Retour

Le défi de la délocalisation industrielle vers l’Ouest

LIU QIONG

La XIIIe Rencontre du commerce et des investissements sur la coopération Est-Ouest de Chine a eu lieu en avril à Xi’an. Sur la photo, les personnes du stand du Ningxia, vêtues d’un costume ethnique, distribuent aux participants des brochures présentant leur région.

Depuis le début de la crise financière, de nombreuses industries implantées dans l’Est de la Chine souhaitent se déplacer dans l’Ouest et au Centre du pays. Même si cela constitue une excellente nouvelle pour le développement économique de ces régions, il ne faut pas qu’elles négligent certains aspects, entre autres l’implantation d’entreprises connexes ou la protection de l’environnement.

POUR M. Wang Yi, directeur du Bureau de la promotion des investissements intérieurs relevant de la Commission d’administration de la zone d’exploitation des technologies de pointe de la ville de Xi’an (province du Shaanxi), en Chine de l’Ouest, attirer des capitaux et des investisseurs était il y a peu une mission difficile et très stressante. Cependant, ces dernières années, sa tâche semble être devenue plus aisée. M. Wang a découvert qu’après la crise financière, davantage d’entreprises de l’Est viennent activement inspecter les lieux susceptibles de recevoir des investissements. Au cours de la Rencontre du commerce et des investissements sur la coopération Est-Ouest de Chine (nommée ci-après Rencontre), qui a eu lieu en avril à Xi’an, la zone des technologies de pointe de cette ville a réussi à attirer des investissements de l’Est d’une valeur totale de 24,1 milliards de yuans.

Les points forts de la région de l’Ouest

« La crise financière a certainement touché les entreprises. Mais d’un autre point de vue, elle constitue une bonne occasion pour la Chine de l’Ouest », explique M. Wang. À cause de raisons historiques, le développement de l’Ouest a dû faire face à beaucoup de difficultés, telles que le manque de capitaux, la pénurie de ressources naturelles (paradoxalement cette région recèle bien des ressources naturelles mais elle en exporte beaucoup), ou le déficit de capacité d’assimilation des compétences dans le cadre d’un bon développement de l’éducation supérieure. « La région Ouest peut se développer considérablement si elle tire profit de l’opportunité de la délocalisation accélérée des entreprises de l’Est en son sein », affirme M. Wang.

M. Chen Wenxin est le directeur général de la société d’électricité Yongheng de la ville de Taizhou, dans la province du Zhejiang. Il est d’accord avec M. Wang sur cette opportunité. « Ces dernières années, dans la partie est et côtière de la Chine, l’approvisionnement en main-d’œuvre, en eau, en électricité et en gaz est devenu de plus en plus difficile, le coût de revient de la production y est aussi de plus en plus élevé. Cette région est en train de subir une grande pression démographique, environnementale et de ressources. Par ailleurs, face au besoin d’accélérer le développement de l’industrie manufacturière haut de gamme et celui du secteur tertiaire moderne, les régions du delta du Yangtsé et du Zhujiang subissent une pression grandissante et pressante due à la délocalisation de leurs entreprises. » C’est pourquoi M. Chen a porté toute son attention sur la Chine de l’Ouest.

Au cours de la Rencontre, il a signé, avec la province du Yunnan, un contrat d’environ 300 millions de yuans au total pour la construction d’une centrale électrique. « Nous investissons dans l’Ouest, parce que là-bas le coût de revient de la main-d’œuvre et de la terre est moins cher, qu’il existe plus de ressources et que l’on peut bénéficier de politiques préférentielles », déclare M. Chen.

Pendant la Rencontre, M. Shen Feng, superviseur général du marché 3G (troisième génération de la technique de téléphonie mobile) de la société Longqi, basée à Shanghai, nous expose lui aussi son point de vue: « L’abondance des ressources naturelles et les points forts du personnel compétent du lieu où nous nous trouvons nous ont incités à y transférer une partie de nos centres de recherche. » Sa compagnie est spécialisée dans l’exploitation et la recherche dans le domaine de la téléphonie mobile. En 2007, cette entreprise a déjà signé des contrats avec la zone d’exploitation des technologies de pointe de Xi’an sur l’investissement dans les produits de télécommunication. La production de certains articles y est déjà effective.

À Xi’an, les universités sont nombreuses et le salaire des employés est à peu près inférieur de 30 % par rapport à celui des personnes de la région côtière de la Chine. Le taux de migration des chercheurs y est seulement de 3 à 5%; ainsi, le nombre de chercheurs des grandes sociétés chinoises en technologies de pointe de Xi’an, comme Huawei et ZTE, est déjà passé de 2 000, il y a quelques années, à 10 000 aujourd’hui.

« Il est crucial que la Chine de l’Ouest sache manifester son attitude active vis-à-vis du transfert des entreprises de l’Est », a déclaré M. Jing Junhai, gouverneur de la province du Shaanxi, au cours de la Rencontre. À la tête de la délégation de Xi’an, il est allé plusieurs fois à Shenzhen et dans la province du Zhejiang pour inspecter l’état du transfert des entreprises locales et attirer des investisseurs.

Il estime que les villes de l’Ouest possèdent des atouts variés. La ville de Xi’an, par exemple, est forte en innovations techniques, car elle possède quelque 800 000 étudiants dans ses universités. Bien desservie par le transport aérien, ferroviaire et routier, la ville est idéale pour développer les industries de technologie de pointe. « Le coût de revient du transport des produits vers les régions environnantes est bien moins cher », dit-il. Cette ville est en train de passer progressivement du stade de centre de transit et des communications de Chine à celui de centre économique important.

« La seconde délocalisation vers l’Ouest concerne non seulement les entreprises chinoises de la région de l’Est, mais aussi les sociétés transnationales déjà basées en Chine », continue M. Jing. Une quarantaine d’entreprises américaines et européennes, telles que Oracle, SPSS, ou Nortel, sont déjà installées à Xi’an, et certaines sociétés taïwanaises, comme New Soft, Advantech et LingAn, y sont aussi implantées.

Prochain projet : améliorer l’implantation des entreprises connexes

La réimplantation des industries délocalisées est une chance pour le développement du Centre et de l’Ouest de Chine. Mais comment faut-il procéder pour obtenir un résultat optimal?

M. Chen, venu de la province du Zhejiang, nous fait part de ses soucis sur le problème. La production du secteur traditionnel de l’industrie de la ville de Taizhou — les produits de modelage, les plastiques et les objets artistiques — a besoin d’industries connexes ou accessoires, alors que la plupart des provinces du Centre et de l’Ouest se trouvent encore en période de transition du stade primaire au stade intermédiaire de la phase d’industrialisation. L’implantation des entreprises connexes dans beaucoup de secteurs industriels n’est pas du tout suffisante. Cela empêche certaines délocalisations.

Un atelier d’une entreprise implantée dans la zone d’exploitation de technologies de pointe de Xi’an

« Le développement industriel n’est pas simplement l’installation de quelques usines; l’établissement d’un réseau industriel complet constitue une condition absolument nécessaire pour réimplanter les industries délocalisées. Ainsi faut-il tenir compte des fonctions de services dont les industries ont besoin pour réaliser le transfert complet », explique M. Chen.

« Il faut choisir des industries dont la structure des produits est simple, et les délocaliser dans une ville qui possède déjà les entreprises connexes; par exemple la ville de Xi’an, qui a déjà une base de l’industrie électronique et informatique, pourra attirer plus d’investissements dans ce domaine », continue M. Chen à propos du transfert industriel.

À ce propos, M. Chen Yunfeng, président du conseil d’administration du Kobron Group, Co, Ltd., une société de confection, a souhaité s’exprimer : « Nous achetons des matières principalement dans les provinces du Guangdong, du Zhejiang et du Jiangsu. Ces dernières années, nous espérions trouver des entreprises connexes dans la province du Sichuan, mais en vain. Une chaîne industrielle complète en confection n’y a pas été formée. Beaucoup d’usines gardent encore un mode de production aussi simple qu’arriéré. »

En citant les exemples des provinces du Sud et de l’Est, il démontre que ces endroits sont très capables de fournir des services professionnels pour la production. Souvent, il existe en Chine un endroit spécifique qui constitue la base la plus importante de fourniture d’une sorte de tissu. On sait bien où se trouvent les fournisseurs de tissus dont on a besoin pour confectionner des vêtements ou des t-shirts. Des entreprises connexes d’un même secteur s’y trouvent également. Il faut résoudre ce problème des entreprises connexes afin que les entreprises de confection, situées dans les régions côtières, viennent investir dans le Centre et l’Ouest, où le coût de revient de la transformation et de la production est encore trop élevé.

Protéger l’environnement, plus important qu’investir

Bien que la délocalisation des industries constitue une nouvelle enthousiasmante, il ne faut pas négliger l’environnement. Le problème environnemental apparu dans le développement de l’Est s’avère inquiétant; l’environnement écologique du Centre et de l’Ouest peut-il supporter cette délocalisation industrielle ?

« Si le Centre et l’Ouest développaient aveuglément leur économie et ne pensaient qu’aux retombées financières, sans tenir compte de la capacité de la terre, des ressources, de l’écologie et de la main-d’œuvre, ils répéteraient probablement les erreurs commises dans l’Est pour la délocalisation internationale », déclare Mme Wang Wei, directrice adjointe de l’Institut de recherche sur le marché relevant du Centre de développement du Conseil des affaires d’État.

Une maquette d’avion, exposée à la Rencontre du commerce et des investissements sur la coopération Est-Ouest de Chine

En fait, au début de son développement, la région de l’Est a accueilli toute entreprise qui voulait bien s’y implanter de sorte qu’elle fait face aujourd’hui à ses limites tant à propos du coût de revient de la terre que de l’environnement. C’est pourquoi les régions du Centre et de l’Ouest devront réserver un espace pour réaliser un développement sain et durable.

Mme Liu Feng, directrice adjointe du Bureau d’investissement d’une zone d’exploitation à Xi’an, est claire : « Bien qu’il soit difficile d’attirer les investissements à l’Ouest, nous ne réduirons pas nos exigences en matière de protection de l’environnement. » Elle cite l’exemple d’un fabricant de plaques de silicium pour l’énergie solaire qui avait l’intention de s’implanter dans cette zone, mais dont le projet a été refusé, car la fabrication de ce genre de produit est fortement polluante.

Mme Wang a approuvé cette façon d’agir. D’après elle, au cours du transfert des industries, les régions du Centre et de l’Ouest devront choisir les industries selon une règle scientifique. Selon elle, transférer des industries est facile, mais promouvoir le complément mutuel entre le Centre, l’Ouest et les régions côtières de l’Est, afin d’établir une structure industrielle raisonnable s’avère plus difficile. Le transfert des industries ne signifie pas le transfert de la pollution. Il doit donc s’effectuer dans l’exigence de la protection de l’environnement, de l’économie d’énergie et du progrès technique. On ne doit pas abaisser les critères lors du choix des industries délocalisées pour chercher la rentabilité économique.

Quant aux régions du Centre et de l’Ouest, parallèlement au transfert industriel, elles devront réajuster leur structure industrielle, réaliser une amélioration de la qualité de leurs industries existantes et promouvoir l’industrialisation d’un nouveau type. Le plus important pour elles est de former une structure industrielle qui leur est propre, en assimilant les capitaux, les équipements d’avant-garde, les nouvelles méthodes de gestion et les techniques de pointe des régions développées.

Rédaction : 24, rue Baiwanzhuang, Beijing 100037, Chine
Téléphone : 86-10-6899 6384 ou 6378
Télécopieur : 86-10-6832 8338
Site Web : http://www.chinatoday.com.cn
Courriel : lachine@chinatoday.com.cn
Éditeur : Éditions La Chine au présent
Copyright © 2008 La Chine au présent. Tous droits réservés.