaré qu’il était temps de régler définitivement la question de l’installation sur terre des Tankas, considérant que cela devait devenir un objectif clé de la province dans son travail de lutte contre la pauvreté.

 

Liu Rongquan s’est lancé dans les affaires deux ans après la mort de ses parents. Ses activités commerciales dans le Guangdong lui ont rapporté un peu d’argent et en 2006, il a pu commencer à se construire une maison sur terre. Deux ans plus tard, le couple et les trois enfants se sont installés dans une maison à trois étages d’une valeur de plus de 300 000 yuans. Liu Rongquan avait enfin réalisé le rêve de ses parents. C’est justement à ce moment que le gouvernement a commencé à augmenter progressivement les aides destinées à l’installation sur terre des Tankas. « En plus de 10 000 yuans pour l’achat du terrain, chacun a reçu une subvention de 2 500 yuans. Ma famille a donc reçu un total de 20 000 yuans », explique M. Liu.
 
« À la fin des années 1990, 349 foyers (1 425 personnes) avaient réussi à s’installer sur terre », indique Jiang Kuanquan, président du comité des villageois de Xipi. Il n’a pas oublié à quoi ressemblait la vie sur un bateau. Il raconte : « J’ai six sœurs et frères, nous vivions donc tous les sept sur un bateau de pêche avec mes parents. Je n’aimais pas la fête du Printemps, parce que le contraste entre notre famille et les familles plus aisées devenait plus criant ; les enfants de ces familles recevaient de nouveaux vêtements à l’occasion du Nouvel An chinois. Ma famille était trop pauvre pour m’acheter des vêtements, je n’avais même pas de chaussures décentes. Je marchais pieds nus presque toute l’année. »

 

En 2001, tous les foyers du village de Xipi ont été raccordés à l’eau courante. Entre 2008 et 2013, les 137 foyers (661 personnes) qui vivaient encore sur l’eau se sont installés sur terre. Pour améliorer les conditions de vie des habitants, 87 mu (1 mu = 0,067 ha) d’estran ont été transformés en terrains constructibles pour la création d’une nouvelle agglomération comprenant six sites de réinstallation destinés aux Tankas. Cette agglomération comprend 635 bâtiments sur 66 500 m2 qui représentent une surface habitable par habitant d’environ 25 m2.

 

Aujourd’hui, le village donne à voir différents types d’habitations, entre autres, des maisons en bois qui datent des années 1960, des maisons en pierre des années 1980, des maisons en béton armé des années 1990 et des immeubles modernes à plusieurs étages. Ici, chaque maison raconte l’histoire d’un foyer, et les différentes constructions permettent de suivre l’évolution de la vie des Tankas.
 
 
Le 22 mai 2018, une vue des ateliers de traitement de fruits de mer dans le village de Xipi  (PHOTO : YU JIE)

 

Vers de meilleures conditions de vie

 

Une fois tous installés sur terre, il a fallu également permettre aux Tankas de mener une vie décente.

 

Le travail vise à parvenir à la stabilité et l’enrichissement. « Habitant au bord de la mer, notre vie dépend naturellement de la mer. Cependant, cette dépendance a évolué par rapport au passé, nous développons désormais la mariculture, explique Jiang Kuanquan. Il faut donc commencer par offrir des formations techniques aux villageois. »

 

Avec l’assistance des départements concernés, nous organisons régulièrement des formations, afin d’aider les villageois à mieux maîtriser l’aquaculture. Nous essayons de passer graduellement d’une aquaculture traditionnelle à une aquaculture plus moderne en investissant dans de nouveaux équipements, tels que des aérateurs d’oxygène et des dynamos. D’ailleurs, les villageois ont révolutionné l’élevage des poulpes, ce qui a beaucoup fait augmenter leurs revenus.

 

« Les pêcheurs ont reconnu qu’il fallait développer l’économie maritime de manière scientifique. Pour le moment, on dénombre dans le village 4 300 cages dédiées à l’élevage de poissons, 3 500 mu d’eau dédiés à l’ostréiculture, 186 mu de terre dédiés à la culture de la laminaire, ainsi que 1 500 mu de terre dédiés à la culture d’autres herbes marines comestibles. Les villageois sont devenus des pêcheurs modernes qui respectent la science, maîtrisent de nouvelles techniques et s’adaptent au développement de l’économie maritime », affirme M. Jiang. Il ajoute que le village de Xipi possède actuellement huit navires de transport, qui permettent de créer une production d’une valeur supérieure à 8 millions de yuans par an et qui emploient une centaine de personnes.

 

« En outre, le soutien politique qui prend la forme de crédits a apporté une importante garantie à la réalisation intégrale de la société de moyenne aisance dans notre village », déclare Jiang Kuanquan. Grâce au développement économique du village de Xipi ces dernières années, le revenu par habitant par an est passé de 850 yuans au début des années 1990 à 18 756 yuans en 2017, et le revenu collectif du village est passé de 66 000 yuans à 1 160 000 yuans sur la même période.

 

Ningde est l’un des premiers endroits où le secrétaire général Xi Jinping a commencé à mettre en pratique la politique de lutte contre la pauvreté. Au cours de son mandat à Ningde (du mois de mai 1988 au mois de mai 1990), il a pu prendre pleinement conscience de la situation réelle du développement dans le sud du Fujian, et déployer des efforts en conséquence pour guider les habitants locaux dans la lutte contre la pauvreté.

 

Sur les trente dernières années, plus de 740 000 personnes sont sorties de la pauvreté à Ningde, dont 189 500 personnes entre 2012-2017. À la fin de l’année 2017, le taux de pauvreté de la ville était de 0,028 % (668 personnes vivent encore dans la pauvreté). Un progrès décisif !

 

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